RE 2020: entretien avec Patrick Nossent, président de Certivea

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La Réglementation environnementale, connue sous le nom de RE 2020, est enfin entrée en vigueur au 1er janvier dernier, remplaçant la RT 2012. Une réglementation qui pour la première fois concerne l’environnement et pas seulement l’énergie. Explications avec Patrick Nossent, président de Certivea.

Sols Murs Plafonds : Quelles sont les spécificités de la RE 2020 ?
Patrick Nossent : Pour la première fois, cette réglementation cible trois objectifs distincts mais complémentaires. D’abord, elle vise à réduire la consommation d’énergie avec une place primordiale donnée à la réduction des besoins énergétiques. Cela en travaillant notamment sur l’enveloppe des bâtiments, son isolation, l’éclairage naturel… Il s’agit d’atteindre une efficacité énergétique encore plus poussée que celle de la RT 2012. Deuxième objectif, et grande nouveauté: la réduction des émissions de gaz à effet de serre sur l’ensemble du cycle de vie du bâtiment. Désormais, nous prenons non seulement en compte les GES liés à la consommation énergétique pendant l’exploitation du bâtiment mais également celles émises par la construction, c’est-à-dire par les matériaux de construction et leurs équipements, leur renouvellement et leur fin de vie. Ce dispositif a été expérimenté pendant plusieurs années au travers du label E+C-, énergie positive et réduction carbone. Cela a permis d’une part de s’assurer de la faisabilité des calculs en analyse du cycle de vie. D’autre part, nous avons pu fixer les seuils de la future réglementation par rapport à ce qui est souhaitable en matière de trajectoire carbone – la neutralité pour 2050 – mais aussi ce qui est faisable par les professionnels.

SMP: Et le dernier objectif ?
P.N.: Le confort thermique d’été, indispensable alors que les canicules, tant en période estivale qu’en mi-saison, gagnent en intensité et en fréquence. Si on ne traite pas ces épisodes de fortes chaleurs, il risque d’y avoir un fort recours aux climatisations, et donc des consommations énergétiques supplémentaires. Il faut s’en prémunir dès maintenant en agissant sur les performances passives du bâtiment, son inertie, les masques solaires, la ventilation…

SMP: Quels sont les bâtiments concernés ?
P.N.: Dans le neuf, tous les bâtiments d’habitation, maisons comme immeubles, depuis le 1er janvier 2022. À partir du 1er juillet prochain, les immeubles de bureaux et d’enseignement. Par la suite, et sans planning ni seuils encore définis, viendront les autres bâtiments tertiaires tels que les centres commerciaux, les hôtels, les bâtiments logistiques, sportifs ou culturels.

SMP: Y a-t-il des mesures équivalentes dans d’autre pays ?
P.N.: Nous sommes précurseurs sur la réglementation carbone. Il y a des mécanismes qui se mettent en place, comme la bourse carbone en Grande-Bretagne par exemple qui a mis au point des bonus / malus selon que l’on dépasse ou pas les quotas de carbone autorisés pour telle ou telle catégorie d’immeuble. Mais la France est la première à faire une réglementation basée sur des analyses de cycle de vie avec des seuils à respecter.

SMP: Quel est l’impact sur les produits de finition ?
P.N.: Le point principal, c’est l’impact carbone sur l’analyse du cycle de vie. On pense en premier lieu à la structure des bâtiments, qui pèse lourd en carbone. Mais c’est un investissement qui va durer 50 ans, peut-être plus. Alors que les revêtements de sol ou de murs ont vocation à être changés régulièrement, entre cinq à 10 en règle générale. Or si on réfléchit en cycle de vie, il faut prendre en compte, à chaque renouvellement, le poids de l’extraction des matières premières, leur transformation, le transport jusqu’au site de construction du bâtiment, la dépose du produit et le traitement de sa fin de vie. D’autant que pour atteindre les seuils fixés, on prend en compte l’état actuel des filières, pas ce qu’il sera peut-être dans 10 ans. L’enjeu est d’envergure pour la filière qui a intérêt à faire de l’économie circulaire, à aller vers le réemploi, la réutilisation ou le recyclage pour transformer les déchets en ressources. Toutes les pratiques vertueuses vont être prises en compte dans le calcul carbone.

SMP: Comment cela va-t-il se calculer ?
P.N.: Le calcul réglementaire sera fait à partir des données environnementales et sanitaires, appelées FDES, calculées selon une norme européenne et intégrées dans la base Iniès, administrée par l’alliance HQE-GBC. Cette dernière organise des vérifications réalisées par des tierces parties de façon à s’assurer qu’au-delà de la déclaration du fabricant, les données sont les bonnes. Par ailleurs, il faut bien avoir conscience que l’on regarde le résultat global. Tous les produits sont pris en compte mais on peut compenser un lot par un autre. Par exemple faire porter le poids carbone sur la CVC et contrebalancer en étant plus vigilant sur l’ensemble des revêtements.

SMP: Y a-t-il des familles de produits à privilégier ?
P.N.: On recherche avant tout de l’efficacité. Le juge de paix, c’est l’analyse du cycle de vie. Toutes les filières de matériaux ont leur chance pourvu qu’elles améliorent et qu’elles prouvent que leur impact carbone est réduit. Tout l’enjeu est là pour les fabricants en général. Il y a plusieurs façons d’agir: en allongeant la durée de vie du produit, en choisissant des matières premières qui stockent le carbone comme les matériaux biosourcés, en agissant sur le transport ou encore l’énergie employée pour la transformation, en mettant en place des filières de récupération et de recyclage… Tous ces paramètres sont à prendre en compte et chaque filière doit se mobiliser.

SMP: Est-ce que cela va favoriser l’innovation ?
P.N.: Certainement. Nous sommes face à un double enjeu. D’une part la transition environnementale, symbolisée par cette nouvelle réglementation et par l’objectif de neutralité carbone. D’autre part, et il ne faut pas l’oublier, la nécessité d’avoir des bâtiments abordables en coût global. Il faut aussi garder à l’esprit la qualité de l’air intérieur… De nombreux sujets sont à prendre en compte et il n’y a que l’innovation qui permettra d’avoir des performances supérieures sur tous ces sujets à des prix abordables.

SMP: Quelle est la prochaine étape?
P.N.: La RE 2020 concerne le neuf, mais il faudra rapidement se pencher sur la rénovation et l’entretien, notamment en termes de renouvellement de revêtements. Il est logiquement plus facile, pour débuter, de faire porter l’obligation sur le neuf mais pour atteindre la neutralité carbone en 2050, il faudra aussi travailler sur les bâtiments existants. Il n’y a pas encore d’obligation légale mais les fabricants doivent anticiper car le poids carbone des bâtiments existants est très important.

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