L’urgence climatique en image

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Le design comme surface d’expression. Tel est le moyen utilisé dans un magasin bio, où l’on a profité des murs et des aménagements pour rappeler l’importance de notre écosystème et pour alerter sur les lourdes conséquences que provoque l’inaction climatique.

En 2020, quasiment tout le monde est déjà entré dans un magasin bio. Très peu, en revanche, ont franchi la porte d’un espace tel que la Biocoop Sillon Bio de Julien Orain, à la Colleraye, près de Nantes (44). D’abord parce qu’il ne se contente pas d’être une boutique de produits bio et de vrac. En effet, l’engagement associatif de Julien Orain lui a donné envie de créer un tiers-lieu au sein de sa Biocoop afin de pouvoir proposer des ateliers de fabrication, des conférences et de la mise en réseau. Espace qui sera décliné, par la même occasion, en zone de restauration.

Le logo du Sillon bio – un « colibee », à mi-chemin entre le colibri et l’abeille – évoque la terre, les abeilles, l’eau nécessaire aux cultures et les jeunes pousses.

 

Ensuite parce que physiquement, Le Sillon Bio ne ressemble à aucune autre Biocoop. Cette marque, organisée en franchise, est très chartée. Pour autant, il y a derrière des entrepreneurs avec leurs engagements et leur individualité propre. C’est ce que le dirigeant du Sillon Bio a souhaité mettre en avant en faisant appel à l’agence de design Katra. « Julien Orain est apiculteur et s’investit pour la cause amazonienne à travers son association Amazonia, décrit le fondateur de l’agence Katra, Antoine Gripay. Quand il nous a demandé de créer une identité propre au Sillon Bio, il nous a paru évident de mettre en avant ces deux engagements forts. »

PEINDRE LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE

Côté identité graphique, le travail s’est porté sur deux éléments majeurs. D’une part le logo. À michemin entre le colibri et l’abeille (bee en anglais) pollinisatrice, les équipes de Katra ont créé un « colibee » qui évoque la terre, les abeilles, l’eau nécessaire aux cultures, les jeunes pousses… D’autre part, une fresque de 50 m2 a été peinte sur la partie latérale du magasin, au-dessus des rayonnages. L’objectif : rassembler dans une même création de multiples symboles évoquant l’urgence climatique, diffuser un message porteur d’espoir et mettre en avant l’implication de Julien Orain dans la protection de l’Amazonie. « Nous avons rapidement décidé de valoriser et de rassembler le militantisme positif du Sillon Bio, précise Camille Pansard, designer graphique et peintre de l’agence Katra. La fresque illustre ainsi le réchauffement climatique et souligne l’importance des abeilles et de la coopération entre les espèces. » Triste présage, la peinture, représentant notamment la forêt en flammes, a été réalisée avant les incendies ayant ravagé l’été dernier une grande partie de l’Amazonie. Après trois jours de travail sur la maquette du dessin en avril, la fresque a été réalisée en deux temps. Les tracés ont d’abord été faits à la bombe à main levée. Un aplat a ensuite été réalisé avec des peintures spéciales pour le bâtiment afin de permettre au mur de respirer. Enfin, les finitions ont été faites au spray aérosol. Soit six ou sept jours de travail au mois de juillet.

Malheureux présage, le feu symbolique peint au centre de la fresque a été imaginé avant les incendies qui ont ravagé l’Amazonie l’été dernier.

UNE HUTTE SUD-AMÉRICAINE EN PEUPLIER FRANÇAIS

Le tiers lieu s’inscrit lui dans une ambiance plus cocooning, rappelant l’idée du nid. Aménageant dans un bâtiment assez industriel avec une grande hauteur sous plafond, Julien Orain voulait retrouver de la chaleur et de l’intimité. L’agence Katra est donc partie sur l’idée d’une sorte de hutte, à l’image des Malocas, grandes maisons communautaires habitées par les tribus amérindiennes d’Amérique du Sud, lieu d’échanges où se réunit le village. Construite planche par planche en peuplier français issu de forêts gérées, cette « cabane » située le long des vitres assure un effet caché/dévoilé et joue avec lumière, ajoutant du graphisme à l’intérieur du magasin avec les ombres portées.

Le tiers lieu a été assemblé sur place, planche par planche.

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