Covid-19 : repenser le bureau dans le temps long

Multifunctional4_Composure-diffuse-Isolation_SCENE-4.jpg

© Interface

« J’ai décidé de renforcer encore les mesures pour réduire nos déplacements et nos contacts au strict nécessaire. Dès demain midi et pour 15 jours au moins, nos déplacements seront très fortement réduits. […] Toutes les entreprises doivent s’organiser pour faciliter le travail à distance. » C’est par ces mots, le 16 mars dernier, que le président de la République a annoncé au pays le début d’un confinement qui aura finalement duré deux mois. En quelques secondes, l’allocution présidentielle a mis près de huit millions de salariés du secteur privé au télétravail dans un pays jusqu’alors encore assez frileux sur le sujet.

Installés sur des tables de cuisine, de salle à manger ou, pour les plus chanceux, sur de vrais bureaux, nous nous sommes débrouillés, faisant appel au « système D ». Il a fallu en quelques jours seulement basculer vers des plateformes collaboratives, prendre en mains les solutions de visioconférence et de messageries instantanées. Si certains, habitués aux open spaces bruyants, ont pu apprécier le calme de leur salon, d’autres en revanche ont dû apprendre à cohabiter avec de nouveaux collègues plus jeunes et plus envahissants.

Nous avons aussi dû jongler avec les contraintes de la vie quotidienne, parfois oublier les horaires de travail. Terminé les discussions rapides sur un projet, les interactions stimulantes… Les échanges ont par la force des choses pris davantage de temps. Entre avantages et inconvénients, nous avons constaté que si nos journées de travail ne se limitaient finalement pas au fameux « métro, boulot, dodo », que si une entreprise était plus que des collaborateurs travaillant chacun dans leur coin, nombre de tâches pouvaient néanmoins être effectuées de chez nous, et souvent avec plus d’efficacité. Alors pour quoi retourner dans les bureaux ? Accepterons-nous de perdre en moyenne 45 minutes matin et soir dans les embouteillages ou dans un train bondé pour se retrouver entre deux cloisons en plexiglass à faire un travail que l’on aurait pu réaliser de chez soi ou depuis un tiers lieu à proximité de notre domicile ? « Les salariés ne reviendront sur leur lieu de travail que pour effectuer des tâches qu’ils ne peuvent pas faire ailleurs, pour des raisons d’interaction ou d’outils spécifiques », souligne Stéphane Lafarge, directeur Europe chez Herman Miller. De son côté, Julien Diart, directeur général de Moore Design, rappelle l’importance du lien social en entreprise. « Nous avons redécouvert son importance grâce au Covid-19. Nous n’allons pas au bureau uniquement pour rester assis derrière un ordinateur, ce que l’on peut très bien faire chez soi. Nous y allons aussi et surtout pour rencontrer d’autres personnes. »

Accepterons-nous de perdre 45 minutes matin et soir dans les embouteillages ou dans un train bondé pour se retrouver entre deux cloisons en plexiglass à faire un travail que l’on aurait pu réaliser de chez soi ?

Pour les professionnels de l’aménagement, une chose au moins est certaine : nous n’allons pas assister à un retour en force du cloisonnement dans un remake de Playtimes, le film de Jacques Tati où des employés s’agitent dans de petites boîtes individuelles. Cela dit, il est aussi certain qu’une réflexion sur les espaces s’impose, avec en ligne de mire la nécessité de multiplier les zones de réunion, de travail en mode projet, de convivialité, mais aussi de réfléchir et d’aménager les locaux avec le Covid-19 en arrière-fond. Il s’agit de concilier à la fois le besoin de créer des espaces et la possibilité de rester à bonne distance les uns des autres, puisque l’éloignement reste le meilleur rempart contre le virus. « Le Covid-19 a mis en valeur un sujet sur lequel nous travaillons depuis des années : la qualité de vie au travail, estime Patrick Nossent, président de Certivea. Au sens de l’OMS, la santé n’est en effet pas seulement l’absence de maladie mais un état de bien-être physique et mental. Après le très court terme, qui a poussé certains à s’équiper en urgence de cloisons transparentes ou à bannir un siège sur deux, nous allons entrer dans le temps long. Nous devons rechercher des solutions pérennes et environnementales, voir ce qui fonctionne bien, ce que les salariés acceptent et ce que l’on doit imposer. »

Partagez cet article