Les attentes « produits » des prescripteurs

HR-2945.jpg

Entreprise Splio, dans le 9e arrondissement de Paris . ©Cyrille Lallement

Le secteur des revêtements (sols, murs et plafonds) revendique aujourd’hui une place de premier plan dans l’aménagement intérieur. L’offre s’est considérablement étoffée afin de répondre aux attentes des concepteurs. Mais quel est le point de vue des architectes sur les produits proposés et quelles sont leurs attentes ?

 

« Adapter les codes de la maison au tertiaire »,
Lucie Bodin, responsable du Studio Mobilitis, spécialisé dans l’aménagement tertiaire

Siège social de Swiss Life Reim (75). © Cyrille Lallement

« Aujourd’hui, les entreprises parlent de bien-être au travail. Elles essayent d’être les plus séduisantes et originales possibles et cela passe notamment par les aménagements. La tendance est d’adopter les codes de la maison et des espaces culturels au bureau, la difficulté résidant dans le fait de trouver des matériaux répondant également aux contraintes techniques du tertiaire, notamment au niveau des sols et des cloisons. En général, les espaces de bureaux sont équipés de planchers techniques et de cloisons modulaires, les aménagements devant pouvoir évoluer rapidement. Nous sommes en permanence à la recherche de matériaux qui soient authentiques, les plus naturels possible, qui apportent une ambiance « maison » mais qui soient par exemple adaptés à des faux planchers techniques et à des cloisons modulaires. Si nous posons du PVC, les dalles doivent impérativement être plombantes afin de pouvoir accéder aux planchers. Cela exclut d’office les lés et dalles non plombantes, c’est-à-dire la majorité des gammes de PVC. De la même manière, on ne va pas pouvoir poser du papier peint sur des cloisons. Nous devons donc trouver des astuces pour travailler des matières « maison » sur des matériaux qui ne s’y prêtent pas. Autant il est facile de trouver des solutions pour les sols, notamment via de nombreuses références de moquette ou des matériaux bruts (polycarbonate, matière en fibre de bois…), autant il y a un vrai manque pour les murs. Nous recherchons aujourd’hui des produits qui soient, par exemple, magnétiques, inscriptibles, qui animent les espaces de travail tout en disposant de bonne qualité acoustique. Cela existe déjà avec des panneaux en verres laqués – mais leur prix devient rapidement un frein – ou avec des peintures et des panneaux stratifiés mais qui n’offrent aujourd’hui pas assez de garanties sur leur tenue dans le temps. »

 

« Mêler matières et couleurs »
Fabrice Knoll, architecte

Hôtel Radisson Blue, à Nice (06). © Fabrice Knoll

« Les produits de finition sont garants de l’originalité d’un projet. Quand nous proposons un aménagement à nos clients, nous devons présenter un résultat novateur qu’ils ne retrouveront pas ailleurs. Cela tout en gardant à l’esprit non seulement les souhaits et les attentes exprimés par l’exploitant mais aussi les limites dues aux méthodes de mise en œuvre, aux réglementations et au financement. On peut par exemple démarrer avec un produit pour lequel on a eu un coup de cœur et choisir les autres matériaux en fonction de celui-ci. Lorsque je travaille sur un projet, j’aime mêler harmonieusement les matières et les couleurs. Et l’offre actuelle du marché des finitions s’y prête bien. Nous avons aujourd’hui à notre disposition de nombreux matériaux « trompe l’œil » avec des PVC et des carrelages qui imitent le bois, par exemple, ou des moquettes qui reproduisent de la végétation ou des sols naturels. Les fabricants sont aussi de plus en nombreux à proposer des gammes de produits qui permettent de combiner différents éléments dans une même référence afin de faire varier les dessins, de les adapter à des projets variés. Je pense notamment aux dessins aléatoires recombinables en carrelage, en moquette mais aussi en LVT et en stratifiés. Face à cette offre déjà importante, dans l’avenir, j’aimerais être surpris par des matériaux novateurs, légers et recyclables, qui répondraient également aux enjeux techniques comme une forte durabilité. Esthétiquement, il est aujourd’hui possible de faire énormément de choses. Néanmoins, dans les ERP, il est vrai que l’on est parfois freiné par les critères acoustiques, de durabilité, de résistance au feu ou de facilité de maintenance, ce qui exclut parfois d’emblée un revêtement qui, au départ, incarnait parfaitement l’esprit d’un projet. »

 

« La justesse du choix »
Patrick Vettier, architecte

Logement particulier à saint Julien l’Ars (86). © Patrick Vettier

« Le temps consacré au choix des finitions est important. Je les considère comme une valeur ajoutée. Le débat sur les finitions est un temps privilégié avec mon client, une occasion pour découvrir les attentes du nouvel usager et lui permettre de s’approprier davantage son futur espace. Mon travail consiste à rechercher la « finition juste » qui garantit la valeur d’usage avec une esthétique assumée par l’usager. En matière de finition, l’imitation et le détournement de revêtement se développent pour satisfaire un plus grand nombre. Personnellement, je privilégie d’avantage l’authenticité du produit. Aujourd’hui, face à une offre prolixe, nous n’avons que l’embarras du choix. Bien sûr il faut s’en réjouir. Cela nous permet de personnaliser nos projets, de proposer des textures, des matériaux et des effets variés et originaux qui prennent en compte les caractéristiques techniques et normatives exigeantes sans oublier la contrainte budgétaire. Je reste néanmoins attentif face à cette production qui évolue très vite et qui procure cette sensation que nous pouvons avoir accès à tout. Cela pousse certains fabricants à créer des produits qui vont « ressembler à… » mais qui « ne sont pas comme ». J’estime que c’est dans ces situations de choix que l’architecte peut pleinement revendiquer son rôle de conseiller. Pour apporter une réelle valeur ajoutée, c’est à nous de trouver le produit le plus authentique, celui qui impactera le moins au niveau environnemental ou répondra mieux aux questions d’usage. Privilégier la qualité pour un coût équivalent implique plus de recherches et plus de disponibilité. Mettre en œuvre des « produits sincères » rend la tâche plus complexe mais tellement plus passionnante. Si le marché des finitions est immense, l’offre de qualité s’est aussi considérablement étoffée, les performances techniques et environnementales se sont affinées. Je souhaiterais que l’évolution des produits continue dans un sens qui supprimerait l’impression de pauvreté du bas de gamme. »

 

« Plus de R&D pour l’environnement »
Taïna Primaux, responsable des matériaux chez Studios Architecture, spécialisé dans les projets tertiaires et hôteliers

Métropolitan, immeuble parisien de bureaux en location (75) © Studios Architectures – Sébastien Siraudeau

« Nous intervenons dans l’aménagement de bâtiment accueillant du public ou tertiaire présentant de lourds cahiers des charges. La résistance au feu peut empêcher le choix d’un tissu pour un panneau acoustique ; un sol dur peut être refusé en raison du classement Upec. Sur le projet du siège parisien d’Air BNB, il avait été imaginé de poser au sol de la mosaïque. Cela a finalement été refusé car elle ne correspond pas au classement Upec exigé par les locaux. Or on sait que de la mosaïque bien posée peut tout à fait convenir à cet usage. Nous ne voulions pas simuler une mosaïque par impression et aucun matériau ne pouvait faire illusion. Il a fallu redessiner la zone, le maître d’ouvrage préférant l’authentique à l’imitation. Les cahiers des charges techniques doivent par ailleurs cohabiter avec les contraintes budgétaires, l’aspect financier restant de nos jours un des critères de choix majeur. C’est un vrai souci car certains produits correspondent techniquement et esthétiquement mais ne sont pas utilisables à cause de leur coût. Néanmoins, les fabricants tiennent compte désormais des contraintes budgétaires et nous accompagnent afin de trouver la solution la plus adaptée, proposant des produits sur-mesure ou des axes techniques spécifiques à nos projets. Nous attendons toutefois un effort de clarification sur les normes et les certifications. Les fabricants devraient être mieux formés sur ces sujets afin de fournir des tableaux de synthèse qui nous aideraient à nous y retrouver. Par ailleurs, nous attendons davantage de propositions sur le volet environnemental. En Europe, nous manquons de ressource en végétaux compressés comme le liège coloré, de liant biosourcé, des matériaux plus avancés dans ce domaine qui, avec leur aspect parfois très brut, peuvent présenter une esthétique intéressante. Nous travaillons sur des projets Well pour lesquels il y a beaucoup de sujets qui entrent en ligne de compte. C’est assez difficile à gérer car peu de fournisseurs sont prêts à répondre à ces démarches. »

Partagez cet article