Le bois : l’esprit contemporain d’un matériau séculaire

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Alors qu’il connaît un succès certain dans la construction en tant que matériau de structure, le bois reste une valeur sûre dans l’aménagement intérieur, à la fois porté par les préoccupations environnementales et l’engouement pour les produits naturels mais aussi parce qu’il sait faire preuve de beaucoup de modernité.

Matériau de vieille tradition paysanne puis artisanale dans l’aménagement global puis intérieur de l’habitat, le bois est depuis longtemps considéré comme une valeur sûre, aussi fondamentale que la pierre ou la terre, si l’on considère l’accumulation du patrimoine de structures, de menuiseries, de meubles, de décoration qui se retrouve dans les musées, les vieilles demeures et châteaux ou chez les antiquaires. Et si on en juge par la place qu’il occupe dans les intérieurs, qu’ils soient anciens ou modernes. Construire, aménager ou décorer des espaces à vivre en utilisant le bois est une tradition qui remonte à la nuit des temps, ce matériau naturel étant abondant et solide tout en étant facile à travailler et permettant de se protéger du froid et de l’humidité. Avec le temps, il est aussi devenu un élément de confort et de décoration intérieure. Les qualités que les anciens appréciaient intuitivement ou par expérience ont été confirmées scientifiquement au fil du temps. La structure cellulaire du bois piège l’air et en fait un mauvais conducteur de la chaleur donc un bon isolant thermique. Matériau hygroscopique, il peut perdre ou reprendre de l’humidité en fonction de la température et surtout de l’humidité relative de l’air, contribuant ainsi à une ambiance intérieure plus saine. Enfin, sa faible densité et sa structure alvéolaire constituée de cavités microscopiques organisées en réseau lui confèrent, selon les essences, des capacités d’isolation ou d’absorption acoustiques.

Ces caractéristiques fonctionnelles vont de pair avec une image esthétique valorisante. Le bois, ou ce qui peut lui être assimilé en raison de l’aspect, a toujours été un élément de choix pour les aménagements intérieurs. Il évoque le luxe, le raffinement, un art de vivre, un matériau vivant, socialement valorisant. L’opinion générale le qualifie volontiers d’authentique, naturel, sain, chaleureux, hygiénique. La vogue écologique et le besoin de retour aux sources et aux valeurs sûres ont conforté le goût du consommateur et des aménageurs pour les revêtements évoquant le bois. À cet aspect « affectif » en faveur du bois comme élément du décor s’ajoute sa faculté de cohabiter avec d’autres matériaux comme la pierre, le béton, l’acier ou le verre en s’y associant pour tempérer la rigueur du minéral grâce à la chaleur du végétal.

Les panneaux stratifiés Obersound 5.5 contribuent à une ambiance contemporaine tout en remplissant un rôle acoustique. © Oberflex

Parquet bois…

En dépit d’une chute des volumes depuis plusieurs décennies, la consommation française annuelle de parquets semble stabilisée autour d’une dizaine de millions de m2. Portée par le goût de l’authentique, la demande se tourne surtout vers le massif et répond aux besoins soit des projets importants comme les musées, les centres commerciaux ou les aéroports soit vers les programmes résidentiels hauts de gamme. Les produits plus basiques ont en revanche davantage souffert de la concurrence des sols stratifiés, moins chers et offrant des avantages fonctionnels comme la facilité de pose et d’entretien ou la diversité des décors. Une des chances du parquet réside dans les arguments qu’il peut faire valoir en termes d’environnement et de développement durable, des facteurs importants aujourd’hui. Certes, le problème de la déforestation et de l’épuisement des ressources se pose pour la matière première qu’est le bois mais la prise de conscience est réelle et le label PEFC, par exemple, est là pour certifier que le bois utilisé provient d’une forêt gérer durablement. Une autre préoccupation à l’ordre du jour concerne la qualité de l’air intérieur et à cet égard, le parquet se positionne en bon élève. Directement issus d’une matière première naturelle, les éventuels composés organiques qu’il peut émettre ne sont que les composants naturellement émis par les arbres. Peu transformé, le parquet ne demande pas beaucoup d’adjuvants chimiques. Ceux qui sont utilisés pour les traitements ou les de COV. Pour la pose, les industriels de la colle ont mis au point des gammes qui émettent peu de formaldéhyde. Soit un bilan global nettement positif.

Au Cnit de La Défense, les architectes Cuno Brullmann et Jean-Luc Crochon (Paris) ont apporté chaleur et lumière au site en prescrivant un parquet et des éléments muraux en chêne clair. © Sika

… ou imitant composite

Si les sols stratifiés ne peuvent pas avancer les mêmes réponses en matière environnementale, ils ont en revanche des arguments de poids à faire valoir, le principal étant celui de sa ressemblance avec le bois véritable pour un coût moindre, les technologies d’impression numérique permettant des reproductions d’un extrême réalisme : structures, nervures, nœuds, marques et blessures du temps, tout peut être reproduit. Les gammes s’adaptent en permanence en fonction de l’évolution des tendances de la décoration. Toutes les personnalisations sont possibles si l’on passe sur des volumes plus importants. Les créateurs peuvent également exprimer leurs idées en sortant des sentiers battus de la reproduction des essences de bois. Devenu mature, le marché des sols stratifiés s’est stabilisé, les chiffres publiés en janvier par la Fédération européenne (EPLF) pour 2016 étant de 37 millions de m2 pour la France, soit le deuxième marché en Europe, derrière l’Allemagne. Au chapitre technique, l’EPLF relève que les industriels proposent de plus en plus de produits dotés d’apprêts spéciaux les protégeant contre l’humidité. Les revêtements sont optimisés contre le gonflement avec des plaques de supports HDF de composition spéciale, très dures et denses, et par des imprégnations de la couche d’usure et des arêtes. Les systèmes de verrouillage brevetés assurent l’étanchéité des joints entre les lames. Et l’accès aux pièces humides.

Les nouvelles générations de sols stratifiés ont accès aux pièces humides. © Egger

Prolonger l’intérieur

Élargir les espaces dans l’habitat et profiter de l’extérieur est une tendance qui conduit à l’aménagement de terrasses ou de balcons avec des sols en bois ou en matériaux qui s’y apparentent. L’installation d’un revêtement bois s’adapte à toutes les topographies sans avoir un caractère irréversible. Les bois composites, par leur légèreté et leur facilité de mise en œuvre, s’inscrivent bien dans cette tendance. Faits de fibres de bois et de résines polymères, ils vont composer le platelage de la terrasse, offrant une alternative écologique aux essences exotiques utilisées en raison de leur adaptation aux usages en extérieur mais marquées par l’image des déforestations intempestives. Les lames ou les dalles sont obtenues par extrusion ou par moulage par injection, à partir de matières majoritairement recyclées. Cela donne un matériau imputrescible qui résiste aux intempéries, aux UV, aux champignons lignivores et aux termites. Teinté dans la masse, il peut prendre l’aspect de différentes essences et ne demande pas d’entretien particulier.

Le bois en espaces publics

Déjà utilisé au sol dans des espaces publics très fréquentés, le bois séduit également architectes et concepteurs pour d’autres aménagements intérieurs de par son aptitude à répondre aussi bien à certains impératifs techniques qu’à des partis pris esthétiques. La prescription se fait le plus souvent sous la forme de panneaux, en bois proprement dits mais, le plus souvent, en composites dérivés du bois. Si ces derniers n’offrent pas les meilleures garanties en matière environnementale en raison des agents liants nécessaires à leur confection, ils compensent en partie ce handicap en offrant des possibilités de valorisation des déchets de la filière bois. De plus, les industriels, soit par volontarisme soit sous la contrainte de réglementations de plus en plus draconiennes, travaillent sur les émissions de COV et la réduction de l’impact environnemental de leurs produits. Utilisés comme habillage mural ou en plafond, ces panneaux, outre leur aspect décoratif, auront le plus souvent une vocation acoustique dans le projet concerné. La diversité des essences, qu’il s’agisse de massif ou de placage, offre un grand choix au prescripteur pour s’adapter aux différents types d’architectures intérieures. Par ailleurs, la variété des modèles permet d’apporter des réponses pertinentes en fonction de la configuration des espaces, donc de la problématique acoustique. En composant une cloison mobile rainurée ou tramée dotée d’un voile acoustique, on obtiendra une atténuation acoustique alors qu’un panneau perforé avec un voile acoustique aura un rôle d’absorption. Une orientation judicieuse calculée par une étude acoustique viendra assurer la correction acoustique nécessaire dans une salle de concert ou un auditorium. Le pourcentage de perforation et l’épaisseur de la matière fibreuse seront calculés par l’acousticien en fonction du volume de la salle et de l’objectif d’absorption à atteindre.

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