Jeux d’ombre et de transparence en milieu éducatif

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Le lycée de Courbevoie, au cœur d’un quartier très urbain, a recréé une rue pour desservir la totalité de ses espaces. Avec un choix de matériaux réfléchi pour faire « de l’extérieur à l’intérieur » conjugué à un impératif environnemental fort. Un résultat rarement atteint dans les établissements scolaires.

Face à la croissance démographique, la région Île-de-France a décidé de construire un nouveau Lycée à Courbevoie, dans les Hauts-de-Seine, livré en août dernier. L’établissement Lucie Aubrac, réalisé par l’entreprise générale Eiffage, a ainsi pris place à l’emplacement de l’ancien collège Georges Pompidou, une parcelle urbaine, contrainte entre des cours communes, deux zones non-constructibles et des immeubles de grande hauteur. Un contexte qui a imposé la construction d’un lycée R+4 pour 13 000 m2 de plancher, fait assez rare pour ce genre d’établissement. « Les contraintes des cours communes, la perméabilité entre les rues de l’Industrie et la rue Victor Hugo, la présence d’arbres sur le site et un cœur d’îlots dégagé au sud-ouest nous ont incités à relier visuellement les deux rues et à orienter nos bâtiments vers les espaces dégagés, concevant le lycée comme un campus implanté dans un parc », explique Lionel Bousquet, de l’agence Epicuria Architectes.

Un bardage bois acoustique en mélèze tapisse l’arrière des coursives de chaque étage, le long des salles de classe. © Epicuria Architectes

Verrière aux cellules photovoltaïques

Le parti pris architectural reprend l’idée d’une rue intérieure (l’atrium) autour de laquelle gravitent tous les espaces (salles de classe, CDI, salle polyvalente, restaurant scolaire, gymnase, amphithéâtre), desservant les deux ailes principales. L’atrium laisse généreusement entrer la lumière naturelle grâce à une immense verrière qui intègre des cellules photovoltaïques à l’intérieur même du verre feuilleté, projetant des ombres sur les parois intérieures et participant de fait aux jeux d’escalier, de passerelles et de transparence. Cet effet de pixélisation dû aux cellules photovoltaïques a inspiré les motifs reproduits sur certains vitrages, via des films adhésifs intégrés, afin d’éveiller la vigilance des personnes malvoyantes.

Un effet de percée urbaine

Les cellules photovoltaïques présentes à l’intérieur même du verre feuilleté projettent des ombres sur les parois intérieures. © Epicuria Architectes

Pour accentuer l’effet de percée urbaine, les parois de la rue intérieure ont été traitées comme une façade, le bardage extérieur, du béton blanc poli composé de ciment extra-blanc et de granulats de marbre de Grèce de Cibetec, étant réutilisé à l’intérieur, soit 1 400 pièces en tout. « Ce matériau a été choisi pour sa durabilité, sa résistance à la pollution, sa facilité d’entretien et son aspect réfléchissant qui apportent un côté lumineux au cœur de cet îlot relativement dense », explique Lionel Bousquet.

Le sous-bassement des murs a été habillé de béton matricé de couleur sombre qui donne une assise au bâtiment. Il est recouvert de la lasure brillante Pieri Prelor Vario qui valorise les supports béton en atténuant leurs défauts et en leur conférant une protection anti graffiti.

« Nous avons recherché un langage urbain qui dialogue avec les bâtiments environnants et qui compose un ensemble harmonieux par la volumétrie, la modernité et le choix des matériaux. Ce langage devait aussi refléter la simplicité et la pérennité », précise l’architecte. Ainsi, au bardage béton s’ajoute un jeu de bardage bois acoustique en mélèze qui tapisse l’arrière des coursives de chaque étage donnant sur la rue intérieure, le long des salles de classe. Derrière le bois, de la laine de verre assure l’isolement thermique, ainsi qu’une correction acoustique, protégée par une toile de chez Mermet. « Avec la verrière et le béton poli, l’atrium est forcément réverbérant, relève Lionel Bousquet. Ce revêtement en bois corrige l’acoustique et isole thermiquement, indispensable puisque la rue intérieure du lycée n’est pas chauffée, contrairement bien sûr aux salles de classe. »

Intermédiaire entre l’intérieur et l’extérieur

Cette « rue » est vraiment un espace intermédiaire entre l’intérieur et extérieur… D’où le choix de matériaux particulièrement durables tels que le bois et le béton qui ne craignent pas les écarts de températures ou la variation des taux d’hygrométrie. Le sol est d’ailleurs recouvert de la résine coulée Novaflex de Bangui. Les grains de caoutchouc agglomérés avec une résine et poncés sur place lui confèrent une très forte durabilité et permettent là aussi une transition entre les revêtements extérieurs et intérieurs. Passé l’atrium, les matériaux utilisés sont plus traditionnels. Les deux salles de sport – une de musculation, l’autre multisport – sont équipées de dalles et de sols sportif de chez Gerflor tandis que les salles de classe et les circulations sont revêtues de linoléum Marmoléum de chez Forbo Flooring Systems.

Les reflets des cellules photovoltaïques ont inspiré les motifs de certains vitrages, via des films adhésifs intégrés, destinés à éveiller la vigilance des personnes malvoyantes. © Epicuria Architectes

Performance environnementale

Le bardage extérieur, du béton blanc poli, est réutilisé sur les murs intérieurs. © Epicuria Architectes

Au-delà d’une esthétique particulièrement travaillée pour un lycée, l’approche environnementale a été le fil rouge du projet dès les études de conception avec un cahier des charges très pointu pour atteindre « l’objectif zéro énergie ». Les dispositions techniques, la conception architecturale, les isolants thermiques, les panneaux photovoltaïques, la verrière, le béton blanc poli qui renvoie la lumière, les colles et autres matériaux de mise en oeuvre… Tous les éléments ont été réfléchis et choisis pour atteindre ce niveau de performance environnementale. « Nous avons beaucoup échangé avec la région Île-de-France pour atteindre ces objectifs ambitieux, à propos du chauffage, du renouvellement d’air, de la gestion de l’éclairage… », note Lionel Bousquet. Des choix payants puisqu’aujourd’hui, les bâtiments sont certifiés « NF Bâtiments Tertiaires – démarche HQE » et labellisés « Bepos Effinergie ». Là encore, un fait assez rare pour un établissement scolaire.

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