Conjuguer techniques et environnement, le défi de demain pour la peinture

Recyclé.jpg

La peinture Eco de la marque ID est composé de 50 % de matières recyclées, du PVB issu recyclage de pare-brises pour le résine et de coquilles d'huître pour les charge. © ID

Produit majeur du bâtiment, la peinture évolue constamment. Axe de travail depuis de nombreuses années, la qualité de travail des peintres et la formulation de produits de plus en plus techniques doivent désormais composer avec un critère primordial: l’aspect environnemental.

La peinture a été la grande gagnante de ces bientôt deux ans de pandémie. Certains ont profité du confinement du printemps 2020 pour effectuer des travaux souvent repoussés. D’autres ont eu envie de changement après des mois et des mois en télétravail forcé. Un dynamisme qui mécaniquement commence à se tarir, même si la peinture, outil de décoration et de personnalisation, reste un marché indispensable dans le secteur du bâtiment et des finitions.

DURABILITÉ ET RÉSISTANCE

La peinture habille les murs et les plafonds, rénove des carrelages datés, recouvre les pièces humides, se décline en mate ou brillant, en effet pailleté ou aimanté. Elle sort, s’étale sur les volets, les portails, les façades. On est loin des premières peintures, cachés au fond des grottes. Elles se sont réinventées techniquement avec un objectif majeur: faciliter le travail des peintres. « Durabilité et résistance sont devenus les maîtres mots et restent un axe de travail permanent, explique Ludovic Bertrand, responsable support et assistance technique chez Tollens (groupe Cromology). Les travaux doivent être pérennes dans le temps pour le client final et aller vite pour rentabiliser au maximum le travail des peintres. Faire deux couches de finitions dans une journée et pouvoir recouvrir rapidement un produit technique deviennent presque des critères fondamentaux. » Du simple, du rapide et du qualitatif pour répondre au fameux adage « le temps c’est de l’argent ».

La manutention et le confort du peintre sont aussi en constante évolution. La recherche se poursuit avec des peintures à grand confort d’application (glisse, répartition) et plus couvrantes, des fûts moins lourds à porter, de moins en moins d’odeurs. Des améliorations faites en concertation constante avec les utilisateurs. « Chaque nouveauté est testée par plusieurs de nos clients afin d’avoir leurs remontées. Leur retour est primordial pour être sûr d’être dans la bonne démarche et dans un produit de qualité », ajoute Ludovic Bertrand. De son côté, Mathieu Drouet, responsable marketing produit chez PPG, rappelle l’importance d’être proche de ses clients : « L’assistance technique et le marketing produit récoltent les retours des utilisateurs, soit sur un produit qui n’est plus adapté, soit sur des problématiques nouvelles que peuvent rencontrer les peintres sur les chantiers. L’idée est de pouvoir répondre avec une nouvelle référence ou une amélioration produit. »

Toujours très prisé, le blanc participe à la luminosité des lieux et accentue la sensation d’espace. © Tollens

REACH ET CLP, GARANT DE LA SÉCURITÉ

Le vrai défi des peintures de demain est de cumuler les performances techniques avec la grande révolution d’aujourd’hui: l’impact environnemental et la santé des peintres. Sur ce point, plusieurs réglementations ont été mises en place depuis près de 15 ans. Depuis 2007 et la réglementation européenne sur les COV (directive COV 2007/2010), le taux de composés organiques volatil pour les peintures murales est réglementé (inférieur à 30 g/ litre), la concentration devant être indiquée sur les pots de peinture. Une avancée majeure pour la qualité de l’air, tant pour le peintre que pour l’utilisateur final.

La réglementation européenne Reach, en évolution constante, participe aussi à l’évolution « verte » des produits. Entrée en vigueur en 2007 également, elle sécurise la fabrication et l’utilisation des substances chimiques dans l’industrie européenne en classifiant les matières dangereuses pour l’homme et l’environnement. Concrètement, elle recense, évalue et contrôle les substances chimiques fabriquées, importées et mises sur le marché européen. « Cette réglementation nous permet de savoir quelles sont les matières premières sous surveillance », note Mathieu Drouet, tandis que Guillaume Zehnacker, directeur commercial d’Initiatives Décoration, rap[1]pelle l’obligation de la réglementation CLP (classification et étiquetage des produits) qui impose aux fabricants de produits chimiques (et donc de peinture) de fournir une étiquette essentielle et concise informant sur les dangers du produit, qu’ils soient liés à ses propriétés physico-chimiques, à la santé ou à l’environnement. « Ces réglementations tendent à améliorer la qualité et l’innocuité des produits aussi bien pour les opérateurs qui fabriquent le produit que pour les peintres ou les utilisateurs finaux, estime Guillaume Zehnacker. Cela permet d’avoir aujourd’hui des peintures de plus en plus saines. Pour rester dans la course et être conformes aux divers impératifs, nous sommes obligés de faire énormément de recherches pour améliorer nos références. » Cela sans compter sur la prochaine mise en vigueur de la RE 2020, au 1er janvier prochain, qui mettra en avant l’impact carbone des bâtiments et de leurs composants. « Pour pouvoir participer à ces projets, il faudra satisfaire une réduction du bilan carbone définie par nos clients », indique Mathieu Drouet.

Les peinture biosourcées se multiplient, à l’image de Phylopur de Seigneurie, constituée de résine alkyde biosourcée à 97 %. © Seigneurie – PPG

DES SQUELETTES D’ALGUES SÉCHÉS

Les fabricants de peintures se sont donc lancés dans cette course à la « chimie verte ». Unikalo, Tollens ou encore Seigneurie ont élaboré des peintures biosourcées. Ainsi, Algo a développé une peinture avec des charges issues du retraitement des algues, où est remplacé tout ou partie du titane par des squelettes d’algues séchées broyés très finement, apportant onctuosité, opacité et blancheur. ID propose une peinture à base de 50 % de matières premières recyclées, avec une résine issue du recyclage des pare-brise et des charges provenant du recyclage des coquilles d’huîtres. Un travail de recherche et d’innovation permanent qui sera l’axe de travail des années à venir avec un enjeu majeur commun à chaque industriel: garder une efficience exemplaire au niveau des produits. « Aujourd’hui ce n’est pas très difficile de sortir une peinture biosourcée ou d’utiliser des matières décarbonées, l’enjeu est de conserver le niveau de qualité défini comme étant notre standard, constate Mathieu Drouhet. Conjuguer performances techniques et paramètre environnemental est le défi du moment. Il faut du temps pour trouver le bon équilibre. Nous avons mis du temps à mettre sur le marché nos gammes biosourcées car nous voulions atteindre un résultat comparable aux gammes standards d’un point de vue performance et esthétique. » La prochaine étape, sur laquelle les fabricants travaillent déjà, est évidente : décliner les peintures plus techniques en version responsable, trouver des substituts aux peintures d’origine pétrolière, y compris pour des aspects plus techniques que simplement la décoration d’intérieure. « Nous ne pourrons sans doute pas convertir toutes les peintures en produits biosourcés ou recyclés. Mais nous devons nous en approcher le plus possible », conclut Guillaume Zehnacker.

Partagez cet article