« L’évolution de l’offre reste encore mal connue des artisans »

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Mélanie Baumea, de l'Iris-ST, et Valérie Flis-Plisson, de la Capeb

Les produits de mise en œuvre ont fortement évolué ces dernières années. Si les industriels ont amélioré la technicité de leurs produits, ils ont aussi travaillé sur des solutions plus sûres et plus confortables pour les artisans et les entreprises. Néanmoins, ces nouveautés sont souvent mal connues, ne sont pas toujours portées par les distributeurs et peinent à arriver sur le terrain. Dans cette optique, l’Iris-ST et la Capeb* développent des partenariats avec certains industriels afin de faire connaître et tester leurs innovations auprès des entreprises de pose.

Interview à deux voix avec Mélanie Baumea, responsable technique à l’Iris-ST, et Valérie Flis-Plisson, chargée de missions au pôle technique et professionnel de la Capeb / UNA PVR.

Sols Murs Plafonds : Quels sont les principaux risques que rencontrent les artisans lorsqu’ils utilisent les produits de mise en œuvre ?
Mélanie Baumea : Les risques sont nombreux : port de charges, contraintes physiques liées aux postures à genou, accroupi ou bras levé, bruit, vibration, risques chimiques, poussière…

SMP : Y a-t-il une prise de conscience de ces dangers de la part des fabricants de produits de mise en œuvre ?
M.B. :
Les produits et les équipements de mise en œuvre évoluent dans ce sens, que ce soit en termes de praticité, d’ergonomie ou encore de confort. Les mises en œuvre se mécanisent, les peintures se déclinent sans solvant, les dégagements de poussière sont limités et les taux de COV contrôlés…
Valérie Flis-Plisson : Les industriels ont notamment répondu aux problèmes des troubles musculo-squelettiques. Par exemple, en ce qui concerne la mise en œuvre des revêtements de sol, plusieurs étapes peuvent désormais être effectuées debout, comme la réalisation des ragréages ou l’application de la colle. Et si la pose du revêtement en lui-même se fait encore accroupie, des équipements tels que des genouillères adaptées permettent de protéger les genoux au maximum.

SMP : Devant la largeur de l’offre, les artisans ont-ils facilement connaissance des nouveautés et des évolutions des produits ?
M.B. : Pas vraiment… Les solutions pour améliorer la sécurité et le confort restent encore trop mal connues des artisans. C’est pour cela que l’Iris-ST mène plusieurs actions auprès des entreprises artisanales du BTP, conjointement avec la Capeb, afin de porter à leur connaissance les innovations. Nous avons ainsi des partenariats avec Uzin Utz France, PPG (Comptoir Seigneurie Gauthier), Comptoir Seigneurie Gauthier ou encore Knauf Insulation afin de mener des tests de produits d’application comme des enduits allégés permettant aux artisans de gagner en confort de travail. Les entreprises artisanales font un retour de leurs expériences sur le terrain. Nous jouons le rôle d’interface entre les entreprises et les industriels qui n’ont pas beaucoup d’occasions d’échanger ensemble.
V.F-P : Ces partenariats sont des opérations gagnant-gagnant : les industriels ont un retour concret sur leurs produits, d’autant plus que les artisans ne font pas de langue de bois, ils sont dans l’opérationnel ; les artisans découvrent de nouvelles références. Cependant, nous ne sommes pas encore sur de l’anticipation des besoins, et cela est dommage. Le projet de loi sur la pénibilité, même s’il n’a finalement pas abouti car très contraignant à mettre en œuvre, a permis d’avancer sur les problématiques des charges lourdes ou de dégagements de poussières. Il faudrait trouver des solutions pour devancer les besoins.

SMP : Comment faire pour les anticiper ?
M.B. : C’est compliqué. Nous organisons de plus en plus des discussions sur ce sujet, d’autant plus que les industriels sont demandeurs… C’est aussi un moyen de se démarquer de la concurrence ! Mais les entreprises artisanales n’ont pas le temps de venir spontanément vers nous pour nous dire quelles améliorations il faudrait apporter aux produits de mise en œuvre. En revanche, si on les lance sur le sujet, ils sont très prolixes sur les besoins, les contraintes et les difficultés.

 SMP : Les artisans sont-ils méfiants face aux innovations ?
M.B. : Au départ, ils ont souvent des a priori, certaines réticences, car ils ont des habitudes de travail, parfois depuis de nombreuses années. Mais lorsqu’ils utilisent une nouvelle référence, si techniquement elle est au moins aussi performante, ils l’adoptent rapidement.
V.F-P : Les entreprises artisanales ont des plannings très chargés et ne se posent pas la question de savoir quels matériaux ils pourraient utiliser pour porter moins de charges ou quel ragréage dégage moins de poussière. Néanmoins, il est vrai que les jeunes chefs d’entreprise réfléchissent un peu différemment. Ils voient leurs aînés diminués par les années de travail et sont donc plus réceptifs aux nouveautés préservant leur santé. Mais il faut impérativement qu’ils les testent. Ils ne changeront pas de produit juste avec des mots.

SMP : Comment les entreprises de mise en œuvre peuvent-elles prendre connaissance des innovations des industriels ?
M.B. : C’est très difficile. Il y a des opérations ciblées, comme celle que nous mettons en place avec Uzin Utz France (voir encadré) mais cela reste limité par rapport à toutes les nouveautés qui sortent sur le marché. Les industriels approchent aussi de plus en plus les CFA à travers des formations ou les Olympiades des métiers.
V.F-P : En France, les salons professionnels ne sont pas suffisamment développés, contrairement à l’Allemagne, par exemple. Je pense notamment au salon Farbe, à destination des peintres. Très réputé, cet évènement Outre-Rhin présente de très nombreuses nouveautés et attire un large public étonné et impressionné de découvrir toutes ces innovations ! C’est regrettable que ce genre de rendez-vous n’existe pas en France. Le problème est que toutes les innovations créées par les industriels ne redescendent pas forcément chez les distributeurs, qu’ils soient indépendants ou intégrés. Or les artisans ne se fournissent pratiquement que par ce biais, en s’y rendant plusieurs fois par semaines. Si les distributeurs ne proposent pas le nouveau produit, les artisans ont peu d’autres moyens de savoir qu’il existe. C’est sur cet axe de travail, sur la relation industriel/distributeur que nous – l’Iris-ST et la Capeb – devons poursuivre nos efforts. Dans ce contexte, l’UNA PVR de la Capeb vient d’intégrer le club Partenaires de Fédération nationale de la décoration (FND) dans lequel elle entend agir en ce sens.

 

DES FICHES-SOLUTIONS POUR LES ARTISANS
Uzin Utz France a signé un partenariat avec l’Iris-ST et la Capeb afin d’accompagner les artisans du bâtiment dans le développement de compétences en matière de préparation des supports et de pose des revêtements de sol. Dans ce contexte, l’industriel spécialisé dans les produits de mise en œuvre crée des fiches solutions décrivant des problématiques usuelles et les réponses techniques adaptées. Chaque fiche propose une rubrique « solution » présentée étape par étape en image ainsi que le matériel nécessaire à la bonne réalisation du chantier sous le thème « Mon confort et ma sécurité avant tout ». Elles ont pour finalité d’améliorer le confort de travail et de réduire les contraintes physiques, en travaillant en position debout, par exemple. Il existe d’ores et déjà quatre fiches, téléchargeables sur le site de l’industriel : « comment rénover un carrelage ancien ? », « comment rénover un sol ancien ou irrégulier », « comment créer une barrière à l’humidité » et « comment traiter les fissures et les joints de fractionnement ».

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