Acoustique : une question d’équilibre

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L’environnement sonore est un paramètre incontournable lors de l’aménagement des espaces tertiaires. Il est en partie le garant du confort des collaborateurs. C’est également l’un des points les plus difficiles à maîtriser puisqu’il s’agit d’assurer à la fois l’intelligibilité de la parole et l’isolation acoustique.

Malgré l’apparition de nouveaux modes de travail comme le coworking et le développement du télétravail, nous passons encore en moyenne près de 50 % de notre temps sur nos lieux de travail. Un environnement où se mêlent les échanges entre collaborateurs, les conversations téléphoniques, les bruits extérieurs et ceux des équipements techniques. Or aujourd’hui, il est admis que le bruit, y compris dans un environnement tertiaire, a un réel impact sur le confort et la santé des salariés : fatigue, stress, anxiété, trouble de l’attention et du sommeil… Pour l’entreprise, l’enjeu est donc aussi économique : baisse des performances, arrêt de travail, absentéisme, maladie professionnelle… Selon Philippe Strauss, expert au Centre d’information et de documentation sur le Bruit (CIDB), le coût social du bruit et de ses conséquences est estimé aujourd’hui à 57 milliards d’euros.

Depuis 2006, la réglementation « impose aux employeurs de prévenir les risques d’exposition en agissant le plus en amont possible sur l’environnement de travail en évaluant les risques qui subsistent », rappelle l’INRS qui précise qu’un bureau dit calme se situe entre 40 et 60 dB (A). L’organisme indique par ailleurs qu’une action de prévention doit être déclenchée à partir d’une exposition moyenne de 80 dB (A), à partir de 85 dB (A) il s’agit d’une action corrective, 87 dB (A) étant la valeur à ne pas dépasser.

Isolation et absorption

Dans les nouveaux modes de travail, où les open spaces se multiplient et les zones se diversifient, passant des salles de réunion aux espaces informels, une bonne acoustique est indispensable. « Réaliser des espaces ouverts qui fonctionnent bien est compliqué sur le plan sonore, note Fabien Krajcarz, acousticien chez Gamba Acoustique. Si les salariés peuvent éventuellement s’adapter, il faut impérativement que les conditions physiques soient satisfaites. » L’acoustique se définit par deux notions qui semblent contradictoires mais dont l’addition est fondamentale : l’isolation et l’absorption. L’objectif est de parvenir à un bon équilibre pour que la communication entre collègues soit possible sans gêner ceux qui ont besoin de se concentrer. Une surisolation associée à une faible absorption, augmentera la réverbération, notamment avec des cloisons vitrées. D’où la nécessité de travailler les deux en parallèle. La solution idéale n’existe pas. Les réponses seront forcément multiples en fonction de la configuration des lieux, de l’activité des salariés et de leurs besoins. « Il est important de définir dès le départ l’ambiance sonore souhaitée, explique Alexandra Villegas, de chez Studios Architecture. Il ne s’agit pas de se dire que plus c’est silencieux, mieux c’est. Il n’y a rien de pire que des ambiances de travail trop calmes. Il faut calibrer les traitements en fonction des performances que l’on veut obtenir, du coin café, très actif, à la salle « silence », où l’usage du téléphone est interdit. »

Le plafond, plus grande surface disponible, doit être le plus absorbant possible. © Eurocoustique

Un volume sonore exacerbé

Trois facteurs majeurs de nuisances sonores doivent être pris en compte. D’abord le bruit ambiant, familièrement appelé le brouhaha, qui est source d’inconfort. Il n’est pas forcément nuisible à la concentration mais fatiguant et pénible à long terme. À l’opposé, et paradoxalement, un bureau trop silencieux va exacerber le volume sonore de toute intervention, que ce soit la sonnerie de téléphone ou une conversation impromptue. « Tout est corrélé et le mixte à trouver compliqué : plus il y a de bruits ambiants, plus les conversations pourront être confidentielles. Mais comme on ne veut pas qu’il y ait trop de bruits ambiants, justement, on essaie de les diminuer, alors l’intelligibilité augmente », résume Fabien Krajcarz. Dernier facteur de nuisance, l’environnement technique, qu’il s’agisse du système de ventilation, des claviers d’ordinateur, des photocopieuses ou des imprimantes mais aussi des appareils d’affranchissement du courrier ou de mise sous plis ou encore des machines à café.

Des plafonds absorbants

Pour répondre à ces problématiques, là encore il n’existe pas de produits miracles . C’est l’équilibre des éléments constituant l’espace qui importe.

Première piste : l’agencement de l’espace. La densité de poste au mètre carré est le premier facteur qui influence l’environnement sonore. Quel que soit le nombre de salariés, l’aménagement devra permettre d’interposer du mobilier adapté qui puisse assurer une bonne étanchéité pour couper les propagations directes du bruit. « Il faut des bureaux bien positionnés et un apprentissage des lieux par les occupants, explique Fabien Krajcarz. C’est une réflexion qui relève plus de l’ergonomie au sens de l’organisation mais il vaut mieux y réfléchir en amont du projet, cela peut faciliter les choses par la suite. Avec des solutions strictement acoustiques, il est moins facile d’atteindre de bonnes performances. »

Deuxième solution : le traitement des sols, des murs et des plafonds. Ces derniers sont sans nul doute la surface la plus pratique pour traiter les problèmes acoustiques. C’est à la fois la plus grande et la moins encombrée, d’où l’importance de la doter du meilleur pouvoir absorbant possible. Une variété de solutions s’offre aux concepteurs, permettant de conjuguer esthétique et performance acoustique : panneaux ou îlots suspendus en fibres minérales, modules perforés en plâtre, métal ou bois, PVC tendu. Parallèlement, on peut y ajouter des panneaux muraux, là encore avec un large choix de propositions textiles, bois ou plâtre, mais aussi des cloisonnettes ou des écrans absorbants qui atténuent le bruit et améliorent la clarté de la voix. « L’important est que ces divers produits soient des matériaux poreux, détaille Fabien Krajcarz. Il peut s’agir de laine de roche, de verre, éventuellement de la mousse de mélamine mais aussi des plaques de plâtres ou de bois perforées avec une laine minérale derrière. Il n’y a rien de révolutionnaire. En revanche, il est essentiel que ces dispositifs soient placés aux bons endroits et en quantité suffisante. »

L’aménagement doit permettre d’interposer entre les bureaux des solutions adaptées afin de couper les propagations directes du bruit. © Plafometal

Enfin, le sol doit être équipé d’un revêtement capable d’absorber l’impact du bruit, la moquette étant sans doute à cet égard le matériau le plus performant. Enfin, concernant l’environnement technique, la première mesure doit viser l’implantation des équipements. Par exemple mettre les appareils pour le courrier dans une pièce dédiée et fermée ou éloigner le plus possible la machine à café des zones de travail. Depuis peu, des produits permettant d’encoffrer les imprimantes ou les photocopieuses apparaissent. Les ondes sonores sont absorbées et les appareils peuvent rester dans l’open space ou à proximité. Ces solutions alternatives se développent de plus en plus. On voit aussi des fauteuils ou des canapés hauts, des maisonnettes, des petits boxes, tous équipés d’absorbant acoustique. L’idée est de parvenir à un espace plus protégé où le son se réfléchit moins. Encore faut-il également veiller à l’orientation de l’équipement qui ne doit pas être tourné face à l’espace à protéger. Une réflexion qui relève du simple bon sens mais qui est encore trop souvent négligée dans l’aménagement des bureaux.

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