« Les personnes en situation de handicap n’ont pas toutes les mêmes besoins »

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Édouard Pastor, architecte DPLG, est le créateur d’Handigo, une agence
d’architecture spécialisée dans le conseil en ccessibilité. L’enjeu n’est
pas simplement d’éliminer les obstacles et/ou difficultés mais bien de
créer un environnement qui ne discrimine pas la personne en fonction
de ses déficiences supposées.

Sols Murs Plafonds : Aujourd’hui, où en est la réglementation pour l’accessibilité ?

Édouard Pastor : Le dernier texte à proprement parler date du 11 février 2005, porté par le gouvernement Raffarin sous la présidence de Jacques Chirac. Il définit un cadre et des obligations concernant les quatre types de handicap majeurs : moteur, auditif, visuel et déficiences mentales. Par la suite, la loi a été progressivement restreinte, notamment par l’arrêté de la loi Elan [évolution du logement, de l’aménagement et du numérique] du 20 avril 2017.

Au-delà de ces obligations, certains architectes, très peu formés sur le sujet, prennent la réglementation au pied de la lettre, sans considérer les deltas de chantier. Concrètement, si la loi exige un passage de 120 cm, ils prévoiront cette largeur de passage, sans anticiper les seuils de tolérance propres aux entrepreneurs. Et pourtant, ces dernières peuvent réduire ledit passage et donner un résultat qui ne sera pas conforme malgré leur exigence première.

SMP : Quels sont les freins principaux à des aménagements spécifiques ?

E.P. : D’abord, les architectes ne sont pas assez formés sur le sujet. Sur les 22 écoles en France, combien sont-elles à dispenser des cours sur ce sujet en faisant travailler les étudiants sur des problématiques précises ? L’autre frein majeur, chez les maîtres d’ouvrage et les maîtres d‘œuvre, est le coût représenté par les aménagements adaptés. La réflexion doit se centrer en amont sur la conception inclusive qui par définition prend en compte tous les besoins des personnes ayant des incapacités, soit en définitive nous tous. Ce qui revient cher, c’est toujours l’élément qui a été oublié au départ et qui est rajouté à grands frais à la fin. Toute solution palliative à l’issue des travaux va tout de suite faire monter la note…

SMP : Existe-il des solutions types permettant de favoriser l’accessibilité ?

E.P. : Les personnes en situation de handicap n’ont pas toutes les mêmes besoins. Une personne en fauteuil roulant manuel aura une contrainte de roulette dès lors qu’il y a une moquette un peu molle ou un revêtement bosselé qui fait tressaillir les petites roues de devant. Alors qu’une personne en fauteuil roulant électrique ne sera concernée que par les problèmes de seuil.

En revanche un malvoyant demande que son environnement soit différencié afin de l’aider à créer sa carte mentale, d’appréhender l’espace par le détail, centimètre par centimètre. Un changement de texture de moquette, s’il n’est pas forcément suffisant, est déjà un repère pour le non voyant. D’autant plus pour le non-voyant de naissance, qui s’appuie sur tous ses sens et notamment l’aspect podotactile. Par exemple, un revêtement de sol différent dans un espace signifie une zone différente, créant ainsi un repère.

La réflexion doit se centrer en amont sur une conception inclusive

Pour les déficiences auditives, l’important, c’est la vision. Un travail minutieux doit être réalisé sur les contrastes car la perte de l’ouïe « ré-énergise » en quelque sorte le corps humain vers ses autres sens. Une luminosité directe peut devenir gênante si elle éblouit la personne sourde. Par exemple, un éclairage à leds blanches doit être tamisé afin d’éviter tout éblouissement.

Cependant, le handicap le plus complexe à appréhender en termes d’aménagement est bien la déficience mentale. Elle se répartit en trois catégories : déficience cognitive, intellectuelle et psychique. Elle se manifeste par une réduction des facultés de compréhension, de communication, de mémorisation et par des difficultés à se situer dans l’espace et dans le temps. L’objectif est alors de rassurer. Les contrastes servent de repères. Le revêtement de sol doit dessiner un espace compréhensible, net, visible. La signalétique prend une place à part, incluant toute une série de pictogrammes dans une logique de parcours.

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