Des interventions de rénovation sous haute surveillance

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Entreprendre une rénovation dans un établissement de santé est un acte complexe. Il repose sur une une organisation minutieuse et une communication permanente durant le chantier.

Aujourd’hui, la rénovation constitue la majorité des chantiers dans les centres de santé. Les travaux sont effectués lors d’une réhabilitation, de travaux d’entretien, d’une réorganisation des services, d’une réaffectation des locaux ou encore à l’occasion de changements d’équipements. « Cela va de pair, estime Stéphane Buttiglieri, ingénieur travaux à l’hôpital universitaire Avicenne, à Bobigny (93). Quand on remplace un équipement médical vieux de dix ans, on en profite pour réaménager le service et entreprendre des travaux de rénovation des sols, des murs, des plafonds et des éclairages. Si nécessaire, c’est aussi l’occasion d’améliorer des éléments de confort comme la ventilation. » Dans les maisons de retraites ou les établissements types Ehpad, l’esthétique est un critère supplémentaire pour effectuer des travaux, le départ d’un locataire impliquant quasi systématiquement une remise en état de la chambre. Particularité du secteur de la santé, les établissements sont occupés en continu par les patients et le personnel médical. Cette proximité entre les travaux et les usagers génère une série de contraintes fortes.

Des impératifs propres à chaque surface

Les travaux de rénovation et d’aménagement doivent prendre en compte de nombreuses contraintes fonctionnelles, réglementaires et économiques, répondre à la sécurité des usagers et du personnel et intégrer la présence d’espaces très spécialisés (zones de stérilisation, bloc opératoire, zones de stockage de dispositifs médicaux…). Une analyse des risques liés aux différentes activités est un préalable incontournable. Un plan d’aménagement des zones à environnement maîtrisé précisant les classes de risques doit être fourni. Par ailleurs, une ingénierie en amont définit des logiques de flux (personnel/malade, produits propres/produits sales…). Ces derniers impliquent la mise en place d’un zonage, généralement matérialisé grâce aux coloris des sols afin d’orienter le personnel médical mais aussi et surtout pour que les équipes de nettoyages puissent appliquer le protocole adapté en fonction des zones.

Le confort et les besoins des équipes médicales, notamment en termes d’aménagement et d’agencement, doivent être pris en compte. Il faut réaliser un travail en interne entre les décisionnaires et les collaborateurs afin de discuter de la destination des locaux, de leurs souhaits en matière de qualité de revêtements, en termes d’hygiène, de sécurité, d’acoustique et d’esthétique.

Il est primordial de prendre en compte les impératifs propres à chaque surface afin de ne pas être amené à rénover les locaux trop tôt et trop souvent. Ainsi, les revêtements de sol reposent sur quatre critères importants : sécurité, confort, durabilité et facilité d’entretien. Pour la sécurité et le confort, on privilégiera un sol antidérapant dans les salles de bains et un sol lisse dans les chambres. La durabilité doit être d’autant plus performante dans les zones où l’activité est importante et où les passages de charges lourdes comme les brancards sont réguliers. « Le matériau le plus utilisé reste le PVC, indique Stéphane Buttiglieri. Il n’existe pas de nouveaux produits révolutionnaires mais les revêtements disponibles innovent constamment, surtout sur les sols souples, omniprésents dans le secteur hospitalier. Au fil des ans, leurs performances se sont améliorées en termes de durabilité et de facilité d’entretien, notamment avec les traitements antibactériens. Par ailleurs les techniques de pose ont aussi évolué. On peut désormais poser des dalles clipsées qui évitent un temps de séchage de la colle quand les contraintes de délais sont très importantes. Elles permettent d’être opérationnel instantanément. » Les revêtements muraux répondent quant à eux à une contrainte principale : résister aux chocs fréquents dus aux brancards qui peuvent rapidement détériorer les installations. En règle générale, des protections murales en PVC sur une hauteur d’1m30 environ sont prévues.

Axe de réflexion de plus en plus pris en compte, l’esthétique est intégrée dans les opérations de rénovation, les industriels proposant désormais des coloris et des matériaux gais et chaleureux. « Cela peut paraitre plus accessoire face aux contraintes techniques et réglementaires mais au sein de notre établissement, nous intégrons ce paramètre dès la conception du projet afin d’obtenir une cohérence et de proposer aux patients et aux équipes médicales une atmosphère plus chaleureuse, indique Stéphane Buttiglieri, qui précise travailler avec une ingénieure ergonome qui les aide à définir le choix des coloris. Lors de nos derniers travaux, nous avons ainsi fait en sorte de donner aux chambres un effet « cosy » afin d’éviter l’ambiance un peu froide de l’hôpital et que les malades et leurs visiteurs se sentent plus à l’aise. »

Un protocole strict

La problématique principale de tels travaux, audelà tous les critères techniques, réside dans l’occupation des bâtiments 24h/24, 7j/7. Avec un impératif majeur : prévenir tous risques d’infections nosocomiales, principalement liés au dégagement de poussières et au risque aspergillaire (l’aspergillose est une infection causée par un champignon, l’Aspergillus, présent notamment dans les bouches d’aération et la poussière en suspension). Un plan de prévention doit être réalisé et validé par l’équipe d’hygiène hospitalière avant le démarrage des travaux. D’une part, celui-ci détaille les moyens mis en œuvre par les entreprises et par l’hôpital pour protéger les services de toute propagation de poussières. D’autre part, il indique les flux à respecter, les passages, les horaires et l’ensemble des mesures de sécurité et d’hygiène. En fin de travaux, une opération de nettoyage est programmée en concertation avec l’équipe d’hygiène hospitalière qui réalise des contrôles microbiotiques. Dans un environnement si complexe, la communication est indispensable pour mener à bien une rénovation dans les meilleures conditions. Lors des travaux, il est impératif d’organiser des réunions régulières en partenariat et en concertation avec les utilisateurs directs (infirmiers, cadres, médecin) afin d’expliquer les différentes étapes. « Les désagréments seront toujours mieux acceptés si les professionnels ont conscience du résultat final », estime Stéphane Buttiglieri.

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