Maîtriser l’impact de la peinture

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La peinture n’est pas réputée pour ses qualités environnementales. Odeur tenace, irritation, dégagement de composés organiques volatils (COV), elle a longtemps fait partie des mauvaises élèves en termes de pollution intérieure. Aujourd’hui, des mesures législatives ont mis en place un encadrement plus strict.

La peinture glycérophtalique a longtemps été fortement majoritaire sur le marché français. En 2005, les proportions étaient encore de 70 % contre 30 % pour les produits en phase aqueuse. Facile à laver, elle avait aussi la particularité de sécher très lentement, laissant du temps aux peintres pour l’appliquer et permettant de la retoucher aisément. Cependant, composées de résines synthétiques et de solvants, elle dégageait une très forte odeur et un taux élevés de COV (formaldéhyde, acétone, benzène…).

 

Réduire les COV

Pour répondre à la problématique des composés organiques volatile (COV) et le danger de la pollution de l’air intérieur, les réglementations françaises et européennes ont choisi de faire la chasse à ces produits nocifs et d’imposer une certaine transparence des fabricants. En 2007, le premier décret européen réduisant le taux de COV émanant de l’application de la peinture a vu le jour. « Les premiers seuils étaient anodins mais ont eu le mérite de lancer le processus, note Sylvain Ripoll, directeur du marché peinture de Tollens. C’était un avertissement auprès de la profession avant la seconde étape qui a eu plus de conséquences. Elle a conduit à modifier, voire à supprimer certaines familles de peinture. » Effectivement, la seconde échéance, en 2010, a été déterminante. Au 1er janvier, les peintures murales et de plafond ont dû passer de près de 80 g de COV par litre à 30 g, soit de 3 % à moins de 0,5 %. « C’est presque devenu techniquement impossible d’avoir des peintures solvantées tellement la législation impose des taux bas, estime Michel Plana, directeur commercial et marketing d’Onip. Aujourd’hui, on en trouve dans très peu de produits, comme les impressions ou les peintures isolantes ».

 

Étiquetage obligatoire

Le loi Grenelle 1 du 3 août 2009 a mis en place l’étiquetage des matériaux de construction et de décoration imposant, à partir du 1er janvier 2012, d’indiquer de manière simple et lisible le niveau d’émission du produit en polluants volatils : de A+ pour les très faibles émissions à C pour les plus fortes. Les fabricants ont ainsi dû mesurer la valeur de chaque composant de la peinture sous 28 jours. « Le laps de temps calculait la nocivité du produit pour le client final, explique Sylvain Ripoll. Nous sommes allés plus loin en calculant le résultat à trois jours afin d’agir directement sur la santé de l’applicateur. » Enfin, la loi Grenelle 2 de juillet 2010 impose une surveillance de la qualité de l’air dans certains établissements recevant du public (ERP) comme les établissements d’accueil collectifs pour enfants, les écoles (de la maternelle au second degré), les Ehpad ou encore les hôpitaux. L’entrée en vigueur de cette mesure se fera progressivement à partir de 2018 jusqu’en 2023. Au total, près de 100 000 bâtiments seront concernés. Désormais, les proportions de peintures en phase aqueuse ou solvantées sont inversées, ces dernières représentant à peine 10 % du marché. Parallèlement, et sans parler des peintures dites dépolluantes (voir page 18), des produits antiallergène ont été développés. «De plus en plus de personnes sont allergiques, note Yann Huntzinger, directeur marchés peintures chez Zolpan. Il existe une très forte demande pour des produits ne contenant pas de substances nocives ou allergisantes. »

 

Former les peintres

Si l’effort a été fait du point de vue de la chimie, le lancement de ces produits sur le marché des professionnels n’a pas été sans mal. Il a fallu informer et former les peintres. « L’évolution des peintures a changé l’application, indique Patrick Verlhac, président de la commission technique de la Fédération des industries de peinture, encres, couleurs, colles et adhésifs. Il n’y a plus d’odeur, les outils se nettoient mieux mais ce n’est plus du tout la même manière de faire. Avec les produits glycérophtaliques, on disait qu’on travaillait la peinture. Aujourd’hui on dit qu’on la dépose. La différence veut tout dire. Il a fallu que les peintres adoptent les bons outils et constatent par eux-mêmes que sur la durée, ils obtenaient un résultat qualitatif avec les produits en phase aqueuse. Nous avons notamment dû travailler avec les centres de formations qui forment les peintres de demain. »

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