Les revêtements face à l’évolution des salles d’opération

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Les plafonds des salles d’opération doivent résister aux charges lourdes. © Ecophon

Du sol au plafond en passant par les cloisons, la salle d’opération est considérée dans sa globalité comme un équipement médical. Un équipement contraint par de nombreux impératifs qui doit aujourd’hui s’adapter à l’évolution des technologies chirurgicales.

Résistance aux produits détergeant, aux désinfectants, étanchéité… L’enveloppe des salles d’opération doit répondre à des contraintes techniques strictes. Depuis quelques années, elles doivent faire face à un nouvel enjeu : l’évolution rapide des technologies et des équipements biomédicaux de plus en plus encombrants.

À tel point qu’il est difficile aujourd’hui pour les services techniques de prévoir quels seront les besoins à moyen terme. « Nous construisons des salles d’opération pour une vingtaine d’années sans savoir exactement ce qu’il s’y fera dans cinq ans. Cela implique des structures évolutives tant en surface que sur le plan des performances techniques », explique Denis Lopez, technicien supérieur hospitalier en génie climatique, CHU de Bordeaux.

DE 45 À 60 M2
Ce sont les dimensions moyennes d’une salle d’opération. Selon l’acte opératoire pratiqué, il est plus prudent de choisir la surface maximale. En revanche, concevoir trop grand est très énergivore pour la ventilation. Il faut donc veiller à trouver le bon ratio.

Ces nouvelles contraintes posent des exigences sur les revêtements. Les cloisons doivent incorporer des passages de câble et être amovibles afin de permettre l’accessibilité aux réseaux (câbles, fluides…) mais aussi pour garantir, quand cela est possible, une potentielle évolution du besoin. « Il ne s‘agit pas juste de rajouter un écran ou de pousser les murs de 2 m. La modularité en salle d’opération, cela veut dire gérer l’étanchéité des locaux. L’intérieur d’une salle d’opération est très contrôlé et doit être protégé vis-à-vis de l’extérieur afin de préserver son intégrité, note Fabrice Quinson, président de LSB La Salle Blanche. Cela nécessite aussi de trouver des solutions qui minimisent au maximum l’arrêt de l’activité. Il faut pouvoir faire évoluer sans être destructif. »

Autre tendance très récente liée à l’intégration de plus en plus fréquente d’imagerie interventionnelle (des interventions chirurgicales assistées d’équipement d’imagerie) : le plombage des salles, employé pour contenir les rayons X. Knauf, Placo, Siniat… les industriels proposent des cloisons intégrant une feuille de plomb de 0,5 à 3 mm. Récemment, Placo a commercialisé une plaque de plâtre formulée à base de plâtre et de sulfate de baryum, un minéral utilisé en médecine pour ses propriétés spécifiques d’absorption et de diffusion de l’énergie électromagnétique des rayons X. Sa composition confère à la plaque des propriétés de radioprotection sans recourir à une feuille de plomb traditionnelle.

La plaque de plâtre de Placo, formulée à base de plâtre et de sulfate de baryum, confère aux cloisons des des propriétés de radioprotection sans recourir à une feuille de plomb traditionnelle. © Placo

MARQUER LES ESPACES AU SOL

S’il est désormais nécessaire de favoriser l’évolutivité des salles, l’important est aussi de faciliter le travail des soignants et de minimiser l’ambiance anxiogène d’une salle d’opération. D’où l’émergence d’une nouvelle fonctionnalité associée au revêtement : la signalétique. Elle permet de matérialiser au niveau du sol l’emprise du flux d’air ultrapropre qui protège le patient, les classes de risque, les zones de transfert (brancard « sale » et brancard « propre », par exemple) ; les flux de personne.

© Forbo Flooring Systems

Enfin, le développement de la chirurgie ambulatoire incite les établissements à investir davantage dans l’esthétique. Jusqu’à aujourd’hui, les blocs opératoires étaient avant tout pensés comme des lieux fonctionnels. Désormais, la dimension psychologique du patient est mieux prise en compte. Créer un environnement relaxant et apaisant, en faisant pénétrer de la lumière naturelle et en intégrant des éléments de décoration, répond à un objectif d’humanisation des blocs opératoires, permettant de réduire l’anxiété des patients. « En chirurgie ambulatoire, le patient arrive debout dans la salle, précise Fabrice Quinson. Entrer dans un bloc coloré participera à le rassurer. Et cela sans parler des soignants qui passent leurs journées dans ces environnements difficiles. La généralisation de l’ambulatoire a vraisemblablement poussé les établissements à jouer la carte de l’esthétique, et ce n’est pas plus mal pour ceux qui y travaillent. »

DES CONTRAINTES D’USAGES IMPORTANTES

Ces nouvelles tendances ont une influence sur le choix des sols, des murs et des plafonds. « Il faut par exemple prendre en considération les éventuelles modifications d’implantation d’écrans d’imagerie intégrés dans les cloisons en prévoyant un vide technique suffisant, indique Denis Lopez. Par ailleurs, les charges liées au matériel pouvant être très élevées, le choix doit se porter sur un sol compact tandis que les sous-couches acoustiques sont à proscrire. Il faut aussi prendre en compte les futurs acheminements de matériels encombrants et lourds en veillant à prévoir le dimensionnement des portes et des revêtements muraux résistant aux chocs afin d’adapter la structure en conséquence. »

Des panneaux décoratifs font leur entrée dans les salles d’opération afin de proposer aux patient un environnement moins anxiogène. © JM Lailheugue/La Salle Blanche

En revanche, l’activité opératoire pratiquée n’a pas de conséquence sur le choix des revêtements. Quelle que soit la classe de risque définie, les contraintes techniques restent les mêmes : surfaces lisses et non poreuses pour un bionettoyage efficace, résistances aux détergeants, aux désinfectants et aux produits liés à la chirurgie, sols classés U4P3E3C3*, étanchéité parfaite au niveau des sols, des plafonds et des cloisons. Ces dernières doivent aussi faire preuve d’une haute résistance mécanique (chocs, rayures, pression), d’une bonne tenue à la corrosion et être démontables afin de faciliter la réorganisation des espaces.

ZOOM SUR LES SOLS DES BLOCS
PAR PATRICE MEJRI, DIRECTEUR POLE SANTÉ CHEZ GERFLOR
« Au-delà des impératifs classiques de nettoyabilité et d’étanchéité, les sols des blocs opératoires font face à des critères bien spécifiques. D’abord, il s’agit de sélectionner, en fonction des équipements utilisés, le produit adapté entre les sols conducteurs, dissipateurs et antistatiques.
Ensuite, le revêtement doit être compact, c’est-à-dire sans isolation acoustique, afin d’avoir une résistance au roulement très faible, et ce d’autant plus avec l’intégration de machines de plus en plus lourdes. Sa tenue et sa réaction au roulement doivent quasiment être la même qu’un sol dur. Concernant la modularité des sols, la problématique est plus complexe et passe rarement par les sols en eux-mêmes. Pour les salles dédiées à des chirurgies spécifiques, ce n’est pas envisageable. Si le cloisonnement doit être modifié, il faudra changer les revêtements de sol. Dans l’ambulatoire, on peut voir des salles dans lesquelles le revêtement est posé d’un coup sur la totalité du plateau complet. Les cloisons sont posées par la suite. Si l’espace doit être réorganisé, seules les cloisons seront alors déplacées. »

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