Des matériaux dedans comme dehors

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Polyvalence d’applications ou détournement délibéré de la part du concepteur, envie d’agrandir les espaces intérieurs ou d’en donner l’illusion, des revêtements et matériaux de finitions initialement conçus pour l’extérieur s’invitent à l’intérieur, et réciproquement.

En matière de produits et matériaux destinés aux aménagements et finitions, entre ceux dédiés à des applications extérieures et ceux qui se limiteraient à des usages en intérieur, la frontière est de plus en plus perméable. Une tendance qui repose sur plusieurs éléments. En résidentiel, l’occupant est souvent en quête d’espace supplémentaire, doublé d’un besoin de  « s’aérer ». En milieu urbain ou semi urbain, un balcon, une terrasse ou mieux encore, un jardin, sont des espaces recherchés. La continuité du décor de l’intérieur vers l’extérieur ou inverse-ment devient une solution. Pour le concepteur en quête d’originalité, détourner un matériau de sa destination originelle peut être un facteur de créativité. Face à ces attentes, les matériaux se dotent de caractéristiques techniques qui les rendent polyvalents et autorisent leur usage dedans comme dehors. De plus, les technologies actuelles vont leur donner l’aspect de matériaux naturels, peaufinant ainsi l’illusion que la nature a pénétré l’intérieur ou qu’elle est à portée immédiate.

Céramique extra/intra muros

Le carreau céramique a de tout temps eu vocation à être utilisé en extérieur comme en intérieur, mais cette tendance s’est accrue avec l’apparition des produits de porosité quasi nulle, donc ingélifs, s’appliquant indifféremment au sol ou au mur, dedans ou dehors. Tendance qui s’est renforcée avec les nouvelles technologies de cuisson et d’impression numérique qui reproduisent avec une extrême précision tout type de motifs, issus ou non de la nature.

Ainsi, en matière d’enveloppe, les systèmes de façades ventilées boostés par le développe-ment de l’isolation thermique par l’extérieur offrent de multiples possibilités de parements au sein desquelles la céramique retrouve une place qui avait été remise en cause suite à des désordres générés par la pose collée. Les performances techniques des grès cérame pressés ou extrudés en font des parements tout à fait adaptés. Extrêmement compacts et d’une haute précision dimensionnelle grâce à la rectification, ils ont un très faible taux de porosité, d’où un faible coefficient de dilatation et une grande résistance à la corrosion, aux acides et au gel. Avec de très grands formats, de 60×60, 60×120 cm, voire 120×120 cm et davantage. Utilisé en double peau, le carreau devient un régulateur thermique et contribue aux qualités esthétiques du bâtiment. Avec de nombreuses possibilités de palette chroma-tique, d’effets irisés, de reliefs, de formats allant jusqu’à la plaque ou à la forme de pare-soleil. Il contribue aussi à des ouvrages légers (moins de  30 kg/m2) qui surchargent moins la structure que de la pierre naturelle ou du béton.

Cloisons en polycarbonate © Architecte Pablo Katz / Crèche -Everlite

En intérieur, le carreau céramique, grâce aux performances de l’impression digitale associées aux technologies de cuisson, s’affiche sous l’aspect d’éléments, naturels ou non, d’habitude rencontrés en extérieur comme le sable, la pierre, le ciment ou le béton. Cela avec la patine et l’usure que la nature leur imprime. L’aspect bois n’est pas en reste et se décline sous toutes ses formes et essences, porteur de nœuds et de reliefs : le teck lavé par les embruns, la planche de palissade de chantier ou le bois pétrifié sécu-laire s’accordent parfaitement avec un intérieur contemporain.

Pierre au salon

Pavages et dallages en pierre sont des revêtements séculaires qui rendaient praticables les voies de circulation et cheminements ou les abords des bâtiments. S’ils sont toujours utilisés pour les aménagements piétonnier et routier des espaces publics, il existe désormais des matériaux de substitution qui autorisent d’autres applications tout en préservant les ressources de pierres naturelles. Issue d’éléments naturels, la pierre reconstituée se décline en nombreuses solutions décoratives et reproduit fidèlement des matériaux en vogue en déco-rations indoor et outdoor comme l’ardoise, la brique, la pierre, voire le bois, autant de matériaux bruts et naturels très tendance.

Le procédé industriel consiste à concasser des agglomérats de pierre issus des carrières et à les mélanger à des liants avant de réaliser le moulage. Cette production accroît les performances techniques du matériau. Il résiste aux chocs et au gel. Non poreux, il est moins sensible aux taches et s’entretient facilement. La technique garantit, à la différence d’un produit naturel, une densité constante et l’homogénéité de formes et de couleurs. Résultat : le dallage posé en terrasse pourra être prolongé dans une pièce de séjour attenante. Des plaquettes de parements habilleront aussi bien la façade ou un muret que des cloisons intérieures. Avec l’avantage d’un poids bien moindre par rapport à des éléments en pierre naturelle et une mise en œuvre plus facile, y compris par collage.

© Corian

Béton et décor

Matériau le plus utilisé dans le monde pour la construction, le béton ne se cantonne plus à la structure du bâtiment mais trouve aussi de nombreuses applications en intérieur. Il s’affiche de plus en plus dans l’habitat et dans le tertiaire. Habillant les sols ou les murs, il devient également mobilier ou élément non structurel de l’agencement. Dans l’habitat privé, il a su séduire les utilisateurs, à la fois par ses côtés fonctionnels comme la résistance à l’usage ou la facilité d’entretien et par une esthétique qui associe l’aspect monolithique et la variété des couleurs et des effets matières. Par ailleurs, le béton décoratif traité en revêtement de sol ou de mur est un matériau qui permet au professionnel applicateur de démontrer son savoir-faire et la qualité de son « tour de main ». En décoration intérieure, cuisines et salles de bains sont des espaces privilégiés pour ce type d’application, la conjugaison du fonctionnel et de l’esthétique pouvant s’y exprimer pleinement. Les bétons ultra-hautes performances eux-mêmes, loin de se cantonner à des applications en ouvrage d’art ou en structure du gros œuvre, sont souvent utilisés par les architectes en aménagements intérieurs, voire pour la réalisation de mobilier. Leur qualité structurelle permet de s’affranchir des armatures et de réaliser de très faible épaisseur, combinant solidité et légèreté. Grâce à leur comportement ductile (faculté de s’allonger sans rompre), ils habillent des murs, des piliers ou des allèges, sans craindre les chocs, autorisant la réalisation de multiples formes et proposant une large palette de couleurs dans la masse. Des liants spécifiques facilitent le travail du matériau qui a une grande capacité à se plier et à reproduire les détails, épousant les formes de coffrages les plus complexes. Il est particulière-ment adapté à la réalisation de petits éléments architectoniques, minces, aux surfaces lisses ou travaillées. La granulométrie très fine des sur-faces traitées joue avec la lumière et souligne le côté minéral des réalisations pour un effet  « matériau naturel ».

Habillant les sols ou les murs, le béton devient également mobilier ou élément non structurel de l’agencement.

Verre et transparence

Frontière entre l’intérieur et l’extérieur du bâtiment, le verre et les matériaux de synthèse qui s’y apparentent ont également fait leur entrée dans l’univers intérieur. Ils séduisent les concepteurs par leur transparence ou leurs effets graphiques, leurs possibilités chromatiques ainsi que leurs caractéristiques et performances fonctionnelles. En s’harmonisant avec des matériaux comme le bois, la pierre ou le métal. Leurs propriétés intrinsèques de sécurité et de protection permettent des prescriptions dans le secteur tertiaire comme en usages domestiques et résidentiels. Ils vont utiliser la lumière comme élément majeur de l’agencement par un choix de surfaces transparentes ou translucides qui diversifient les effets de lumière en la transmettant, la reflétant ou la filtrant. C’est le cas du verre feuilleté qui, avec des épaisseurs allant de 4,4 mm à plus de 50 mm, couvre un large éventail d’applications en aménagement et finitions d’intérieur. Habituellement utilisé en toiture ou parement de façades, le polycarbonate est souvent « détournées » par les concepteurs en systèmes de cloisonnement ou de parement de parois intérieures où il apporte reflets et  brillance tout en résistant aux chocs.

En raison de leurs performances techniques, découlant souvent de leur caractère composite, nombre de matériaux peuvent ainsi migrer de l’intérieur vers l’extérieur ou réciproquement. Ainsi encore, des bois modifiés thermiquement ou des bois composites pour terrasse ou plage de piscine, des panneaux à base de résines thermodurcissables renforcés de fibres de bois et produits sous haute pression et haute température servant aussi bien en panneaux d’agence-ment qu’en bardage de façade. Même polyvlence pour les « Solid Surface » de type Corian, Krion ou HiMac, originellement conçus pour des plans de cuisine ou des équipements sanitaires et qui ont évolué vers du mobilier puis vers des  habillages de façades.

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