L’éco-conception, la réponse à E+C-

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Les matériaux biosourcés, comme le liège, concourent au stockage du carbone. © Wicanders

Afin de proposer des produits de construction et d’aménagement s’intégrant
dans une démarche environnementale, les industriels peuvent se tourner vers
l’éco-conception. Une politique de production « verte » qui impose de repenser
ses manières de faire, et d’en attester.

Les produits de finition et les revêtements intérieurs participent directement à l’impact environnemental d’un bâtiment, du bilan énergétique jusqu’à l’empreinte carbone. Il faut considérer l’énergie utilisée pour créer le produit, son transport, son entretien, sa durée de vie et son traitement en fin de vie. Cela d’autant plus que, s’agissant des revêtements intérieurs, ces derniers sont voués à être changés plusieurs fois. Pour répondre à cette problématique, et s’intégrer dans l’expérimentation E+C-, les professionnels du secteur évoquent majoritairement l’éco-conception, c’est-à-dire « l’intégration des caractéristiques environnementales dans la conception du produit en vue d’en améliorer la performance environnementale tout au long de son cycle de vie », indique l’Ademe.

Les matériaux bio-sourcés pour stocker le carbone

Comment fait-on de l’éco-conception ? Si les solutions sont diverses, deux axes principaux se distinguent. D’abord l’utilisation de produits biosourcés, c’est-à-dire des matières premières issues de la biomasse d’origine animale ou végétale, qui « concourent significativement au stockage de carbone atmosphérique et à la préservation des ressources naturelles », comme l’explique la Fédération française du bâtiment dans son guide Les matériaux biosourcés dans le bâtiment. Bois, paille, chanvre, liège, lin, textiles recyclés… Ils sont nombreux à pouvoir entrer dans la composition de nos revêtements de sol et de nos isolants. Avantage supplémentaire, certains d’entre eux sont disponibles, en France, en grande quantité. Le guide de la FFB indique ainsi qu’avec 5 % de la paille à notre disposition, nous pourrions isoler 500 000 logements par an, ou encore que la France est le premier producteur de chanvre d’Europe, avec une production annuelle, en 2015, de 8 000 à 10 000 hectares. Il est néanmoins important de rappeler que « biosourcé » ne veut pas nécessairement dire matériaux 100 % naturels et sans impact pour l’environnement. Certains contiennent des additifs chimiques, comme les retardateurs de feu ajouté dans les produits à base de chanvre, et peuvent avoir été transportés sur de longues distances, à l’instar du liège qui vient en grande majorité du Portugal. Il est donc conseillé, sous réserve de correspondre aux caractéristiques demandées, de privilégier les matériaux locaux et les moins transformés possible. À noter, un label « Bâtiment biosourcé » a été instauré en 2012 afin de valoriser les efforts d’intégration de ces matériaux.

Certains matériaux sont déclinés en design « intemporel » afin d’allonger la durée de vie des produits. Une démarche typique de l’économie circulaire. © Mosa

Repenser nos modes de production

Autre solution, adopter la démarche de l’économie circulaire, dans laquelle s’inscrit le concept Craddle to craddle, littéralement « du berceau au berceau ». L’objectif : repenser nos modes de production et de consommation afin d’optimiser l’utilisation des ressources naturelles et de limiter les déchets générés. Concrètement, il s’agit de produire des biens (et des services) de manière durable, en limitant la consommation, les gaspillages de ressources (matière première, eau, énergie) ainsi que la production de déchet. C’est-à-dire rompre avec le modèle de l’économie linéaire : extraire, fabriquer, consommer et jeter.

La certification Craddle to craddle assure des produits moins impactants, « des cycles fermés de matières, des processus de production basés sur le renouvelable et prenant en compte l’impact carbone, une gestion de l’eau maîtrisée et des impacts positifs sur le plan social », indiquait Chloé Bosquillon, ingénieure éco-circulaire et certificatrice Craddle to craddle, lors d’une conférence organisée en avril dernier par C2C Community pour partager l’expérience d’industriels engagés dans une démarche d’économie circulaire.

Au-delà de ces deux pistes, des pratiques tels que l’allongement de la durée de vie des matériaux, les filières de réutilisation ou de recyclage ou encore la pure réduction de matière permettent elles aussi de réduire la consommation énergétique et l’empreinte carbone des bâtiments.

Attester son éco-conception

Quand elle utilise le terme « produit éco-conçu », l’entreprise doit être en mesure de « fournir des éléments pertinents, significatifs, vérifiables et concrets démontrant qu’elle a mis en place une démarche d’éco-conception », précise l’Ademe. Quatre mentions doivent être apposées sur le produit : une définition de l’écoconception ; des précisions sur ce qui est éco-conçu (le produit, l’emballage ou un composant) ; les principales caractéristiques environnementales du produit et/ou de son emballage ; la nature et, si possible, l’ampleur des réductions d’impacts environnementaux résultant de la démarche d’éco-conception (ces informations peuvent figurer sur un autre support approprié, comme un site Internet).

Pour aller plus loin, l’analyse du cycle de vie (ACV), une méthode d’évaluation normalisée ISO 14040 et ISO 14044, permet de réaliser un bilan environnemental multicritère et multi-étape sur l’ensemble du cycle de vie du produit, de l’extraction des matières premières nécessaires à sa fabrication jusqu’à son traitement en fin de vie (mise en décharge, recyclage…) en passant par ses phases d’usage, d’entretien et de transport.

Chiffre INIES au 31/12/18, INIES, 2019.

FDES, pilier de la RE 2020

Afin de présenter les résultats de l’analyse du cycle de vie, les industriels (ou les organisations professionnelles lorsqu’une filière a fait le choix de FDES collectives) peuvent réaliser les FDES (fiche de déclaration environnementale et sanitaire) de leurs produits. Pilier de la RE 2020, ces fiches sont un document normalisé présentant les résultats de l’ACV du produit ainsi que des informations sanitaires, cela dans la perspective du calcul de la performance environnementale et sanitaire du bâtiment pour son éco-conception. « Ces fiches constituent ainsi un outil multicritère majeur permettant d’aider les professionnels dans leurs choix pour rendre un bâtiment plus durable, avec des impacts limités sur l’environnement tout en créant une ambiance saine pour les futurs utilisateurs », peut-on lire sur le site d’Iniès, la base nationale française de référence sur les déclarations environnementales et sanitaires des produits, équipements et services pour l’évaluation de la performance des ouvrages. Concrètement, chaque FDES contient une caractéristique du produit (constituants principaux et produits complémentaires pour la mise en œuvre, emballages…), son unité fonctionnelle et sa durée de vie, son profil environnemental (ensemble d’indicateurs environnementaux calculés sur l’ensemble du cycle de vie du produit), les informations de santé et de confort d’usage (contribution du produit à la qualité sanitaire des espaces intérieurs et de l’eau, contribution à la qualité de vie dans le bâtiment) et l’identité de l’émetteur de la FDES. Délivrées pour une durée de validité de cinq ans, les FDES doivent, depuis juillet 2017, être vérifiées par un tiers indépendant (cf.: norme ISO 14025) reconnu par un programme de vérification conventionné par l’État.

Il est encourageant pour la filière de l’aménagement intérieur de constater que, pour l’année 2018, les produits d’isolation, les cloisonnements et plafonds suspendus, les revêtements de sols, murs, peintures et produits de décoration et les produits de préparation et de mise en œuvre possèdent le plus grand nombre de FDES, soit respectivement 564, 184, 113 et 93 (voir tableau ci-dessus).

 

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