Faire des Ehpad de demain de vraies maisons pour la retraite

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Longtemps occultée, l’importance de l’aménagement et de la décoration est aujourd’hui prouvée et fait une vraie différence sur le moral des résidents, du personnel et des visiteurs. © ensapb

Confrontée au vieillissement de sa population, la France va devoir bâtir de nouvelles résidences pour personnes âgées. L’occasion de revoir sa copie, de jeter un œil sur les erreurs passées et de rendre toute sa place à l’aménagement, élément phare pour le maintien à l’autonomie et le bien-être de nos séniors.

La crise sanitaire a tristement mis les maisons de retraite et les Ehpad sur le devant de la scène. Outre le nombre important de décès, l’isolement et le mal-être des résidents provoqués par de longs mois de confinement ont été mis en lumière.

Privés de leurs proches, les personnes âgées auraient-elles plus facilement supporté le printemps 2020 avec des aménagements tournés vers l’humain plutôt que vers la rentabilité, notion difficilement dissociable du terme d’Ehpad?

Une réflexion primordiale à l’aube de l’arrivée en maison de retraite de la génération des baby-boomers. Selon l’Insee, entre 2005 et 2050, la population française de plus de 65 ans devrait augmenter de 80 %, passant de 10 à 18 millions de personnes. Selon l’Agence régionale de la santé, il y a chaque année 15 000 demandes de nouveaux placements médicalisés alors qu’il n’y a, dans le même temps, que 5 000 créations de lit. Le constat est donc sans appel: il est indispensable de bâtir des maisons de retraite pour nos séniors. Mais comment ? Allons-nous poursuivre dans la lignée des bâtiments des années 1990 et 2000, où les chambres se multiplient dans des ambiances d’hôpital ? La rentabilité à tout prix va-t-elle rester le maître mot ou a-t-on compris que dans ce qui va sans doute être leur dernière maison, les personnes âgées ne doivent pas être inscrites dans une fin de vie mais dans une continuité en minimisant la dimension hospitalière des lieux.

Les chambres de l’espace de vie protégé pour malades d’Alzheimer de Vagney (88) sont habillées de tapisseries, de sol en linoléum et de mobilier en sapin des Vosges. © ensapb

COUPLER AMÉNAGEURS ET ADMINISTRATEURS À LA TÊTE DES TRAVAUX

Bien sûr, il y a aura toujours des impératifs de sécurité (sols non glissants et qui n’accrochent pas), de durabilité (revêtements muraux des zones de passage résistants aux éventuels coups de fauteuils roulants ou de cannes), de roulabilité et de poinçonnement (sols résistants aux roues et au poids des fauteuils roulants ou de chariot), de nettoyabilité (plus que jamais !), de qualité de l’air, de résistance aux détergents et au nettoyage fréquent mais aussi de performance acoustique. Mais l’esthétique ne peut plus être laissée de côté. « Pendant 40 ans, l’importance de l’aménagement et de la décoration a été occultée. Ça a été une erreur majeure. C’est aujourd’hui prouvé : cela fait une vraie différence sur le moral des résidents mais aussi sur celui du personnel et des visiteurs, confrontés à la perte d’autonomie de leur proche », estime Joachim Tavares, fondateur de Papyhappy, entreprise accompagnant les séniors et les aidants à trouver un logement et ancien directeur d’Ehpad.

Concrètement, les choses semblent s’améliorer, même si une majorité d’Ehpad et de maisons de retraite est encore loin de l’idée de maison et plus proche de celui d’hôpital. « Quand nous visitons des établissements, force est de constater que les matériaux sont un peu plus esthétiques et de meilleure qualité, impliquant un travail en amont des parties prenantes pour trouver des produits de bonne facture, explique Joachin Tavares. Mais il faut être lucide : le coût reste un problème majeur, surtout pour les établissements publics! D’autant plus qu’ils n’ont pas des fonctions supports capable de les accompagner dans ces travaux. » Ainsi, il vaudrait mieux avoir une « double tête pensante » à la direction des travaux : les directeurs d’établissement et des experts de l’aménagement.

Retrouvez l’interview de Pascale Richter, architecte à l’agence Richter Architectes et associé

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