Le plafond, un élément technique à part entière

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Les plafonds blancs favorisent la réflexion lumineuse, contribuant au bien-être des personnes. © Armstrong Ceiling Solutions

Inventés pour cacher un plénum disgracieux, les plafonds suspendus déclinent des fonctions de plus en plus techniques. Des performances indispensables et qui doivent parfois cohabiter avec les partis pris architecturaux.

Créé en 2016 suite au regroupement du Laboratoire de photonique et de nanostructures et de l’Institut d’électronique fondamentale, le Centre de nanosciences et de nanotechnologies (C2N) a intégré en 2018 de nouveaux locaux, au coeur du Campus Paris-Saclay (91).

Un bâtiment qui a nécessité la pose d’un plafond (voir photo 1) répondant à plusieurs contraintes techniques : un accès au plénum tout en étant en plan incliné afin de s’adapter à la hauteur des façades vitrées et conserver un maximum d’apport de lumière extérieure ; une ventilation du plénum (sur 1/100e de la surface), nécessaire de fait du passage de gaz ; des performances acoustiques élevées afin d’atténuer les sons dans les espaces de circulation. Cela tout en respectant l’esthétique imaginée par les architectes : un plafond filant, sans rupture ou structure apparente.

© Franck Deletang/Plafometal

La solution a été apportée par Plafometal avec un plafond réalisé sur-mesure avec des bacs basculants pivotables ayant la particularité de permettre un accès fréquent au plénum, et ce sans dépose des bacs. Pour les exigences acoustiques, ces derniers ont été perforés (perforation 11 % pour un diamètre de 1,5 mm) et un voile noir acoustique collé au dos pour un áw de 0,80. Au niveau des systèmes de ventilation, la perforation a été augmentée à 22 % (diamètre de 2,5 mm) et le voile retiré pour permettre la ventilation du plénum.

LA PLUS GRANDE SURFACE ININTERROMPUE

À l’image du C2N, le plafond suspendu répondant « simplement » au besoin fonctionnel de créer un plénum et de masquer les équipements a bien évolué. Il multiplie désormais les atouts techniques, apportant aux espaces, en fonction de leur destination, les critères indispensables à la bonne tenue des activités.

Les solutions pour traiter l’acoustique participent souvent à l’esthétique des lieux, à l’image de l’hôtel Mercure de Tours sud. © StudiovU/Knauf AMF

Première performance, l’acoustique est presque devenue un composant intrinsèque du plafond. « Il s’agit de la plus grande surface d’une pièce à traiter, note Miguel Contini, responsable du support technique Europe du Sud d’Armstrong Ceiling Solutions. Traiter l’acoustique par un plafond suspendu ou par des îlots acoustiques, en fonction des besoins et des espaces, permet d’améliorer le confort acoustique de la pièce et de répondre aux besoins des utilisateurs et/ou des réglementations en vigueur. » L’acoustique est un sujet complexe car les besoins varient en fonction des destinations. Le bruit ne doit pas passer d’un appartement à un autre. Les bureaux doivent être calmes afin de permettre aux utilisateurs de se concentrer. Dans les restaurants, on cherchera à abaisser le niveau sonore et à limiter l’effet cocktail. Pour les salles de classe ou de spectacle, il faudra privilégier l’intelligibilité de la parole. Les cinémas imposent de maîtriser l’effet sonore.

DES MATIÈRES PLUS ABSORBANTES QUE D’AUTRES

Des besoins parfois diamétralement opposés qui prennent en compte l’absorption acoustique et l’atténuation latérale. « Absorption acoustique et atténuation latérale sont deux leviers majeurs du confort acoustique, explique Marie Arnulf, chef de produit dalles chez Eurocoustic. Une bonne absorption acoustique permet de réduire les phénomènes de résonance et de maîtriser la qualité sonore d’un local. Elle se mesure par le coefficient áw, de 0 à 1, 1 étant le maximum possible. L’atténuation latérale vise à traiter l’isolation acoustique entre deux locaux contigus, en empêchant les sons de se propager d’une pièce à l’autre. » Pour répondre à ces deux problématiques, les industriels travaillent sur plusieurs niveaux tels que l’épaisseur, la densité, la porosité ou encore la perforation pour varier les degrés d’absorption et d’atténuation et obtenir la valeur voulue. Patrice Cordon, directeur des ventes France Ouest de Knauf AMF, précise : « L’acoustique n’exclut pas de matériau, il faut juste maîtriser la solution adéquate. Il y a des matières plus absorbantes que d’autres. La laine de roche est naturellement poreuse, donc absorbante. Le bois et le métal, très denses, sont assez réverbérants, mais fonctionnent bien lorsqu’ils sont perforés et équipés d’un complément comme un voile de verre tissé. »

« Absorption acoustique et atténuation latérale sont deux leviers majeurs du confort acoustique »
Marie Arnulf, chef de produit dalles chez Eurocoustic

Autre impératif désormais quasi quotidien : la démontabiltié des plafonds pour avoir accès aux équipements techniques des plénums – climatisation, câble, luminaire… La difficulté réside souvent dans les envies contradictoires des architectes : un accès facile et une ossature invisible ! Les industriels ont ainsi développé des systèmes de montage plus ou moins complexes en fonction des projets et des choix esthétiques, même si parfois les compromis sont indispensables.

LA LUMINOSITÉ ACCENTUÉE, UN FEU MAÎTRISÉ
Si la résistance au feu est un atout intrinsèque à tous les plafonds posés dans un bâtiment tertiaire ou recevant du public, il est bon néanmoins de rappeler l’existence de cette performance technique indispensable. Plus récent, mais de plus en plus demandé, le confort visuel par le traitement de la lumière s’impose aussi dans de nombreux projets. « Afin de favoriser l’éclairage naturel à l’artificiel, il convient de privilégier des plafonds suspendus ayant une haute réflexion de la lumière. Cela permet de réaliser des économies d’énergie et contribue au bien-être des personnes », explique Miguel Contini, responsable du support technique Europe du Sud d’Armstrong Ceiling Solutions. Si le blanc est souvent favorisé, il ne faut néanmoins pas choisir n’importe quelle nuance, sous peine d’avoir un rendu trop réfléchissant. À l’inverse, pour les salles de cinéma et de projection, on privilégiera des teintes sombres afin d’éviter toute réflexion lumineuse des images au plafond. « Il est recommandé d’utiliser des finitions ultra-mates afin de rendre le plafond le plus discret possible, de préserver le confort visuel du spectateur et la qualité de la projection », affirme Marie Arnulf, chef de produit dalles chez Eurocoustic.

RÉSISTER AU NETTOYAGE HAUTE PRESSION

Si l’acoustique et la démontabilité des dalles font désormais partie des « bases » du plafond suspendu, certains secteurs nécessitent des performances particulières. Ainsi, l’univers de la santé, de l’industrie ou de l’agroalimentaire doivent répondre à des exigences strictes en termes d’hygiène, de nettoyabilité ou de décontamination. « Dans les hôpitaux, la norme NF S 90 351 définit certains critères à remplir en fonction des zones – bloc opératoire, circulation, locaux techniques…, ajoute Patrice Cordon. D’abord le classement ISO, c’est-à-dire la capacité du produit à ne pas émettre de particules en suspension dans l’air. Ensuite la classe décontamination particulaire (CP). Enfin le classement microbiologique (M). Quand les dalles de plafond et les ossatures répondent aux mesures imposées, ils peuvent être installés dans les zones en question. »

Pour répondre aux exigences en termes d’hygiène, les systèmes sont recouverts en usine de traitement de surface pour résister aux détergents et aux désinfectants. © Ecophon

Pour atteindre ces exigences, les systèmes sont recouverts en usine de traitements de surface, de films étanches à l’eau, à l’air et aux colonies bactériennes, tous résistants aux produits chimiques, aux détergents et aux désinfectants. Les ossatures sont équipées de clip anti-soulèvement afin de garantir l’immobilisation des dalles en cas de pression ou lors du nettoyage. Des clips aussi utilisés dans l’agroalimentaire et l’industrie : « Dans ces secteurs, les plafonds doivent pouvoir résister à un nettoyage haute pression, précise Pierre Bouret, responsable technique d’Ecophon France. Une mousse de détergeant est projetée puis, après un temps de pose, retirée grâce au jet haute pression. Les systèmes doivent résister à une pression de 40 bars sans se charger d’eau comme une éponge et les ossatures être traitées anticorrosion. »

SYSTÈME ANTICORROSION

© Ecophon

Les problématiques de corrosion et de soulèvement de dalles sont communes à l’agroalimentaire et au milieu sportif. Les plafonds des gymnases doivent résister aux chocs des balles, avec un système complet permettant de maintenir les dalles en place et de protéger les ossatures. Les piscines présentent, elles, un risque élevé de corrosion des ossatures métalliques. Les industriels ont développé des systèmes d’ossatures, de suspentes et d’accessoires anticorrosion, recouverts en usine d’un traitement spécifique, résistant à la fois aux ambiances humides d’un bassin de piscine mais aussi au mariage chlore et sel des balnéothérapies à l’eau de mer.

COMPROMIS ENTRE TECHNIQUE ET ESTHÉTIQUE

Devant toutes ses techniques spécifiques, qu’en est-il du design des lieux ? Si l’acoustique se marie assez bien avec l’esthétique (îlots de différentes formes, jeux de perforation…), si certains secteurs ne s’en encombrent pas (industrie agroalimentaire, cuisines collectives), que faire pour les lieux où l’esthétique est importante, comme les piscines ? « C’est un travail à deux mains, entre l’architecte et l’industriel, pour trouver une solution répondant à la fois aux envies esthétiques et aux contraintes techniques », note Pierre Bouret.

 

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