Comment rendre l’accessibilité réellement accessible à tous ?

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Des rails de guidage peuvent être posées au sol pour matérialiser le cheminement à suivre, que ce soit au toucher pour les personnes malvoyantes mais aussi visuellement pour les déficients mentaux. © Dinacess

L’accessibilité concerne de plus en plus de personnes, dans tous les lieux de vie – professionnel, loisir, scolaire… Si elle dépend d’un cadre légal, notamment en matière d’aménagement des locaux, elle est encore trop souvent mal comprise et mal appréhendée.

Peu commun dans l’Hexagone, l’association Droit Pluriel* a fait un test grandeur nature: le 28 février dernier, elle a envoyé une délégation d’avocats, dont certains en situation de handicap, afin de se confronter à l’accessibilité du nouveau tribunal de grande instance de Paris. Et le résultat est pour le moins mitigé ! Des portes difficiles à manipuler depuis l’entrée jusqu’aux toilettes, des tables d’orientation trop hautes, mal inclinées pour une personne en fauteuil et sans dispositif audio, un système d’audioguidage et des boucles magnétiques (système d’aide pour personnes malentendantes) inutilisables, la visio interprétation (service d’interprète en langue des signes en ligne) inexistante, aucun marquage au sol, aménagement à risque (risque de collision)…

« L’accessibilité c’est la possibilité pour tous d’avoir accès à tout. Le handicap ne doit pas empêcher un individu d’entrer, de se déplacer ou d’exercer ses droits. Cette égalité de tous est garantie dans les textes internationaux et dans la loi du 11 février 2005 » – Droit Pluriel

La loi du 11 février 2005, intitulé loi « pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées », cadre le champ d’action. D’abord, elle cible quatre types de handicap : moteur, visuel, auditif et déficiences mentales. Ensuite, elle fixe les normes et limites en termes d’aménagement dans les bâtiments tertiaires et recevant du public. Le site officiel de l’administration française précise ainsi que les normes d’accessibilité « doivent permettre de circuler avec la plus grande autonomie possible, d’accéder aux locaux et équipements, d’utiliser les équipements et les prestations, de se repérer et de communiquer ». Elle liste notamment huit points à prendre en compte :
– les revêtements des sols et des parois,
– les circulations horizontales et verticales à l’intérieur des bâtiments,
– les conditions d’accès et d’accueil dans les bâtiments,
– les équipements et mobiliers intérieurs et extérieurs susceptibles d’y être installés (dispositifs d’éclairage et d’information des usagers, par exemple),
– les portes, les sas intérieurs et les sorties,
– les locaux intérieurs et les sanitaires ouverts au public,
– les cheminements extérieurs,
– le stationnement des véhicules,
– les locaux intérieurs et les sanitaires ouverts au public.

Trinôme couleur/contraste/ lumière

Concrètement, en termes d’aménagement intérieur, cela implique de travailler en premier lieu sur la perception et l’organisation spatiale : orientation, sécurité (éviter les obstacles), le mouvement dans l’espace, la largeur des couloirs… L’acoustique doit être maîtrisée pour les déficients visuels, auditifs et mentaux et la signalétique simple, visible et compréhensible, notamment pour les déficients mentaux. Les nez de marche des escaliers doivent être contrastés, voire différenciant au toucher ; les sols non glissants, suffisamment rugueux pour aider les personnes non et malvoyantes à se repérer mais sans obstacle type seuil de porte trop imposant pour que les fauteuils ou déficients visuels ne buttent dedans. Si des revêtements sont à privilégiés, comme les dalles podotactiles, le PVC, le linoléum, les stratifiés, les parquets massifs ou le carrelage structuré, d’autres doivent être réfléchis en amont (les moquettes rases sont possibles, mais pas trop épaisses ou moelleuses) alors que certains sont à exclure comme les parquets vernis ou les sols en céramique lisse. Trinôme d’importance, l’association lumière, couleur, contraste prend une place toute particulière. « Travailler sur les contrastes, et donc sur le choix des couleurs et leur mise en lumière, est primordial, explique Béatrice Mange, designer et coloriste. Il est impératif d’avoir une différence marquée entre les sols, les murs et le mobilier. Cela aide les malvoyants à mieux discerner les contours mais aussi les déficients mentaux à se repérer et à appréhender l’espace dans lequel ils se trouvent. On peut ainsi jouer avec ce qu’on appelle les couleurs complémentaires en créant des contrastes harmonieux allant du bleu à l’orange, du rouge au vert, du jaune au violet. »

Des matériaux différenciés en teinte et texture permettent, au-delà d’un simple décor, de créer des repères. © Tarkett

Parallèlement, elle rappelle l’influence des couleurs sur le comportement : éviter le blanc total, qui renvoie plus de 80 % de lumière avec le risque d’éblouir les personnes malvoyantes mais aussi malentendantes, ces dernières ayant tendance à « surdévelopper » la vue pour compenser l’ouïe. À l’opposé, le noir ne renvoie que 8 % environ de la lumière et peut provoquer une sensation d’absorption et donc d’anxiété. Le bleu aurait quant à lui des effets calmants et relaxants, approprié pour les autistes, par exemple. « L’étude et l’influence des couleurs ne sont évidemment pas une science exacte mais basés sur l’expérience du vécu. Il ne faut pas en abuser sous peine d’obtenir l’effet inverse à celui recherché », précise Béatrice Mange qui recommande de se faire aider par des spécialistes afin de mettre en scène le fameux trinôme.

* Droit Pluriel est une association créée pour assurer une justice accessible à tous.

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