Les cures Marines, un hôtel entre 2019 et 1910

DSC6266.jpg

Le centre hôtelier et de thalassothérapie Les Cures Marines a offert au casino de Trouville une seconde jeunesse. L’aménagement, qui s’inspire de l’esprit balnéaire du début du siècle, assure une atmosphère chic et décontractée.

Le casino de Trouville a été inauguré en 1912, dans cette ville de Normandie devenue depuis le milieu du XIXe siècle une station thermale à succès fréquentée par une clientèle aisée. Une destination chic et cosy surnommée par les journalistes parisiens de l’époque « le rendez-vous des malades qui se portent bien ». Construit pour être le plus grand casino d’Europe, l’établissement subit cependant rapidement la concurrence de celui de Deauville. Si le casino en lui-même est toujours resté en exploitation, le reste du bâtiment (salles de réception du casino) a abrité le musée municipal jusqu’en 1956 avant de devenir un centre de cures marines sous prescriptions médicales. Un bâtiment peu à peu tombé en désuétude avant de rester pendant de nombreuses années inoccupé. Toujours propriétaire, la ville de Trouville a choisi d’en faire un hôtel 5 étoiles, un centre de thalassothérapie et un spa, baptisé aujourd’hui Les Cures Marines.

Conserver l’esprit des lieux

Confié à l’architecte designer Jean-Philippe Nuel, le projet comportait de nombreuses contraintes. D’abord parce que le bâtiment d’origine, certes très vaste, n’avait pas du tout la configuration d’un hôtel. Il s’agissait de grandes salles qui ne correspondaient pas à la nouvelle fonction des lieux. « L’intérieur a été une création totale, note Jean-Philippe Nuel. Avec toute une équipe de maîtrise d’œuvre, nous avons notamment dû créer des planchers pour les étages sans pouvoir les faire porter sur les murs à cause d’une charge trop importante. Il a fallu concevoir une structure primaire en béton à l’intérieur même de l’hôtel sans porter les charges sur les façades. » Autres contraintes : l’obligation de conserver la charpente Eiffel, d’entretenir l’esprit particulier des lieux, en cohérence avec la façade historique, et trouver une identité spécifique à Trouville qui ne soit pas celle de Deauville. « Je me suis nourri du site, de la mer, de la ville et de son histoire. J’ai cherché à créer un fil rouge passant par le choix des couleurs et des matières », explique l’architecte. Le point de départ de l’atmosphère des lieux : une photographie d’une jeune fille habillée d’un costume blanc en lin. « Veste cintrée, une fine rayure tennis sur le lin, elle était à la fois très chic et très décontractée, se rappelle Jean-Philippe Nuel. C’est exactement ce que nous souhaitions, une atmosphère «balnéaire chic». C’est devenu un leitmotiv. » À cette photographie s’ajoute l’inspiration du bois grisé des planches de Trouville, la couleur du sable et le gris bleu de la Manche. Autant de couleurs qui ont permis de créer une gamme chromatique propre au sujet. « Nous avons utilisé les lieux et leur histoire mais nous avons veillé à ne pas faire une reconstitution », précise l’architecte. Le résultat souhaité : une ambiance de villégiature du début du XXe siècle, calme et sereine, avec des éléments de décor contemporain (à l’image des lustres en nacre des chambres) et le confort et la technologie d’aujourd’hui.

Les rayures comme fil rouge

Le résultat : un hôtel de 97 chambres, six suites, un bar, un restaurant, des salles de réunion et un institut de thalassothérapie et spa. L’esprit de la « rayure tennis » est décliné dans les différentes zones. Dans l’institut, on retrouve des rayures noires et blanches qui rappellent les cabines de plages sur les murs et les rideaux de l’entrée mais aussi dans le bassin d’eau salée et ses plages, grâce aux teintes bi-tons du carrelage. Un motif qui fait écho à la moquette choisie chez Desso et les murs en vinyle sur mesure imprimés fournis par Vescom installés dans le lobby. « Ce n’est plus la rayure tennis telle qu’elle était à l’origine mais cette continuité nous a permis de conserver une ambiance balnéaire que l’on retrouve un peu partout », note Jean-Philippe Nuel. L’histoire des lieux se retrouve aussi à travers l’effet « planches de Trouville ». Elles sont non seulement recréées dans le bar grâce à l’alternance de parquet et de carrelage grisé mais aussi illustrées à travers les murs et les plafonds du restaurant avec les photographies d’époques reproduites sur une toile Jet Tex, une toile de polyester enduit fabriquée par Dickson.

Ce revêtement habille par ailleurs les têtes de lit des chambres, avec des reproductions de toiles du début du siècle trouvées sur site inspirées elles aussi de thèmes marins, s’accordant avec les tons gris bleus et sable des linges de lit.

Le carrelage, indispensable contre la corrosion

Parallèlement à la rayure tennis, l’image fait elle aussi figure de fil conducteur puisqu’après les chambres et le restaurant, c’est dans l’institut qu’on la retrouve. « L’iconographie a été spécifiquement utilisée dans le spa et sur les plages des bassins pour faire un clin d’œil sur l’aspect historique des bains de mer du début du XXe siècle », explique l’architecte, désignant les photographies des baigneurs s’amusant sur la plage de Trouville en costume de bain de l’époque. L’effet est particulièrement marquant avec le cliché exposé sur une cloison rétroéclairée en bord de bassin, donnant l’impression que l’image est dans l’eau. Ainsi, l’institut retrouve les codes déclinés dans l’hôtel. Les rayures, les illustrations mais aussi les planches de Trouville avec une reproduction dans un carrelage façon bois, proposé par l’entreprise Mosa, qui accueille les utilisateurs dès l’entrée de l’institut et chemine en partie centrale jusque dans les vestiaires. Pour les murs et les sols des cabines de spa et les plages des bassins, l’architecte a opté pour les références gris agate et blanc cassé de Mosa, évoquant les couleurs des cabines de plages et le noir et blanc des photographies. « Outre l’esthétique, cohérent avec notre projet, le carrelage s’est imposé pour sa composition en elle-même, précise Jean-Philippe Nuel. En thalassothérapie, on ne peut utiliser que très peu de matériaux. L’eau de mer chauffée est extrêmement corrosive. Ainsi, nous n’avons pas pu utiliser de l’inox pour les barres de maintien, il a fallu se rabattre sur du PVC. Pour les étagères destinées aux bougies, imaginées en staff, nous avons dû les faire en résine. » Une contrainte importante à laquelle il fallait ajouter la facilité d’entretien, les mesures d’hygiène et le classement d’antidérapance. Un matériau presque imposé, donc, mais qui n’a pas semblé être un problème, le grés cérame proposant une foule de possibilités et répondant à ce fil rouge de balnéaire chic.

Les rayures noires et blanches du lobby font échos aux traditionnelles cabines de plage de Trouville. © Studio JP. Nuel / D. Delmas

La cloison rétro-éclairée confère une atmosphère particulière, comme si le bassin était lumineux de l’intérieur. © Studio JP. Nuel / G. Trillard

Les têtes de lit des chambres sont habillées de toile du début du siècle inspirées de thèmes marins. © Studio JP. Nuel / G. Trillard

 

Partagez cet article