Petite enfance : l’aménagement, facteur d’apprentissage

Dessin.jpg

Le bien-être des enfants et des professionnels est de mieux en mieux pris en compte dans les crèches et les écoles maternelles. Outre la sécurité, l’hygiène et l’acoustique, l’esthétique est désormais considérée comme un élément à part entière favorisant l’apprentissage et le développement.

Les écoles maternelles et les crèches vont aujourd’hui très loin dans la prise en compte du bien-être des enfants et des équipes encadrantes. Peu de lieux ont autant de contraintes. Les enfants, âgés de zéro à six ans, appréhendent les choses différemment. Leur bon sens n’est pas toujours de mise, au détriment parfois de leur sécurité ; les interdits doivent être répétés. Par ailleurs, en plein développement, ils sont plus sensibles que leurs aînés face aux agressions types pollution ou bruit mais aussi plus réceptif à l’environnement qui les entoure. Dans ces établissements, les chutes sont fréquentes et la propreté reste un apprentissage permanent. Les maîtres d’œuvre et les prescripteurs imposentainsi plusieurs critères spécifiques, bien que la réalité soit difficile aux vues des contraintes budgétaires.

Le sol, synonyme de confort

Face à des enfants souvent à même le sol, les revêtements doivent assurer une grande facilité d’entretien. © Forbo Flooring Systems

Les établissements recevant des enfants de moins de six ans doivent être synonymes de confort. Un confort au niveau du sol et de la marche mais aussi en ce qui concerne l’acoustique, la qualité de l’air ou l’environnement visuel.

Les revêtements de sol sont choisis en fonction de leur capacité à conserver la chaleur et à absorber les chocs grâce à des sous-couches en mousse. Ils doivent aussi respecter le classement Upec qui détermine les caractéristiques en fonction de l’usage, du poinçonnement, de la tenue à l’eau et aux agents chimiques. Le CSTB indique les différences de classement selon la typologie des lieux : salles d’activité, de repos ou d’exercices mais aussi dortoir, sanitaires collectifs ou circulation. De manière générale, les crèches et les écoles maternelles impliquent des sols résistants :

– au trafic piéton et charges roulantes types chaise à roulettes ou chariot manuel,

– à la fréquente utilisation d’eau mais se limitant à l’emploi au plus de la monobrosse,

– à l’effet d’usage comme l’encrassement, les rayures, l’abrasion ou le changement d’aspect. Pour répondre à ces exigences, le matériau le plus utilisé reste le PVC, suivi par le linoléum et le caoutchouc.

Autre critère essentiel concernant les sols : la facilité d’entretien. D’une part parce que ce sont des lieux de grand trafic entre les enfants, l’équipe enseignante ou de puériculture et les parents. D’autre part, parce que « les enfants marchent à quatre à pattes, jouent sur le sol et n’hésitent pas à mettre à la bouche des objets tombés à terre », note Joël Nunes, chef de segment Enseignement/Santé chez Forbo Flooring Systems. Enfin, parce que les protocoles de nettoyages sont assez simples. « À la différence des autres établissements scolaires, le nettoyage des crèches et des écoles maternelles est généralement manuel : quotidiennement avec un balai et de l’eau ; pendant les vacances ou tous les deux mois environ avec un entretien mécanique. Le résultat est peut-être moins performant mais les surfaces sont souvent trop petites pour justifier le coût que nécessiterait l’investissement d’une machine ou l’intervention régulière d’une entreprise », explique Cyril Perrot, chef de marché chez Gerflor.

Un environnement sonore chargé

Le choix du revêtement de sol et la conception du plafond participent directement à la qualité de l’acoustique. © Tarkett

Si le sol participe logiquement à l’hygiène et au confort de marche, il influence aussi l’acoustique, réglementée dans les écoles maternelles par l’arrêté du 23 avril 2003*. Ce dernier indique les valeurs à respecter pour l’isolation et détermine le temps de réverbération en fonction de la zone concernée. À noter que les crèches ne sont pas concernées par cette réglementation.

L’environnement sonore de ces types de lieux est dense : jeux, cris, pleurs, conversations entre adultes mais aussi entre adultes et enfants, manipulation de mobilier, musique… Un niveau sonore qui a un impact sur chacun. Source de tension, d’agitation, voire d’agressivité, il affecte le comportement des enfants. « Il y a souvent un effet de surenchère : quand ils entendent des bruits nouveaux et intenses, les enfants se mettent à faire plus de bruit qu’ils n’en faisaient auparavant », analyse le Conseil national du bruit (CNB) dans son guide « Qualité acoustique des établissements d’accueil d’enfant de moins de six ans », réalisé à l’intention des concepteurs et des gestionnaires de crèche à la demande de Ségolène Royale, ministre de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer. Les enseignants et le personnel de crèche indiquent quant à eux être obligés de forcer la voix régulièrement, évoquent une profonde fatigue en fin de journée et le sentiment d’être moins disponibles pour les enfants qu’ils ne le voudraient. « Certains professionnels avouent aussi ne plus supporter le bruit lorsqu’ils rentrent chez eux et souhaiter s’isoler à cause de toute l’énergie sonore accumulée durant la journée », peut-on lire dans le guide du CNB.

Le traitement acoustique dépend de plusieurs axes de travail : l’isolation vis-à-vis des bruits extérieurs et intérieurs, la correction acoustique des locaux et le traitement des bruits d’équipements. Pour enseigner ou s’occuper des enfants dans de bonnes conditions, les salles ne doivent être ni trop réverbérantes, ni trop absorbantes. Il faut trouver le bon équilibre afin que la voix des enseignants et des encadrants porte suffisamment pour être entendue par tous sans qu’ils aient besoin de forcer et que parallèlement le bruit généré par les enfants ne prenne pas trop d’importance.

Du sol au plafond, les solutions acoustiques sont nombreuses. Les sous-couches acoustiques des revêtements de sol réduisent la sonorité à la marche. Les plafonds et les murs peuvent être équipés de dalles, d’îlots acoustiques et de panneaux absorbants. Sans compter que l’absorption du bruit dans une pièce participe à réduire les transmissions entre les différentes salles. « Le problème de l’acoustique est qu’il est encore trop rarement pris en compte en amont des projets, note Agathe Chateauminois, chargée de mission au Centre d’information et de documentation sur le bruit (CIDB). Cette thématique est généralement mise de côté et les problèmes peuvent ressortir après la réalisation des travaux. Il est indispensable d’inclure les acousticiens dès la conception des projets. »

Un message commun

Autre facteur à analyser au préalable de l’aménagement de locaux pour les jeunes enfants, la qualité de l’air intérieur, sujet de plus en plus pris en compte aujourd’hui. La loi Grenelle 2 de juillet 2010 impose une surveillance de la qualité de l’air dans certains établissements recevant du public. Mise en vigueur progressivement, elle doit concerner les crèches et les écoles maternelles à partir de 2018. Les industriels essaient à leur manière de participer à cette action collective. « Nous nous devons de proposer des produits exempts d’additif et de toutes matières qui pourraient se révéler dangereuses pour la santé des enfants, explique Joël Nunes. C’est aujourd’hui l’un des axes majeurs de nos recherches : réduire toujours plus les émissions de COV. » Longtemps montrer du doigt pour la nocivité de leurs produits, les professionnels de la peinture ont eux aussi dû se mettre au diapason de la réglementation. Ils sont désormais obligés de faire preuve de transparence, notamment avec la mise en place de l’étiquetage des matériaux de construction et de décoration, depuis le 1er janvier 2012, indiquant le niveau d’émission du produit en polluants volatils. « La qualité de l’air ne se limite pas à la peinture et à une bonne isolation, elle met en cause le mobilier, la colle, les revêtements… Il faut avoir une réflexion globale, estime Cyril Perrot. Dans ce cadre, nous sommes en train de monter un groupe de travail avec trois autres industriels : Aldès pour la ventilation, Tollens pour la peinture et Knauf pour l’isolation. L’idée est de porter un message commun sur l’importance d’un travail complémentaire. »

Le rôle spécifique de la couleur

Les couleurs sont étudiées avec attention en fonction de la destination des espaces. © Gerflor

Plus subjectif, l’effet visuel s’est imposé au fil des années. « En fonction du choix des couleurs, on va générer chez l’enfant des réactions particulières, indique Joël Nunes. Ce n’est pas qu’une simple décoration. Cela participe directement à leur apprentissage. » Les possibilités techniques permettent de diversifier les rendus esthétiques, en ajoutant par exemple au sol monochrome des formes ou des dessins. « Nous sommes capables de réaliser du surmesure. L’architecte n’a qu’à apporter le dessin souhaité. Nous le fabriquons et l’intégrons directement dans le revêtement de sol afin de contribuer à l’éveil des enfants, explique Cyril Perrot qui regrette cependant la réalité économique qui limite bien souvent les possibilités. Dans des travaux neufs, le sol arrive en dernier et ne représente en moyenne qu’1 % du budget. Nous essayons de faire prendre conscience aux maîtres d’ouvrage qu’il ne faut pas trop empiéter sur cette dépense car c’est sans doute la zone la plus sollicitée. »

En collaboration avec des psychologues, des designers, des neurologues, des pédiatres, des sagesfemmes et des instituteurs européens, Tarkett a étudié l’impact de la couleur sur le comportement de l’enfant dans divers environnements et notamment à la crèche et à l’école. Les professionnels ont chacun donné leur ressenti par rapport à ce qu’ils vivent tous les jours, comment organiser les couleurs pour répondre aux besoins des enfants « La couleur crée des contrastes qui guident l’enfant, qui l’aide à développer le toucher et la vue, analyse Béatrice Mange, directrice de création chez Tarkett. Elle va développer sa curiosité et l’inciter à aller d’un endroit à un autre. Nous avons basé notre étude sur ces problématiques : quelles sont les couleurs qui vont leur permettre de se concentrer, de se reposer ou de stimuler leur motricité. » Il ressort des retours d’expériences des professionnels quatre « familles de couleurs », au rôle spécifique. Les chromatiques du jaune au vert favorisent l’apprentissage. « Le vert est la couleur de l’autorisation, l’enfant se sent habiliter à faire les choses », explique Béatrice Mange. Les teintes froides, du bleu au violacé, apaisent et minimisent le stress et l’anxiété. L’excitation émotionnelle est amoindrie. À l’opposé, les tons rouges, bruns et orangés dynamisent les lieux, stimulant l’apprentissage moteur. Enfin les beiges, les effets bois et granit, sans dessins inventés, simplement avec un « effet nature », suggèrent la sécurité. « Ce qui est important, c’est la proportion de la couleur en fonction du public concerné, estime Béatrice Mange. Nous ne nous arrêtons pas au sol, cette réflexion concerne aussi les murs, le mobilier. Par exemple, pour les enfants de moins d’un an, nous conseillons une pointe de couleur vive en hauteur, pour les inciter à lever la tête, alors que pour les deux / trois ans, nous préconisons d’élargir la palette afin que leur univers semble plus attractif. »

 

Partagez cet article