Objectif réemploi

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Les produits réemployés sont issus de la déconstruction, de la réhabilitation lourde, de la rénovation ou des matériaux neufs non utilisés. © Cycle Up

Rénover de façon responsable en misant sur le réemploi de matériaux voués à la déchetterie. Zoom sur une tendance en plein essor, favorisée par la mise en place de la loi anti gaspillage pour une économie circulaire.

Récupérer des planches qui attendent les encombrants pour réaménager son balcon. Racheter le château fort tant convoité à des parents dont les enfants ont grandi. Choisir ses habits dans des friperies ou des sites de reventes entre particulier. Dans notre quotidien, le réemploi est désormais un réflexe, voire pour certains une habitude. Une tendance forte qui a peu à peu déteint sur les professionnels.

Depuis quelques années, on a vu émerger des start up proposant aux architectes, artisans, maîtres d’ouvrage ou encore entreprises de construction des marketplaces où ils peuvent choisir des matériaux de second œuvre (faux plancher et faux plafond, dalles de moquettes, parquet…) comme des éléments structurels ou techniques. Les matériaux mis en vente sont issus de la déconstruction, de la réhabilitation lourde, de la rénovation ou des matériaux neufs non utilisés. Les plateformes mettent en relation les vendeurs avec tout un réseau d’acheteurs, souvent des artisans ou des entreprises de construction. « Il y a un alignement entre le personnel et le professionnel, estime Vincent Gravier, directeur du développement chez Cycle Up. C’est désormais de plus en plus facile d’introduire le réemploi dans les chantiers, sans compter les obligations qui apparaissent peu à peu. »

LES EFFETS DE LA LOI AGEC

Les décrets d’application de la loi Agec (anti-gaspillage pour une économie circulaire) ont en effet été publiés avant l’été et mettent notamment en place plusieurs obligations. D’abord celle de faire des diagnostics PEMD (Produit Équipement Matériaux Déchet). Il ne s’agit plus, dans une opération de déconstruction, de faire uniquement des diagnostics plomb, amiante ou déchets. Il faut désormais être plus précis et déterminer s’il y a des potentialités de réemploi. « Cela permettra de savoir où sont les gisements de matériaux mais aussi d’aider les maîtres d’ouvrage à voir les matériaux comme de potentielles ressources et pas uniquement comme des déchets », précise Vincent Gravier.

Autre avancée : la mise en place de la responsabilité élargie des producteurs (REP). Des écoorganismes seront ainsi chargés de collecter des taxes, de gérer les déchets et le recyclage mais aussi de promouvoir le réemploi.

Enfin, il est prévu d’instituer des seuils de réemploi dans la commande publique sur certains types d’équipements.

DES PEINTURES RÉUTILISÉES

Initiatives personnelles ou obligations législatives, rénover le second œuvre grâce au réemploi fonctionne très bien. En effet, pour la plupart des équipements, il ne s’agit pas de produits très techniques comme on pourrait l’entendre d’une climatisation ou d’un chauffage. Faux plancher, moquette, parquet… Le revêtement doit être en bon état et subir éventuellement quelques tests pour avoir une seconde vie. Même les peintures peuvent aujourd’hui être réutilisées. « Des entreprises reprennent des restes de peintures pour recréer de nouvelles références plutôt que de les envoyer à la benne », explique Vincent Gravier.

Le réemploi comme on l’imagine comporte néanmoins plusieurs freins. Tous les produits collés – ou encore plus scellés – ne peuvent pas être réutilisés. De même, certains produits considérés comme plutôt fragiles, tels que les dalles de faux plafonds, s’abîment rapidement à la dépose. « Nous travaillons à détourner l’utilisation de ces dalles pour créer de nouveaux produits comme des cloisons acoustiques », précise Vincent Gravier. Plus généralement, Cycle Up travaille au développement de reconditionneur qui pourraient redonner une seconde jeunesse à des matériaux ou produits trop abîmés. L’objectif : faire du « quasi-neuf » avec de l’usager.

Une solution prise au pied de la lettre par Stockpro, qui se concentre sur les matériaux neufs non utilisés, soit 7 % de la production de déchets du BTP, selon Romain de Garsignies, co-fondateur de la start up. Ces produits viennent de trois foyers de gaspillages : les entreprises de mise en œuvre (retours chantier dus à des erreurs de prise de côte ou de plan, quantité supplémentaire au cas où…) ; les distributeurs (stocks dépréciés composés de retours clients ou de matériaux non vendus pendant leur cycle de distribution) ; les fabricants (fin de série ou retour du distributeur).

Choisir du neuf voué à la benne ou donner une seconde vie à des matériaux déjà utilisés, concurrence ou réemploi ? « Il s’agit de deux façons de faire complémentaires, estime Romain de Garsignies. Pour les frileux, commencer par des produits neufs sans avenir permet de créer une habitude de réemploi sans voir l’objection de la garantie d’assurance. » Pour le reste, la façon de penser est la même quelle que soit la méthode. Le réemploi nécessite de changer de paradigme. Il ne sera pas possible d’aménager un chantier de 3 000 m2 d’un seul tenant ou décréter que l’on va poser une moquette de telle ou telle couleur. Il faut savoir faire preuve de souplesse. « Il faut jouer avec les diverses typopogies d’espaces afin d’utiliser différents revêtements en fonction des volumes, explique Romain de Garsignies. C’est une gymnastique à adopter et c’est cette agilité qu’il faut parvenir à insuffler au sein des maîtrises d’ouvrage. »

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