Finitions : quelles sont les attentes des artisans ?

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Les industriels ont développé des produits permettant d’avoir des sols de qualité, tant techniquement qu’esthétiquement, à l’image du vinyle tissé posé dans les locaux de la FFB de la Somme. © PMS

Le secteur des finitions a aujourd’hui une place de premier plan dans l’aménagement intérieur. L’offre s’est considérablement étoffée ces dernières années pour répondre aux attentes des concepteurs. Mais quel est le ressenti des entreprises de pose face à l’offre produit mise à leur disposition ? Quelles évolutions attendent-ils ? La parole a deux dirigeants d’entreprise de mise en œuvre, confrontés au quotidien de l’activité de poseur.

« L’OFFRE EST LARGE ET DE QUALITÉ »
Valérie Dumenil, dirigeante de Picardie Maison Service, entreprise spécialisée dans la pose de revêtements de sol souples

« Nous avons à notre disposition une offre spectaculaire. En termes de sols souples, nous avons depuis plusieurs années maintenant un large choix de produits avec lequel nous pouvons effectuer de belles réalisations. Pour beaucoup, les revêtements de sol souples équivalent à des solutions bas de gamme, parfois seulement fonctionnelles. La réalité est pourtant tout autre. Les industriels ont développé des produits permettant d’avoir des sols de qualité, tant techniquement qu’esthétiquement. Le PVC par exemple se décline en compact, acoustique, bobine, en lame ou en dalle. Il permet de créer des calepinages avec différentes couleurs, textures ou effets de matière. Les fabricants ont beaucoup fait évoluer leur offre. Tout est possible aujourd’hui, que ce soit en termes de design, de fonctionnalité, de performances techniques. Mais les progrès ne s’arrêtent pas là. L’aspect environnemental évolue de plus en plus dans la réflexion des industriels. Les obligations et certifications ont certes accéléré les choses mais les fabricants étaient au rendez-vous. Ces progrès sont encore trop méconnus. Quand nous proposons ces gammes à nos clients, ils sont souvent agréablement surpris ! Nous avons un vrai rôle de conseil auprès d’eux, et la diversité de l’offre est un plus précieux. J’ai connu les revêtements de sol il y a 30 ans et quand je vois ce qui est à notre disposition aujourd’hui et ce que l’on peut en faire, je ne peux qu’être satisfaite.

Il y a néanmoins un bémol, non pas dans ce que l’on peut proposer au client final mais par rapport au « bien-être » des artisans. Même si là aussi il y a évidemment eu des évolutions, des progrès restent à faire dans l’outillage ou la manutention. La profession de solier, pour prendre l’exemple de mon entreprise, est une activité physique où l’on travaille pratiquement tout le temps à genou. Améliorer les conditions de travail doit être l’axe de réflexion des industriels dans les années à venir. »

 

Les entreprises investissent désormais dans des outils permettant d’améliorer les conditions de travail de leurs collaborateurs, comme ce pistolet à peinture. © Peinture-décoration Bruno Ehrhardt

« VEILLER À NE PAS FAIRE DE NOS BESOINS DES LIMITES »
Bruno Ehrhardt, chef d’entreprise de peinture-décoration Bruno Ehrhardt et responsable de la section des peintres à la Capeb Bas-Rhin

« Nos besoins sont complexes. L’idéal serait des produits ayant chacun une technicité suffisante pour être adhérents sur plus ou moins tous les supports, une opacité limitant le nombre de couches nécessaires et assurant de belles finitions. Cela avec un temps de séchage court et un temps d’application long.

Plus concrètement, il apparaît parfois que nos besoins créent leurs propres limites. Aujourd’hui, les formulations des produits ont fortement évolué pour limiter, voire bannir, les composés organiques volatiles. Mais si on prend l’exemple des peintures, le retrait de tous conservateurs pose un problème en termes de durabilité des produits. Résultat : des peintures qui coûtent cher à l’achat, qui ont un temps d’utilisation très limité et dont il faut gérer par la suite le retraitement. Les entreprises qui se veulent vertueuses d’un point de vue environnemental ont l’impression d’avoir une double punition : des stocks inutilisables et des coûts de retraitement plus élevés. De même, pour avoir des produits plus opaques, permettant de limiter les couches, et donc d’améliorer la cadence des chantiers, quasiment toutes les peintures contiennent du dioxyde de titane. Or si ce dernier n’est pas dangereux à l’application, ça le devient lorsque l’on ponce le support… Nous aimerions tous avoir des produits plus respectueux de l’environnement et plus sûrs mais nous arrivons à des limites où l’on ne peut plus développer cet axe sans détériorer les qualités techniques du produit. Ça risque de devenir l’un ou l’autre.

Il faut aussi veiller à ne pas trop « faciliter les choses », ou en tout cas ne pas en donner l’impression afin de protéger notre profession. Si certains revêtements peuvent a priori être posés directement par le client final, il ne faut pas oublier que notre expertise va plus loin. Nous savons précisément quelle peinture utiliser, nous parons aux imprévus, nous avons une technicité qui assure la pérennité des ouvrages… Les conseils avisés d’un vendeur en grande surface spécialisée ou les tutos trouvés sur internet ne peuvent pas tout. »

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