Le papier peint, objet de décoration

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© 4 Murs

Subtilité, modernité, esthétisme… Trois mots clés pour les papiers peints d’aujourd’hui, qui sont passés d’un rôle de revêtement très fonctionnel à celui d’élément design à part entière.

Lorsque l’on arrive à l’hôtel Bellaval du VIIIe arrondissement de la capitale, les pans de mur recouverts de papier peint sautent aux yeux, comme point d’orgue de la décoration. Le restaurant alterne entre les pierres apparentes et une toile de chez Vescom illustrant des motifs d’architectures et un herbier. Les circulations, aux niveaux des chambres, mixent peinture et papier au motif floral créé par Christian Lacroix pour Designer Guild. Une fonction décorative qui a permis à Jean-Philippe Nuel, architecte et designer en charge du projet, de décliner son fil rouge : un thème floral et des références botaniques omniprésentes pour un établissement qui tient son nom du botaniste Pierre Richert de Belleval et qui est situé sur les anciennes pépinières royales.

Salle de restaurant de l’hôtel Belleval. © Studio Jean-Philippe Nuel – Le Belleval – N. Matheus

Circulation à l’étage des chambres du Belleval. © Studio Jean-Philippe Nuel- Le Belleval – N. Matheus

 

HAUSSE DU MARCHÉ EN VALEUR

L’exemple du Belleval illustre parfaitement les nouvelles applications du papier peint : des produits plus décoratifs pour des usages plus marqués. S’en est fini des années 1970 et 1980 où des pièces entières en étaient recouvertes du sol au plafond, en unis ou avec des motifs répétitifs. Désormais, on ne pose plus que deux ou trois rouleaux, juste pour habiller un mur ou pour imposer une touche décorative particulière. Et si l’Association pour la promotion du papier peint (A3P) indique que le marché a été divisé par quatre en 30 ans, elle précise néanmoins qu’avec 18 millions de rouleaux vendus en 2019, le marché a augmenté de 11 % par rapport à 2018. « Le marché tend vers le haut de gamme », explique Olivier Albert, président de l’A3P et dirigeant de Scénolia, qui note une baisse du marché en volume (moins de rouleaux vendus) mais une hausse du marché en valeur avec des produits aujourd’hui plus qualitatifs et plus chers. « La transformation du marché et de la consommation fait que l’on est passé d’un produit de commodité et de bricolage à un outil de décoration et de personnalisation de l’intérieur », analyse Pascal Siellet, président directeur général d’Ugepa, dernier fabricant français de papier peint.

« Nous sommes passés d’un produit de commodité et de bricolage à un outil de décoration et de personnalisation de l’intérieur »
Pascal Siellet, PDG dUgepa

D’ailleurs, la scène française voit plus de marques se créer que disparaître. Imagerie d’Épinal, qui a vu le jour il y a 200 ans, habitué aux posters, panneaux ou blocs-notes, a sorti il y a un an une gamme de papier peint panoramique représentant le luxe à la française et très appréciée dans les établissements haut de gamme. De nombreux éditeurs voient le jour ou se spécialisent, à l’instar de Mues Design, Paper Mint ou encore Au fil des couleurs. Ils investissent les murs des bars, des restaurants ou des hôtels mais aussi celui des bureaux. « Et quand le marché tend vers le haut et se décline dans les lieux publics, il intéresse la “presse déco”, ce qui a un impact sur le marché du grand public », se réjouit Olivier Albert.

L’AVÈNEMENT DE L’INTISSÉ ET DU NUMÉRIQUE

Au-delà des nouveaux usages et de la nouvelle façon de consommer le papier peint, deux évolutions majeures ont permis de réconcilier les utilisateurs avec ce produit. D’abord, au début des années 2000, le support intissé est arrivé sur le marché. Au dos, le substrat n’est plus en papier mais un mélange de fibre de bois et de polyester. La pose est largement facilitée, la stabilité dimensionnelle du polyester permettant d’appliquer la colle directement sur le mur. « Autrefois, il fallait installer la table à tapisser, encoller le dos du papier et attendre 10 minutes que le lé reprenne sa dimension initiale afin de le mettre au mur. Avec l’intissé, le gain de temps est estimé à 30 % », explique Olivier Albert qui estime que 70 à 80 % de ce qui se vend en France sont de l’intissé. La dépose est elle aussi plus rapide. La décolleuse n’est plus nécessaire, le produit étant « arrachable à sec ». Autre avantage, la résistance des produits, notamment quand le revêtement est recouvert d’une couche de vinyle, à l’image des produits de Muraspec ou de Vescom, appréciés dans les circulations d’hôtel, les salles de restaurants mais aussi dans les établissements scolaires.

Les papiers recouverts d’une couche de vinyle assurent une résistance appréciées dans les circulations d’hôtels ou salles de restaurant. © Muraspec

Seconde évolution majeure : l’avènement de l’impression numérique qui permet une infinité de décors et une totale personnalisation. Entre autre avantage, par rapport à l’impression traditionnelle (analogique), Pascal Siellet, énumère « la possibilité de réaliser rapidement de très courtes séries, permettant de ne pas avoir de stock, de créer des motifs sans répétition et de diminuer l’investissement puisque les cylindres utilisés pour le papier peint traditionnel ne sont pas nécessaires ».

Le numérique permet ainsi de suivre les tendances au quotidien sans avoir besoin de conserver une collection pendant des années pour amortir les coûts. La rapidité d’impression, schématiquement comme une très grande imprimante de bureau, permet d’avoir n’importe quel motif à n’importe quel format dans n’importe quelle couleur. « Chez Scénolia, nous présentons des visuels quotidiennement. S’ils sont appréciés, nous les imprimons, si non, nous les laissons de côté sans problème », indique Olivier Albert.

LA JUNGLE TROPICALE

Le tendance est toujours aux décors végétaux, type jungle ou palmier. © 4 Murs

Si le numérique permet de multiplier les décors, la grande tendance est actuellement au format panoramique avec des motifs Art déco, des formes géométriques et des végétaux. « Les effets 3D apportent une profondeur et un effet de relief qui séduit largement aujourd’hui, précise Pascal Siellet qui rappelle le grand engouement pour l’inspiration de la nature. Les jungles, palmiers ou autres dessins botaniques sont en haut du marché depuis quelque temps déjà et ne semblent pas prêts à être détrônés. On voit aussi des motifs de paysage tropicaux ou d’animaux avec des motifs Arts déco placé en filigrane. »

Des visuels imposants, des facilités de personnalisation, des images panoramiques en contrepoint alternant avec la sobriété des autres murs… Les professionnels s’accordent pour dire que l’avenir du papier peint passera par son aspect décoratif. Même si aujourd’hui les axes de travail se diversifient. On entend parler de traitement de surface permettant au papier peint d’entrer dans les salles d’opération. Dans le très haut de gamme, la recherche se penche sur les produits chauffants et transporteurs d’électricité, lumineux ou pouvant même changer de motif. Restent à savoir si l’on parle toujours, à ce moment-là, de papier peint.

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