« Les PMO suivent la conjoncture et l’évolution des revêtements »

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Entre impératifs environnementaux et adaptation aux besoins et profils des artisans, les produits de mise en œuvre ont une large marge de manœuvre. Et les fabricants ne se limitent pas aux produits en eux-mêmes mais sont désormais conseillers et formateurs pour améliorer la mise en œuvre et la bonne tenue des chantiers.

Sols Murs Plafonds : Comment se porte le marché des produits de mise en œuvre?

Denis Durand : C’est un marché mature qui suit celui du bâtiment. Ce dernier fait évoluer les produits de mise en œuvre. Ainsi, si on ne peut pas négliger l’impact qu’a la pose libre sur les ventes de colles, on constate parallèlement qu’avec l’essor des carreaux céramiques grand format et oblongs, qui imposent un support parfaitement plan, les ragréages sont de plus en plus courants. Cet exemple pour expliquer que l’on assiste fréquemment sur ce marché à un transfert de produits et de typologie de produits en fonction de la conjoncture et de l’évolution des revêtements de finition.

SMP : Justement, le bâtiment se tourne de plus en plus vers les performances environnementales, qu’en est-il de votre côté ?

D.D. : En 2007 est entrée en vigueur la réglementation européenne Reach qui sécurise la fabrication et l’utilisation des substances chimiques dans l’industrie européenne en classifiant les matières dangereuses pour l’homme et l’environnement. Depuis, nous avons renforcé la sélection matières saines ou, au moins, les moins classées possibles. C’est une démarche constante puisque Reach évolue en permanence.

Virginie Guittard : Le choix des composants est un axe de travail primordial dépendant de critères très stricts. Dans cette optique, la plupart des adhérents de l’Aficam ont une politique de « liste noire » qui recense les composants interdits dans les formulations comme les CMR. Par ailleurs, en ce qui concerne la qualité de l’air intérieur, l’industrie s’est profondément transformée en remplaçant un maximum de produits solvantés par des produits à base aqueuse.

SMP : La prochaine mise en vigueur de la RE 2020 aura-t-elle un impact sur les PMO ?

V.G. : Un des angles phare de cette nouvelle réglementation environnementale est de diminuer l’impact carbone des bâtiments. Le travail sera donc principalement axé sur le gros œuvre au niveau des structures. Mais nous ne sommes pas en reste pour autant et nous cherchons comment, à travers nos solutions, notamment biosourcées, nous pouvons participer à la réduction de cet impact carbone.
Notre objectif majeur, c’est l’analyse du cycle de vie des produits de mise en œuvre selon le format FDES, consultable sur la base Inies, pour fournir aux bureaux d’études l’impact carbone et calculer celui du bâtiment. C’est une bonne chose que nous soyons confrontés à ces problématiques, cela nous lance des challenges et nous permet de réfléchir le produit de sa formulation à sa fin de vie. Il est important de comprendre que nos produits s’inscrivent dans la chaîne de production et doivent participer à la réduction de l’impact carbone du secteur du bâtiment.

SMP : Vous évoquez la fin de vie des produits mais le recyclage ne semble pas évident dès lors que l’on parle de ragréage ou de colle…

V.G. : A notre niveau, la meilleure gestion des déchets est de ne pas en produire. Faire toujours plus preuve d’agilité et répondre de manière juste à la demande et aux besoins des artisans est une manière de limiter la production de déchets.
Il faut également prendre en compte la spécificité de nos produits qui sont essentiellement appliqués sur des supports. Le challenge à relever est qu’ils ne perturbent pas le recyclage de leurs supports. Concernant les produits non appliqués, il s’agit de déchets particuliers dont la recyclabilité des emballages impose la mise en place de filière spécifique. La loi Agec contre le gaspillage et pour l’économie circulaire est un atout. De même, les programmes de financement de l’Ademe ou de la BPI devraient nous aider à concrétiser des projets pour aller plus loin dans le réemploi et la recyclabilité.
Plus en amont, notre responsabilité d’industriels est de développer une véritable stratégie d’éco-conception. La loi Agec en fait d’ailleurs l’un des critères saillants du programme de travail de notre filière à responsabilité élargie des producteurs applicable aux déchets diffus spécifiques (rep DDS).
Enfin, en tant que fabricant de PMO, nous ne sommes qu’à la fin de la chaîne. Il faut que les fournisseurs de matières premières et d’emballages soient également force de propositions pour des produits recyclables, réutilisables ou recyclées.

SMP : Au-delà de l’environnement, quels sont les autres axes d’évolution ?

D.D. : Nous faisons en sorte de suivre les demandes du marché en termes d’applicabilité des produits. Avec le temps, nous nous rendons compte que nous devons mieux accompagner la formation des poseurs. Pour pallier cela, nous adaptons nos produits et proposons des PMO pouvant être mis en œuvre le plus facilement possible. Sans compter que bien souvent on nous demande de petits prix pour un produit qui serait universel! Mais ça n’existe pas. Les références sont donc organisées en fonction : les entrées de gamme pour les chantiers dits classiques techniquement pour lesquels on ne veut pas trop investir niveau prix. Ensuite les produits plus qualitatifs et plus résistants pour les chantiers plus spécialisés.

L’AFICAM, ASSOCIATION DES PMO
L’Association française des industries des colles, adhésifs et mastics et mousses expansives (Aficam) est une organisation professionnelle regroupant 28 sociétés et représentant 80 % du marché. Elle accompagne ces secteurs dans les domaines économiques, sociaux et environnementaux, représente les positions de ses adhérents auprès des pouvoirs publics et œuvre à la valorisation de l’image de la profession en travaillant avec les parties prenantes des différentes filières. Elle est affiliée à la Fipec, la Fédération des industries des peintures, encres, couleurs, colles et adhésifs.

SMP : Comment les artisans s’y retrouvent-ils ?

D.D. : Notre travail en tant que fournisseurs de PMO est aussi d’assurer un rôle de conseil auprès des entreprises de mise en œuvre. Nous sommes de plus en plus sollicités par des opérateurs et compagnons qui viennent d’horizons différents et qui ne sont pas familiers avec tous les produits existants. C’est aussi à nous de les orienter vers le bon produit en fonction du chantier, de leurs compétences et de leur façon de travailler.

SMP : Comment contrer le manque de formation ?

D.D. : Une grande majorité des fabricants accompagne les professionnels à travers des centres de formation. Les sessions sont autant destinées aux artisans qui travaillent sur les chantiers qu’aux vendeurs des enseignes spécialisées qui sont en rayonnages ou qui vont sur le terrain. Dans les entreprises de mises en œuvre très spécialisées, la formation est une constante, les compagnons se remettent à niveau régulièrement au gré des évolutions des produits et des solutions.

SMP : Il y a une vraie relation entre les fabricants de PMO et les artisans…

D.D. : Nous y travaillons… L’Aficam sert de relais pour remonter aux uns les besoins des autres et s’engage sur différents sujets. Ainsi, la fédération participe au Club Partenaire créé par la Fédération Nationale de la Décoration sur diverses thématiques comme la formation ou la communication avec les distributeurs et les artisans. Nous sommes aussi en lien avec la Confédération de l’Artisanat et des Petites Entreprises du Bâtiment ainsi que la Fédération Française du Bâtiment. Tous ces échanges visent à faciliter la communication, à entendre les besoins de chacun et à apporter des solutions adaptées.
Des actions de formation sont par ailleurs organisées par l’association 3PF, qui réalise des actions pour valoriser la filière finition et promouvoir les métiers de la peinture et du sol, notamment auprès des jeunes en orientation. Ainsi, les soliers travaillent avec eux et l’Aficam pour nous remonter les problèmes qu’ils rencontrent et faire part de leurs besoins.

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