Logement sociaux :vers une montée en gamme des matériaux

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© Raphaël Demaret

Durables, faciles à installer, bon marché… Les matériaux d’aménagement utilisés dans les logements sociaux doivent répondre à de nombreuses exigences. Si le coût reste un critère important, certains bailleurs sociaux optent pour des revêtements qualitatifs, encouragés par les politiques locales mais également les réglementations.

Environ cinq millions. C’est le nombre de logements sociaux actuellement recensés en France. Construits avec l’aide de l’État, ces logements sont soumis à des règles précises. Leur accès est conditionné à des ressources maximales et les loyers sont réglementés. Par ailleurs, la loi relative à la solidarité et au renouvellement urbain (SRU), votée en décembre 2000, impose aux communes de plus de 3 500 habitants de disposer d’un taux de 20 ou 25 % de logements sociaux d’ici à 2025. Passé cette date butoir, ce pourcentage deviendra obligatoire et sera inscrit dans la loi 3DS (décentralisation, différenciation, déconcentration et simplification).

La RE 2020 devrait accélérer l’usage des matériaux
en bois dans les logements sociaux. © Alexis Toureau

Côté aménagement, les matériaux utilisés dans ces logements doivent répondre à plusieurs impératifs. À commencer par l’acoustique. Dans les immeubles collectifs, il est essentiel de minimiser au maximum les bruits de choc et d’impact. « Il est important de traiter l’acoustique en plaçant un isolant phonique en dessous du revêtement de sol », indique Pierre Duvenoy, directeur d’exploitation chez le bailleur social Plurial Novilia. La durabilité des matériaux est également un critère clé. « Il faut éviter de devoir les changer régulièrement car cela implique une immobilisation du logement et des coûts supplémentaires », souligne Pierre Duvenoy. Les revêtements de sol doivent être en particulier résistants dans les parties communes. « Le trafic y est plus important. Pour les sols en vinyle, cela va se jouer sur l’épaisseur du produit et de la couche d’usure, qui sera plus importante », explique Marc Dourel, directeur marketing, bâtiment et sport chez Gerflor. Les matériaux faciles à nettoyer sont également privilégiés dans les HLM. « Nous n’utilisons pas de parquet car ce revêtement s’abîme plus vite que le carrelage ainsi que pour des raisons de coût. Il est également plus difficile à entretenir », note Pierre Duvenoy.

CONCILIER COÛT ET QUALITÉ

La plupart des experts interrogés l’atteste : le coût représente un critère très important dans l’aménagement des logements sociaux. De fait, de nombreux bailleurs sociaux optent pour des sols en PVC et du carrelage. « Il est important de respecter le budget, tout en ayant à l’esprit de minimiser au maximum les coûts de remise en état. Nous utilisons donc en général des matériaux en milieu de gamme qui nous assurent un bon rapport qualité prix », confie Pierre Duvenoy.

Les sols PVC imitation bois ont le vent en poupe dans les logements sociaux. © Forbo Flooring System

Pour autant, certains projets laissent place à l’utilisation de matériaux qualitatifs. « Certains bailleurs sociaux ont davantage de moyens et des villes comme Paris, Bordeaux ou encore Strasbourg peuvent encourager à utiliser du bois », constate, par exemple, Céline Laurens, déléguée générale de Fibois France, une association qui regroupe toutes les interprofessions régionales de la filière forêt-bois. Un avis partagé par Sabri Bendimérad, architecte au sein du cabinet Paris U. « La qualité des matériaux utilisés dans les logements sociaux est très variable. Lorsque les opérations sont moins soutenues financièrement, on optera davantage pour des sols en PVC. Mais les matériaux d’aménagement peuvent être assez qualitatifs dans certains logements sociaux. » À titre d’exemple, l’architecte a travaillé il y a quelques années sur la réalisation de 31 logements sociaux dans le 20e arrondissement de Paris. «Nous avons mis en place du parquet bois flottant sur résiliant acoustique dans toutes les pièces et du grès cérame noir pour les pièces d’eau. Un effort a été mis pour privilégier les matériaux biosourcés – escalier, fenêtre, tablettes d’allèges et sol des terrasses en bois », détaille-t-il. Du côté des sols en PVC, l’utilisation des LVT (Luxury Vinyl Tiles), une alternative plus qualitative mais également plus couteuse, tend également à se développer dans les logements sociaux. « Cela fait 10 ans que la demande pour les dalles et lames LVT se développe. Aujourd’hui, il est difficile de faire la différence entre un vrai parquet et des lames en LVT imitation bois », assure Marc Dourel. Néanmoins, les rouleaux PVC restent majoritaires dans les logements sociaux. « Certains prescripteurs commencent à opter pour des sols en LVT mais ce sont plutôt des cas particuliers et non une grosse tendance », nuance ainsi Geoffroy Legroux, chef de segment Habitat chez Forbo Flooring.

DES SOLS FACILES À INSTALLER

Faciles et rapides à installer, les sols en PVC et LVT présentent notamment un avantage dans les projets de rénovation. « Dans ce cas, il faut pouvoir intervenir très rapidement avec des produits simples et rapides à poser pour ne pas impacter les locataires », explique Marc Dourel. Par ailleurs, ces derniers peuvent être utilisés pour recouvrir des sols amiantés, une problématique qui concerne certains logements sociaux. « Nous avons développé la technologie Modul’up qui permet de poser du sol PVC très rapidement, sans colle ni adhésif, uniquement via une bande de jonction. Cela présente notamment un grand intérêt en rénovation, en particulier pour recouvrir une multitude d’anciens supports comme les sols amiantés », confirme Geoffrey Legroux.

PLAIRE AU PLUS GRAND NOMBRE

Concernant l’esthétisme, la sobriété est de mise au niveau des sols. Les couleurs neutres et le bois (massif ou en imitation) ont notamment le vent en poupe. Côté murs et plafonds, les peintures blanches ou avec des couleurs neutres sont également privilégiées. « Nous optons pour des finitions mates, satin ou velours car cela se nettoie plus facilement. En règle générale, nous utilisons des couleurs sobres pour plaire au plus grand nombre », informe Pierre Duvenoy. Et Sabri Bendimérad d’ajouter : « Aujourd’hui, nous avons tout intérêt à utiliser des peintures minérales sans odeurs et n’émettant pas de composés organiques volatils dans les logements sociaux, pour des raisons environnementales et liées à la santé ».

Dans l’éco-quartier Réma’Vert à Reims, Plurial Novilia a opté pour du carrelage dans les pièces de vie. © Plurial Novilia

L’environnement est en effet un critère qui prend de l’ampleur dans le choix des matériaux d’aménagement. « Nos clients bailleurs sociaux nous demandent de plus en plus de montrer patte blanche en matière d’environnement et de présenter le bilan carbone de nos produits. Jusqu’à présent, les critères techniques des produits faisaient la différence, demain ce sera la performance environnementale, notamment poussée par la RE 2020 », précise Marc Dourel.

Entrée en vigueur en 2022, cette dernière impose de mesurer le profil environnemental et l’empreinte carbone des matériaux utilisés dans les constructions neuves. Cette réglementation devrait notamment être favorable au bois. « Nous avons la chance d’avoir une filière de l’ameublement en France qui utilise du bois issu de forêts françaises. Cette dernière devrait donc accélérer le développement de l’utilisation du bois », estime Céline Laurens. Dans ce contexte, les matériaux biosourcés semblent avoir de beaux jours devant eux.

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