Le biosourcé, filière verte à haut potentiel

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Le chêne liège permet la réalisation de revêtements de sol ou de panneaux muraux qui, outre sa caractéristique environnementale, assure de bonnes performances acoustiques.

Définition, qualités intrinsèques, potentiel dans le secteur des finitions… Alors que les produits plus respectueux de l’environnement ont le vent en poupe, zoom sur les matériaux biosourcés.

Le 1er janvier prochain, la RE 2020 devrait entrer en vigueur pour les constructions neuves. Son objectif final : approcher du bâtiment à énergie positive, c’est-à-dire qui produit plus d’énergie qu’il n’en consomme. « Cela aura des impacts sur le choix de tous les produits de construction, leur provenance, leur recyclage, mais aussi sur le type d’énergie utilisée », expliquait Thierry Repentin, président du CSCEE, dans nos colonnes l’année dernière.

Les produits de finition et les revêtements intérieurs participent ainsi directement à l’impact environnemental d’un bâtiment, du bilan énergétique jusqu’au poids carbone. Il faut considérer l’énergie utilisée pour créer le produit, son transport, son entretien, sa durée de vie et son traitement en fin de vie. Cela d’autant plus que, s’agissant des revêtements intérieurs, ils sont voués à être changés plusieurs fois. Pour répondre à cette problématique, et s’intégrer dans l’expérimentation nationale E+C-, lancée en 2017, les professionnels du secteur ont évoqué majoritairement l’écoconception, c’est-à-dire « l’intégration des caractéristiques environnementales dans la conception du produit en vue d’en améliorer la performance environnementale tout au long de son cycle de vie », indique l’Ademe.

« PRENDRE SON TEMPS POUR NE PAS SACRIFIER LA PERFORMANCE DES PRODUITS »
Karine Giner, chef de marque Seigneurie

Nous développons nos produits biosourcés depuis plusieurs années. Cela va devenir indispensable de pouvoir proposer ce genre de référence afin de répondre aux appels d’offres. En effet, les grands groupes de construction intègrent de plus en plus le paramètre environnemental dans leur cahier des charges afin de pouvoir répondre aux certifications de construction HQE, Leed ou Breeam. Nous avons ainsi lancé en octobre dernier notre première gamme de peinture à base de résine de conifères provenant de forêts gérées durablement en Europe.
Nous avons mis un certain temps à la développer car nous n’avons pas voulu sacrifier la performance des produits pour autant, qu’il s’agisse du rendu final ou des conditions d’application pour les peintres. La provenance de nos matières premières était aussi importante. Il n’était pas question d’empiéter sur des cultures agricoles destinées à de l’alimentaire. Au final, notre gamme est constituée de résine biosourcée à 97 % et de sous-produits revalorisés, de charges minérales, réutilisés et d’eau, soit un produit fini pouvant atteindre 70 % d’origine biosourcée. Pour le moment, les finitions mates et soie offrent un choix de plus de 600 teintes du nuancier Chromatic. La gamme de couleurs complète, plus longue à élaborer, est prévue quant à elle pour la fin de l’année 2020.

STOCKER LE CARBONE

Comment fait-on de l’écoconception ? Si les solutions sont diverses, on peut mettre en avant l’utilisation de produits biosourcés, c’est-à-dire des matières premières issues de la biomasse d’origine animale ou végétale, qui « concourent significativement au stockage de carbone atmosphérique et à la préservation des ressources naturelles », comme l’explique la Fédération française du bâtiment dans son guide Les matériaux biosourcés dans le bâtiment. En répondant à de nombreux enjeux d’intérêt général tel que la préservation des ressources ou encore la diminution des émissions de gaz à effet de serre, les filières des matériaux biosourcés pour la construction sont des filières vertes présentant un réel potentiel de développement économique pour l’avenir. Un label « Bâtiment biosourcé » a été instauré en 2012 afin de valoriser les efforts d’intégration de ces matériaux. L’intérêt du biosourcé réside notamment dans leurs qualités intrinsèques, telles que :

– Leurs performances techniques singulières (isolation thermique et acoustique, comportement hygrothermique, durabilité). – Leurs impacts environnementaux (stockage carbone, matière première de substitution renouvelable, faibles besoins en énergie de fabrication et en eau…).

– Leurs avantages économiques (coût global de l’énergie, nouvelles activités agricoles et industrielles, développement de filières locales, économie circulaire).

– Leurs atouts sociaux (confort, développement des territoires, circuits locaux, qualité sanitaire…).

DES RESSOURCES DURABLES

Bois, paille, chanvre, caoutchouc, algue, liège, lin, textiles recyclés… Nombreuses sont les matières premières à pouvoir entrer dans la composition de nos revêtements. Les peintures intègrent des résines issues du végétal à la place d’ingrédients venant de la pétrochimie, le lin est utilisé pour le linoléum ou des papiers peints, la paille et le chanvre isolent nos combles et le bois d’oeuvre est utilisé pour différents produits d’aménagement comme les panneaux, les parquets ou les lambris.

« LE LINOLÉUM, PRODUIT BIOSOURCÉ PAR EXCELLENCE »
Valérie Druart, chef de segment éducation/santé chez Forbo Flooring Systems

Farine de bois et de liège, lin, résine de pin, toile de jute sur l’envers du revêtement… Le linoléum est le produit biosourcé par excellence. Il a d’ailleurs un FDES sur la base Inies. Sur le marché depuis des décennies, il n’a pas attendu l’évolution des mentalités sur la question environnementale pour avoir du succès. Produit solide, homogène et traité dans la masse, il est déjà connu pour sa résistance aux taches et au trafic, ce qui en fait un produit recherché dans des secteurs comme l’enseignement ou la santé. Mais il est certain qu’en regard de sa composition, et avec le développement des chantiers HQE, il commence à être convoité pour son aspect environnemental. Et même si sur l’ensemble d’un bâtiment, les revêtements de sol pèsent peu, le linoléum permet d’apporter sa contribution.

Avantage supplémentaire, certaines de ces ressources sont disponibles, en France, en grandes quantités. Le guide de la FFB indiquait en 2017 qu’avec 5 % de la paille à notre disposition, nous pourrions isoler 500 000 logements par an, ou encore que la France est le premier producteur de chanvre d’Europe, avec une production annuelle de 8 000 à 10 000 hectares.

UN TERME « À LA MODE »

Mais à partir de quel taux de matière peut-on parler de produit biosourcé ? « Ce terme est devenu un peu à la mode, note Virginie Gautier, responsable développement chez Karibati, un bureau d’étude spécialiste du bâtiment biosourcé. Il y a une carence dans la norme terminologique. Si elle définit que c’est un matériau composé de matière première biosourcée, elle ne précise pas dans quelle mesure. Il suffit d’avoir 1 % de matière bisourcée pour s’afficher comme tel. » Karibati a par conséquent créé un label permettant d’assurer un taux minimum à partir duquel on considère qu’il y a eu un vrai effort de fait à cet égard. Si le taux varie en fonction de la famille de produit, le comité de label, composé des acteurs de la filière, considère qu’au vu de ce qui se fait sur le marché, pour les revêtements intérieurs, un taux de 20 à 25 % est un bon chiffre.

Le lin est la matière première du linoléum, un revêtement de sol de plus en plus convoité pour son aspect environnemental de part sa composition.

Alors le biosourcé, produit miracle ? « Nous n’en sommes qu’au début. La RE 2020 va mettre en avant ces produits grâce à un nouvel indicateur de stockage carbone. Les maîtrises d’ouvrage ou d’oeuvre commencent tout juste pour beaucoup d’entre eux à se familiariser avec ces nouvelles solutions constructives, mais il reste encore beaucoup de travail », estime Virginie Gautier. Pour le moment, le marché tend de plus en plus à mobiliser les matériaux biosourcés en complémentarité avec les matériaux conventionnels.

Il est néanmoins important de rappeler que « biosourcé » ne veut pas dire matériau 100 % naturel et sans impact pour l’environnement. Certains contiennent des additifs chimiques, comme les retardateurs de feu ajouté dans les produits à base de chanvre, et peuvent avoir été transportés sur de longues distances, à l’instar du liège qui vient en grande majorité du Portugal. Il est donc conseillé, sous réserve de correspondre aux caractéristiques demandées, de privilégier les matériaux locaux et les moins transformés possible.

 

 

 

 

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