Îlots acoustiques pour le monde de Nausicaá

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© Franck Deletang/Plafometal

L’extension du Centre national de la met de Boulogne-sur-Mer propose une expérience immersive avec une scénographie et un design sonore spécifiques. Des aménagements qui ont imposé un traitement acoustique conséquent, réalisé à l’aide d’îlots métalliques.

Nausicaá, princesse phéacienne, peuple de marins, a recueilli Ulysse, échoué sur le rivage de la Phéacie suite à une colère du dieu Poséidon. C’est de la mythologie grecque que l’aquarium de Boulogne-sur-Mer (62), ouvert en 1991, a tiré son nom. 28 ans plus tard, le Centre national de la mer Nausicaá héberge 35 000 animaux marins et recevait 600 000 visiteurs par an. Ce chiffre est passé à un million suite au projet d’agrandissement réalisé l’année dernière.

Un fond marin inspiré de l’île de Malpelo

L’extension de Nausicaá a été imaginée afin de proposer une nouvelle expérience aux visiteurs. La surface a été multipliée par deux (soit 10 000 m2 d’exposition) afin de réaliser un nouveau parcours, baptisé « Les hautes mers », qui propose, à travers des sensations visuelles et sonores, une complète immersion. Un bassin de 60 m de long, 30 m de large, 8 m de profondeur pour l’aquarium désormais le plus grand d’Europe. Le nouveau parcours muséographique reproduit un fond marin inspiré de l’île de Malpelo, au large de la Colombie, extrêmement riche en faunes, en poissons et en mammifères marins. Il prend la forme d’un tunnel noir donnant la sensation d’être sous le niveau de la mer. « Le parcours tourne autour du bassin avec différentes vues aménagées de telle sorte que l’on ne perçoit jamais la totalité du bassin, quel que soit l’endroit où on regarde, explique Bertrand Klein, architecte et muséographe, commissaire d’exposition délégué. Lorsque le visiteur arrive devant la grande baie de 20 m de long par 5 m de haut, la turbidité de l’eau permet de n’avoir qu’environ 17 m de visibilité afin de garder le mystère. » La partie existante, « Des rivages et des hommes », traite de l’interaction entre les mers et les océans et leurs rivages avec l’homme. Les travaux d’extension ont été l’occasion d’une opération de rénovation pour cette zone.

La grande baie de 20 m de long sur 5 m de haut garde le mystère grâce à la turpitude de l’eau qui permet de n’avoir que 17 m de visibilité sur le large bassin de 60 m de long. © Franck Deletang/Plafometal

4 objectifs acoustiques

Entre le nombre de visiteurs journaliers, les différences de volume de chaque espace et les ambiances sonores, le traitement acoustique a représenté un réel défi. Le Centre national de la mer avait quatre besoins particuliers. D’abord, restituer de façon fidèle les créations sonores développées spécifiquement pour ces parcours. Ensuite, maîtriser le temps de réverbération des salles d’exposition. « Dans l’ancienne entrée du centre, transformée en salle d’exposition, le temps de réverbération était de deux à trois secondes selon les salles, ce qui rendait l’ambiance sonore impropre à la visite », précise l’architecte. Aussi, assurer une homogénéité du champ sonore. Et enfin, éviter l’interphonie, c’est-à-dire la transmission du son d’une cellule à l’autre. Pour ces différentes problématiques, et notamment afin de régler les problèmes de temps de réverbération, Nausicaá a travaillé en collaboration avec l’acousticien Alain Leconte.

À NOTER
Les hauteurs des îlots sont supérieures à l’épaisseur de laine afin de pouvoir ajouter ponctuellement de l’isolant et optimiser les performances acoustiques dans des zones et/ou pour des bandes de fréquence spécifiques.

Un élément visuel à part entière

L’architecte a choisi deux solutions d’îlots métalliques acoustiques Plafometal créés sur mesure et garnis d’un isolant en laine de roche. Dotés d’un αw de 1, les caissons ont été travaillés différemment d’un point de vue esthétique.

Dans la partie rénovée, le plafond devait s’inscrire comme un élément visuel à part entière. « L’entrée “ Des rivages et des hommes ”, vue du hall, est traitée avec des caissons circulaires de différents diamètres dont l’ensemble forme des nuages, décrit Bertrand Klein. En blanc sur fond noir, ils comptent beaucoup dans le décor. »

© Franck Deletang/Plafometal

Pour le parcours « Voyage en haute mer », l’idée était de donner l’impression d’être sous la mer et de concentrer l’attention du visiteur sur le bassin. Le plafond devant alors se fondre dans le décor, le choix s’est porté sur des îlots rectangulaires laqués noirs.

© Franck Deletang/Plafometal

« Concernant les solutions acoustiques, nous avons opté pour un industriel ayant la capacité de faire du sur-mesure, indique l’architecte. Plafometal s’est adapté à nos besoins. Nous avons fixé avec l’acousticien un cahier des charges strictes, notamment pour l’entrée “ Des rivages et des hommes ” pour lequel nous voulions des caissons circulaires avec une certaine profondeur, un certain type de tôle laquée et un certain laquage. »

Un design en cohérence avec le sonore

Au-delà de l’acoustique, un travail important a été fait sur l’éclairage, à leds, qui a divisé par 10 la consommation d’énergie. Des systèmes interactifs ont été mis en place pour informer le visiteur sur l’espèce qu’il est en train d’observer, complétés par des écrans en hauteur. Des changements d’abord opérés dans l’extension mais qui prennent place peu à peu dans la p artie déjà existante.

Michel Redolfi, designer sonore, a créé une ambiance sonore spécifique, un mélange de sons naturels avec une création musicale, en cohérence avec les salles à visiter, comme le conclut Bertrand Klein : « Dans chaque salle, le design est différent mais complémentaire avec le précédent et le suivant et est accompagné d’un parcours auditif ».

POINT TECHNIQUE
Îlots circulaires (partie rénovée)
Dimensions : diamètre 600/1 000 mm ; épaisseur 50 mm
Brillance : 30 %
Perforation : 11 %, diamètre 1,5 mm
Laine de roche surfacée 30 mm
Acoustique : αw=1
Réaction au feu A2, s1-d0
Îlots rectangulaires (extension)
Dimensions : 800 x1 875 x 80 mm
Brillance : 30 %
Perforation : 11 %, diamètre 1,5 mm
Laine de roche surfacée 45 mm
Acoustique : αw=1 Réaction au feu A2, s1-d0

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