Amiante : la complémentarité du PVC

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© Forbo Flooring Systems

20 ans après son interdiction, l’amiante est loin d’avoir disparu du paysage immobilier français. Le désamiantage total d’un bâtiment, très lourd et coûteux, peux laisser la place, au niveau des sols à un recouvrement.

20 000 tonnes, c’est la quantité de matériaux contenant de l’amiante dans les bâtiments en  France, selon l’Addeva 93 (antenne locale de  l’Association nationale de défense des victimes  de l’amiante), plus de 20 ans après l’interdiction  totale de commercialisation et d’utilisation. En  effet, bien que les dangers de l’amiante aient  été identifiés vers les années 1980, ce n’est que  dans les années 1990 que des mesures ont été  prises dans de nombreux pays. En France, le  traitement de l’amiante est devenu une priorité  de santé publique en 1997.

PRÉSENT DU SOL AU PLAFOND

L’amiante a été majoritairement utilisé à partir  des années 1960 dans le bâtiment pour sa  résistance à la chaleur et au feu, sa résistance  mécanique élevée à la traction et à la friction,  sa faible conductivité… Un véritable « matériau  miracle » utilisé dans les isolants thermiques ;  sous forme d’amiante-ciment (tuiles, plaques  et panneaux de cloisons intérieures et de faux  plafonds, tuyaux et canalisations d’adduction  et d’évacuation d’eau…) ; tressé ou tissé afin  d’assurer l’étanchéité thermique sous forme de  corde ou de tresse d’amiante ; incorporé dans  des liants, mélangé à de nombreux matériaux  (vinyle, caoutchouc, métaux ou matières plastiques,  résines, enduits de ragréages ou de lissage  des sols et cloisons intérieures, mortierscolles  à carrelage, colles-enduits, plâtre, mastic,  peintures…).

Dans un bâtiment, l’amiante pouvait être présent  partout, du sol au plafond, et a été largement  utilisé dans les logements sociaux, les écoles,  les hôpitaux, les entrepôts…

5 FIBRES/LITRE
C’est le niveau maximum d’empoussièrement autorisé à la livraison d’un ouvrage et permettant de travailler sans équipement d’appareil respiratoire. Les fabricants élaborent leurs techniques de pose pour se maintenir en dessous de ce chiffre. Les mesures d’empoussièrement ont lieu avant, pendant et après les travaux.

S’il a s’agit d’un matériau très performant pour la  construction, l’amiante s’est avéré être, comme  chacun le sait aujourd’hui, un véritable désastre  pour la santé et l’environnement. Ce produit est  particulièrement pathogène du fait de ses caractéristiques  physico-chimiques de résistance et de persistance dans l’organisme, associées à une  capacité à se fractionner en particules microscopiques  pour atteindre les alvéoles pulmonaires.

LA SOUS-SECTION 4  ET LE RECOUVREMENT

La quantité d’amiante présente aujourd’hui dans le  bâtiment nécessite encore de régulière opération  de désamiantage ou de traitement.

Il existe deux méthodes pour régler le problème  de l’amiante, chacune effectuées par  des entreprises titulaires d’une certification  spécifique. La sous-section 3* consiste à enlever  l’amiante en retirant les matériaux, à faire  de l’encapsulage (à l’aide d’une chape en béton  par exemple), les travaux ayant lieu directement  sur les matériaux. Il s’agit d’opérations  très lourdes et très onéreuses.

« Depuis 2012, la  réglementation impose de pouvoir avoir accès au  support d’origine pour des vérifications. »

La sous-section 4*, qui concerne majoritairement  les sols, permet de traiter des matériaux  susceptibles de libérer des fibres d’amiante en  faisant du recouvrement. L’intervention n’a pas  lieu directement sur l’amiante en lui-même.  « Il est possible de recouvrir un sol contenant de  l’amiante à condition bien sûr qu’il n’y ait pas  de risque d’exposition à des fibres d’amiante. Il  s’agit de prévention, explique Valérie Druart,  chef de segment Habitat-France chez Forbo  Flooring Systems. Néanmoins, depuis 2012, la  réglementation impose de pouvoir avoir accès au  support d’origine pour des vérifications. » Une  obligation qui exclue toute pose collée. « On  doit pouvoir retirer le revêtement sans arracher  des parties du support ou sans avoir besoin de  gratter celui-ci, sous risque de libérer des fibres  d’amiante », précise Clément Lay, chef de marché  chez Gerflor.

MISE EN ŒUVRE NON COLLÉE

Les fabricants de revêtements de sol PVC ont  ainsi développé des systèmes de mise en œuvre  allant de la pose semi libre à la pose sans colle  en fonction du trafic. Forbo a développé le système  Modul’up, un revêtement de sol PVC acoustique  et compact en pose libre dont les lés sont  maintenus entre eux avec une bande de jonction  (adhésif simple face avec une face autocollante  du côté revêtement du sol).

Les dalles peuvent être assemblées entre elles grâce à un système de clic, comme sur la photo, ou avec des dalles plombantes. © Gerflor

Gerflor a de son côté fait en sorte que la pose  non collée s’adapte à une majorité de ses  gammes, privilégiant notamment les produits  à clipser. Le fabricant a également adapté sa  démarche avec des panneaux muraux PVC qui  viennent se clipser sur des faïences à travers  sa filiale SPM. « Parallèlement, il faut bien évidemment  prendre garde à la mise en oeuvre : utilisation  de poche de gel lorsqu’il y a besoin de  percer, découpes au cutter faites ailleurs que sur  le support, utilisation d’un maillet en plastique  après le clipsage du produit… », indique Clément  Lay. Les entreprises de pose sont d’ailleurs  soumises à de nombreuses obligations  (voir encadré).

BANNIR LES UNIS

© Forbo Flooring Systems

Dans ce domaine contraint, le PVC a su faire  jouer sa complémentarité entre ses caractéristiques  techniques, son mode de pose  libre mais aussi ses possibilités esthétiques.  Même si le design n’est pas la priorité numéro  1, il y a désormais un vrai travail des fabricants  pour apporter un niveau de finition de  qualité. « C’est effectivement une contrainte,  affirme Valérie Druart. Nous sommes dans des  contextes de rénovation, nous venons recouvrir  un ancien support qui ne peut pas subir d’opération  de préparation. Il peut donc présenter  des défauts comme un manque de planéité. Le  PVC utilisé doit accepter des tolérances, dans  les limites de règles de l’art, afin de dissimuler  les spectres du support. De même, il faut bannir  les unis, avec lesquels le support sera trop  visible. Nous proposons des imitants comme le  bois, largement majoritaire en logement, ou le  béton. Depuis quelques années, nous allons plus  loin avec des imitations carreaux de ciment et  de carrelage. »

* Division du décret n° 2012-639 du 4 mai 2012 relatif aux risques d’exposition à l’amiante

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