Technique et complet, solier, un métier d’avenir

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© Forbo Flooring Systems

Indispensable sur les chantiers, le solier se fait trop rare, la France accusant un réel manque de candidats. Technique et complète, cette profession encore trop méconnue dispose de plusieurs biais de formation, avec en tête de liste la formation en alternance. Une garantie pour les entreprises de recruter de vrais professionnels et pour les fabricants de savoir leurs produits dans des mains expertes.

Tout le monde connaît les peintres, les plâtriers, les carreleurs mais, en dehors du secteur, plus rares sont ceux qui savent ce qu’est un solier. Et pourtant, c’est celui qui met en œuvre ce sur quoi l’on marche ! Dernier corps de métier à intervenir, il participe à l’aménagement et à la finition des bâtiments en posant les revêtements de sols souples – linoléum, moquettes, matières plastiques, textile… – et le parquet.

« 95 % des diplômés sont embauchés par l’entreprise où ils ont réalisé leur alternance »
Larry Derisson, responsable de formation France pour Tarkett

Quand cela est nécessaire, il procède à la préparation du support (ponçage, décapage, nivellement, etc.) avant de préparer la matière à poser, en la découpant ou en l’assemblant aux mesures de la pièce. Quand on pense au nombre de bâtiments recevant du public, de bureaux et de logements en France, cela en fait des kilomètres carrés de revêtement à poser ! Cependant, l’Afpa (Centre de formations professionnelles qualifiantes pour adultes) indique qu’il manque 300 soliers par an pour répondre aux besoins du marché. « Nous faisons face au départ en retraite de la première génération de solier, explique Véronique Guthertz, assistante de centre de formation Forbo Flooring Systems. Nous avons du mal à les remplacer car le métier est trop méconnu. Les centres d’orientation ou les missions locales ne connaissent pas cette profession et donc ne la propose pas à des jeunes qui auraient pourtant le profil. »

Bonne nouvelle néanmoins : les concours comme les Olympiades des métiers et le Meilleur Ouvrier de France, accessibles aux soliers depuis seulement 2013, participent à faire connaître le métier pour les gens du secteur.

18 MOIS DE FORMATION

Et pourtant les formations existent. Si le ministère de l’Éducation nationale a hélas supprimé le CAP solier, le titre de solier niveau 4 (équivalent à un niveau bac professionnel) créé par trois fabricants de sols souples français – Forbo Flooring Systems, Gerflor et Tarkett – est toujours en vigueur. Un cursus de formation en alternance dispensée dans cinq centres regroupés au sein du RFS (Réseau de formation des soliers) à Sedan, Toulouse, Reims, Rennes et Lyon, avec un référentiel commun.

Durant 18 mois, une dizaine de stagiaires alterne en moyenne deux semaines en entreprise et deux semaines en centre de formation. 700 heures de formations techniques se déroulent dans des boxes. Les stagiaires apprennent notamment à préparer les supports, à poser tout type de revêtements de sols souples ainsi que les poses techniques comme sur les sols conducteurs. 200 heures sont par ailleurs consacrées à une formation technologique spécifique. Au programme : croquis, plans à l’échelle, dessins de l’implantation des sols et du calepinage, les bases de mathématique et de géométrie, remplissage d’une camionnette de chantier ou réalisation d’un devis.

DES FORMATIONS CONTINUES DISPONIBLES
Parallèlement à la professionnalisation, les fabricants proposent des modules de formation continue en initiation ou en perfectionnement sur certains types de revêtements. « Les dirigeants nous sollicitent pour former certains salariés en fonction d’un besoin ponctuel du carnet de commandes ou pour rendre un collaborateur plus polyvalent », explique Véronique Guthertz. Les peintres ont notamment de plus en plus recours à ces formations pour leurs salariés afin de pouvoir répondre à certains marchés sans avoir recours à la sous-traitance qui a un coût conséquent. Ces dernières années ont vu se développer des modules en phase avec les problématiques actuelles comme la gestion environnementale des chantiers et les solutions de recouvrement des sols amiantés.

Une profession qui demande minutie, dextérité, rapidité d’exécution mais aussi une bonne santé physique car cela impose de porter des charges lourdes et d’être la plupart du temps à genoux. Si le métier de solier est évidemment ouvert à tous, le public a évolué depuis près de quatre ans. D’une part, bonne nouvelle, la profession se féminise. « C’est encore trop faible, mais il y a quasiment au moins une fille dans chaque cession », note Larry Derisson, responsable de formation France pour Tarkett.

D’autre part, l’âge des participants a augmenté. D’une moyenne de 25 ans, les étudiants sont désormais plus âgés. « Les femmes qui rejoignent nos formations sont la plupart du temps en reconversion, et ont donc autour de la quarantaine. Les hommes, quant à eux, ont en moyenne entre 30 et 40 ans. De plus en plus d’entreprises nous envoient des salariés qui souhaitent acquérir de réelles compétences de solier via la formation en alternance et pas seulement une mise à niveau en formation continue », précise Véronique Guthertz. 95 %

EMBAUCHÉS À L’ISSUE DE L’EXAMEN

La formation se conclut par un examen : épreuves techniques sur la pose d’un concept de douche, maîtrise des marches, installation d’un PVC avec remontée en plinthe, réalisation d’une pose technique avec un feuillard permettant d’évacuer l’électricité statique et création d’un sol décoratif ; épreuve de pose de parquet et de moquette ; examen technologique sur deux jours. L’examen débouche sur le titre de niveau 4 de solier, inscrit au registre national des certifications professionnelles (RNCP).

« Nous faisons face au départ en retraite de la première génération de solier mais nous avons du mal à les remplacer car le métier est encore trop méconnu »
Véronique Guthertz, assistante de centre de formation Forbo Flooring Systems

Quels débouchés pour les certifiés ? « 95 % des diplômés sont embauchés par l’entreprise où ils ont réalisé leur alternance, affirme Larry Derisson. Nous avons plus d’entreprises qui nous demandent de leur trouver un salarié compétent que de stagiaires dans nos formations. C’est un métier difficile. Les entreprises qui prennent un candidat en alternance savent que s’il tient les 18 mois de la formation, cela leur assure un salarié qualifié. » Au total, depuis le début des années 2000, il y a eu plus de 700 diplômés, et autour de 400 depuis 2011 (sans compter les autres moyens de formation). Bien loin des 300 annuels nécessaires.

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