Le plâtre, l’or blanc de la construction intérieure

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33 t de de plâtre ont été projetées pour réaliser les voûtes des chais du château de Glana, en Gironde, permettant notamment d'assurer une température moyenne inférieure à 20°C.© Siniat / Guy Charneau - Architecte : Bertrand Digneaux

Matériau millénaire, le plâtre est toujours largement utilisé, incontournable pour l’aménagement intérieur. Technique, design, il se distingue sur tous les fronts. Et si la plaque de plâtre prend le haut du marché, le traditionnel plâtre en poudre se maintient grâce à des qualités séculaires et à un savoir-faire artisanal.

Catal Hüyük, c’est le nom du site archéologique turc classé au patrimoine mondial de l’Unesco où apparaissent les premières traces de plâtre, entre 9 000 et 6 000 avant Jésus-Christ. Il était alors mis en œuvre sous formes d’enduits de plâtre et de chaux utilisés comme supports de fresques et de peintures murales. On le retrouve ensuite dans l’Égypte ancienne pour lier les pierres de la grande pyramide de Keops et comme support des peintures funéraires habillant l’intérieur des tombeaux ou encore, dans l’art byzantin, comme en témoigne le palais royal de l’Alhambra de Grenade, en Espagne, aux décors de stuc et de plâtre.

En France, le matériau se développe réellement à l’époque médiévale. Parfois surnommé l’or blanc, le plâtre sert d’abord à la réalisation de carreaux, briques, dallages, colonnes ou décors moulés. Il s’est ensuite imposé comme un incontournable de l’aménagement intérieur, les murs et les plafonds se recouvrant de plâtre et de chaux.

DES QUALITÉS INTRINSÈQUES

Résultant d’un procédé de fabrication simple – une roche appelée gypse est cuite puis broyée plus ou moins finement en fonction de ce que l’on veut faire – le plâtre doit son succès à ses qualités intrinsèques : grande résistance au feu (sous l’action de la chaleur, il ne dégage que de la vapeur d’eau, créant un pare-feu temporaire), régulateur hygrométrique (sa porosité tempère l’humidité ambiante, l’absorbant lorsqu’elle est excessive et la restituant lorsque l’air est trop sec), isolation thermique (faible coefficient de conductivité thermique) et acoustique. Il est par ailleurs recyclable à l’infini. C’est effectivement un des rares matériaux à être revalorisé par les acteurs du marché.

Depuis le néolithique, le succès ne s’est pas démenti. L’Union des métiers du plâtre et de l’isolement indique qu’en 2012, le marché du secteur représentait plus de 300 millions de mètres carrés de plaques de plâtre, 650 000 t de plâtre (poudre et carreaux de plâtre) et 25 millions de mètres carrés de plafonds suspendus, soit plus de quatre millions d’euros de chiffre d’affaires.

« LE MÉTIER DE PLÂTRIER EST PHYSIQUE ET MINUTIEUX »
Pascal Ganacheau dirige une entreprise spécialisée dans la plâtrerie pure et décorative, le carrelage, la faïence, l’isolation, la cheminée et le poêle à Saint Hilaire de Clisson (44). Il est agréé plaquiste-plâtrier Placo.

« Le métier de plâtrier est un véritable savoir-faire qui a connu plusieurs évolutions depuis ces 20 dernières années. D’abord dans la formulation du matériau lui-même, qui permet aujourd’hui d’obtenir un produit plus propre, plus facile à travailler et qui prend plus rapidement. Ensuite dans les systèmes de mise en oeuvre, comme par exemple les enduits pour plafond sur plaque de plâtre, moins physique que les plafonds en briquette que l’on trouvait encore il y a 10 ans. Plâtre lisse, plâtre sablé, embellissement, restauration, agencement intérieur… Le plâtrier intervient dans de nombreux domaines, qu’il s’agisse de bâtiment public ou de logement. Des applications qui ne sont pas près de disparaître, on aura toujours besoin de plâtre ! Malheureusement, attirer de nouveaux talents est notre grande difficulté. Nous passons des partenariats avec des centres de formation, des collèges, des lycées où des maisons familiales qui nous envoient des jeunes en stage de découverte. Mais la réalité est que nous manquons de main-d’oeuvre. Le métier reste physique, malgré les améliorations très nettes des conditions de travail. C’est également un métier qui nécessite polyvalence et minutie ainsi que de solides connaissances. Les jeunes doivent faire deux ans de CAP après l’obtention du brevet des collèges : une alternance d’une semaine en école pour l’apprentissage des connaissances théoriques comme les mathématiques ou les lectures de plan et de trois semaines en entreprise pour la technicité et la pratique. Si les élèves veulent aller plus loin, s’ils ambitionnent de devenir chef d’équipe par exemple, ils doivent entreprendre un brevet professionnel, toujours en deux ans. Il faut rappeler qu’un jeune s’arrêtant au CAP devra être suivi entre un et deux ans par un tuteur pour être parfaitement autonome… On ne s’improvise pas plâtrier ! »

UN SAVOIR-FAIRE ARTISANAL

Qu’en est-il aujourd’hui de l’utilisation de ce matériau millénaire ? Moulure, décors, staff et stuc… Même si elle se fait plus rare, l’utilisation traditionnelle du plâtre, en poudre et projeté, est toujours d’actualité, que ce soit en décoration ou en construction. « Le marché est largement dominé par les plaques de plâtre mais le plâtre traditionnel est toujours présent, indique Faustine Cassan, chef de marché artisans chez Placo. Au-delà des enduits, il est notamment utilisé dans les projets de restauration de patrimoine, pour les moulures ou les corniches des bâtiments haussmanniens ou pour apporter à l’espace un aspect authentique en revêtement de murs et de plafonds. Il s’agit d’un vrai savoir-faire artisanal. » Un métier qui a connu des évolutions, à travers les machines grâce à la mécanisation mais surtout via la formulation du produit en lui-même. Il est désormais allégé, plus onctueux donc plus facile à appliquer et nécessite des temps de séchage plus courts.

Dans sa forme traditionnelle, le matériau est aussi employé dans des projets techniques. Ainsi en témoignent les chais du château de Glana, en Gironde. Lors de leur extension, supervisée par l’architecte Bertrand Digneaux, des voûtes rappelant l’architecture romane ont été réalisées par Siniat et l’entreprise Sabron et Fils. Un double système d’ossature métallique de grande portée installé sur une charpente en lamellé-collé (squelette des voûtes) sur lesquelles ont été projetées 33 t de plâtre avec finition au plâtre tamisé afin de boucher les porosités existantes et de donner un rendu enduit glacé. Une solution qui a notamment permis d’assurer une température intérieure moyenne de 20 °C, indispensable au vin, et cela sans système de ventilation.

Les plafonds de la salle polyvalente de Nozay (44) sont habillés de plaques de plâtre perforées en motif « domino » et posées en ligne brisée, apportant à la pièce une esthétique originale. © Knauf / David Gallard – Architecte : Vignault et Faure

L’utilisation du plâtre traditionnel dépend par ailleurs de l’histoire des régions. Si Marseille optera plus facilement pour des plaques de plâtre et Monaco pour des carreaux, la Bretagne et le Nord, par tradition, préféreront des finitions intérieures en plâtre à projeter sur support brique. « Celui-ci apporte une finition à part, parfaitement blanche avec des murs très lisses, presque marbrés, détaille Faustine Cassan. Les facultés de régulation de l’hygrométrie apportent par ailleurs une forte sensation de confort. Enfin, le plâtre projeté, inerte vis-à-vis des moisissures, améliore l’étanchéité à l’air du bâti, participant à créer un climat ambiant confortable en toute saison. Le choix du système constructif brique et plâtre apporte également des performances de résistance au feu. »

ANTI-FEU, HYGRO, ISOLANTE

Talochage, gachage, gobetage… Des termes propres au métier de plâtrier que l’on entend moins sur les chantiers depuis l’apparition de la plaque de plâtre. L’Union des métiers du plâtre et de l’isolement fait d’ailleurs état de 75 % d’entreprise plâtriers plaquistes pour 25 % de plâtriers poudre, staffeurs, stucateurs et ornemanistes. « La réalisation d’une plaque de plâtre est un procédé assez simple, explique Stephan Zerbib, chef de produit finition chez Siniat. Le gypse cuit est broyé, humidifié et coulé entre deux feuilles cartonnées. Par la suite, en fonction des propriétés spécifiques que l’on souhaite apporter au produit, on ajustera la composition. »

Et depuis la première utilisation en simple cloison, les évolutions se sont multipliées. « Dans un premier temps, les plaques se sont déclinées en multiples épaisseurs. Du standard BA 13, nous avons aujourd’hui des BA 10, 15 et même 18 et 25 », énumère Emmanuel Blaudez, chef de marché national plafonds chez Knauf. Les différentes épaisseurs agissent sur les performances acoustiques, assurant l’isolation des pièces les unes par rapport aux autres, mais aussi sur la durée de résistance au feu. « Le plâtre est l’un des meilleurs produits anti feu puisque sous l’effet des flammes, il évacue l’eau dont il est composé. Rapidement, en fonction du type et du nombre de plaques que l’on va mettre, la durée de protection va s’allonger, d’une demi-heure à maximum trois heures », affirme Emmanuel Blaudez.

Comme ici dans le musée Unterlinden de Colmar (68), le plâtre est notamment utilisé dans des projets de restauration de patrimoine. ©
Placo /
Raphaël Demaret

Autres spécificités : les plaques hydro, réservées aux pièces humides telles que les salles de bains ; les plaques dites « dures », à haute résistance mécanique, pour les hôpitaux par exemple ; les gammes participant à améliorer la qualité de l’air intérieur ; des chapes sèches de 18 mm en gypse fibré cellulose pour remettre à niveau de vieux planchers. Dernières évolutions en date : les plaques « super hydro », utilisables dans les lieux à forte humidité comme les piscines. « Cela permet d’utiliser le plâtre là où l’on ne l’attend pas. C’est la magie de ce matériau. Bien adjuvanté, on en fait ce que l’on en veut », constate Stephan Zerbib.

LE DESIGN ACOUSTIQUE

Alors face aux moulures, staff et plafonds en courbes, les plaques de plâtre sont-elles cantonnées aux applications techniques ? « Elles peuvent désormais être cintrées, répond Emmanuel Blaudez. Une fois humidifiées, elles prennent des formes concaves, convexes, de vague, entourant une colonne… Ce sont des mises en œuvre beaucoup plus techniques, les plaques sont courbées la plupart du temps sur place, placées sur des ossatures… C’est un métier qui ne s’improvise pas. »

Parallèlement, le développement de solutions acoustiques a conduit les fabricants à soigner l’esthétique des perforations. Rainurées, carrées, rondes, oblongues, aléatoires… Utilisées dans un premier temps pour assurer l’absorption acoustique d’une pièce – les plaques perforées sont recouvertes sur l’envers d’un voile de fibre de verre et vissées sur une ossature –, elles permettent désormais de jouer sur le design des finitions. Posées majoritairement en plafond, les plaques perforées peuvent être mises au mur à partir d’1 m 80 afin d’éviter les chocs (la cloison est plus sensible du fait des ouvertures).

Si les qualités esthétiques et techniques convergent entre le plâtre traditionnel et les plaques, les deux procédés restent complémentaires avec des usages propres à chacun. Nombre de fabricants propose d’ailleurs les deux solutions. « Le choix dépend de ce que l’on veut, estime Faustine Cassan, de Placo. Le plâtre traditionnel sera plus qualitatif sur les finitions et les ouvrages en brique et plâtre seront constitués d’éléments naturels et durables – terre cuite et gypse -, un atout pour l’éco conception… L’idéal est sans doute de pouvoir mixer les deux, par exemple un doublage en plaque et un plafond traditionnel. »

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