Échange avec Valérie Flis-Plisson, de la Capeb

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Risques pour les posseurs, solutions existantes, relation entre industriels et artisans… Retrouvez l’interview de Valérie Flis-Plisson, chargée de missions pôle technique et professionnel à la Capeb

Quels sont les risques majeurs encourus par les artisans lors de la réalisation des finitions dans l’aménagement intérieur ?
Les risques les plus fréquents sont les troubles musculosquelettiques dus aux nombreux travaux nécessitant d’avoir les bras levés ou, à l’inverse, d’être à genoux. Les problèmes respiratoires sont aussi à prendre en compte, à cause des poussières dégagées ou des substances chimiques présentes dans des produits comme certaines peintures ou colles. Deux risques majeurs auxquels s’ajoutent les ports de charges lourdes, le bruit ou encore les vibrations.

Quelle est aujourd’hui l’attitude des industriels face à ces problématiques ?
Il y a clairement une meilleure prise en compte des industriels sur ce sujet, notamment au niveau des équipements. Ils ont ainsi axé leurs efforts sur le travail debout afin d’éviter, ou au moins limiter les positions agenouillées inconfortables. Désormais, de nombreuses opérations peuvent se faire en position verticale là où les artisans devaient travailler des heures à genoux. Les manches télescopiques ont notamment révolutionné les travaux de sol. Par exemple, pour la préparation des supports, il est désormais possible d’étaler un ragréage avec un râteau télescopique et de marcher dessus avec des chaussures à clous. Même chose pour les travaux nécessitant d’avoir les mains en hauteur. Le ponçage des plafonds notamment était une activité très contraignante. L’arrivée il y a quelques années des ponceuses girafes avec aspiration a révolutionné le travail.

Et concernant les matériaux en eux-mêmes ?
On trouve de plus en plus de produits allégés, avec un conditionnement adapté. Et des poignées ergonomiques, des rouleaux avec des montures en aluminium, donc moins lourds. Au premier abord cela semble plutôt minime mais pour des artisans qui passent leurs journées à appliquer des produits toujours avec la même gestuelle cela change tout. La composition des produits a également évolué, avec des enduits à émissions de poussières réduites, des colles sans solvants ou des peintures à pigments biosourcés.

Les industriels consultent-ils les artisans avant de sortir de nouveaux produits ?
De plus en plus, et c’est indispensable. Ça ne se faisait pas trop il y a encore 10 ans. Pourtant, les artisans sont les plus en mesure de tester et d’évaluer les équipements ou les matériaux. Ils donnent d’ailleurs clairement leurs avis, sans réserve, que ce soit positif ou négatif. Chacun y voit un intérêt. Les besoins des entreprises de mise en œuvre sont mieux pris en compte tandis que les industriels s’évitent des échecs commerciaux. Car entre un produit imaginé dans un laboratoire et la réalité du terrain, il peut y avoir un fossé, même avec les meilleures intentions. L’aspect final de la peinture peut être insuffisamment satisfaisant. Nouveau produit signifie aussi souvent nouvel outil d’application et l’information du changement ne va pas forcément jusqu’à l’entreprise… Aujourd’hui, les industriels ne peuvent plus se passer de l’avis des utilisateurs.

Au-delà des produits, la sécurité passe aussi par le chef d’entreprise…
Bien sûr. Il y a l’obligation du document unique (voir encadré) qui permet à chaque employeur d’identifier les risques auxquels sont soumis ses salariés en fonction des activités propres de son entreprise. Les dirigeants doivent aussi mettre à disposition de leurs salariés les équipements de protection nécessaires tels que des chaussures de sécurité, des lunettes, des masques pour les travaux de ponçage, des casques pour les travaux sur échafaudages, une tenue adéquate qui permet de travailler sans entrave… Le chef d’entreprise doit néanmoins rappeler les bonnes pratiques, et notamment depuis le début de la crise sanitaire. Outre les recommandations du guide de préconisations de sécurité sanitaires, il doit souvent user de pédagogie pour faire respecter les règles de sécurité.

Est-ce compliqué de faire accepter les règles de sécurités dues au Covid-19?
Travailler avec un masque en permanence n’est évident pour personne, et d’autant plus lorsque l’on fait un métier physique. N’oublions pas que certaines activités du peintre comme le ponçage doivent déjà être effectuées avec un masque. La plupart des artisans respecte bien sûr les règles de base, mais l’implication des artisans dépend aussi de leur vécu personnel durant cette crise. Certains chefs d’entreprise sont obligés de rappeler régulièrement l’importance du port du masque et du respect des gestes barrières.

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