« L’aménagement des maisons de retraite participe à maintenir une vie sociale »

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Quelle est la maison de retraite idéale, une fois retirés les mots rentabilité et hôpital ? Que peut-on imaginer pour les établissements de demain? Réponse avec Pascale Richter, Architecte à l’agence Richter Architectes et Associés.

Quels sont les impératifs d’une maison de retraite ?

Une maison de retraite doit avant tout être une maison. Un endroit où l’on habite, où on ne fait pas que se loger. Elle doit préserver l’intimité de ses résidents tout en leur permettant d’être ouverts sur le monde. Cela commence par l’endroit même où se situe le bâtiment, au cœur d’une commune, d’un quartier, là où se déroule la vie, où l’on peut garder des repères.

Ensuite, cela doit être un bâtiment vivant, pas simplement une réponse au besoin de logement des personnes âgées. Il faut y inclure des lieux qui reconnectent la maison de retraite à son environnement proche, comme une bibliothèque ou un café, faisant de cette maison un lieu de passage, un lieu de vie qui ne soit pas juste adressé aux résidents. Dans un Ehpad réalisé à Scherwiller, dans le Bas-Rhin, un piano à queue a été installé dans le foyer. Des concerts y sont organisés, et pas seulement pour les résidents.

Concrètement, par quoi est-ce que cela passe?

Il y a deux ou trois points fondamentaux. D’une part, les distributions. Elles ne peuvent pas être simplement des distributions. C’est le lieu d’une promenade, qui doit être en lumière, qui doit avoir des élargissements ponctuels pour pouvoir s’asseoir, rencontrer son voisin. C’est à l’image d’une rue, un lieu de sociabilisation. D’autre part, l’aménagement, c’est donner une dimension domestique à l’intérieur de la maison de retraite, et non une dimension hospitalière. Il faut résister à toutes les injonctions des directions techniques qui veulent avoir accès à tout de l’extérieur des chambres. Les gaines en sont un bon exemple. La plupart du temps, les programmes imposent qu’elles soient accessibles du couloir par des grands panneaux muraux amovibles. Nous défendons l’idée que la gaine doit être accessible depuis la salle de bains pour qu’en cas de problème, la personne âgée ait la visite du plombier dans sa chambre, comme lorsqu’elle était chez elle. C’est aussi cela la place de l’aménagement: participer à maintenir une vie sociale.

Enfin, évidemment, la chambre doit être minutieusement imaginée. Pour commencer, on ne devrait pas l’appeler « la chambre ». Cela doit rester un « chez soi ». C’est d’ailleurs pour cela que les 19 m2 imposés sont impensables. On ne peut pas résumer 90 ans de vie dans 15 m2 de surface habitable, puisque les quatre derniers mètres carrés sont réservés à la salle de bains. Il faut dans cet espace pouvoir recevoir, et pas autour de son lit, dignement, avec une petite table et un fauteuil, dans un « décor » plus maison qu’hôpital, avec des sols qui rappellent les parquets, avec deux fenêtres qui permettent d’avoir deux vues différentes et de créer un courant d’air. Et avec une porte qui soit dessinée comme une véritable porte d’entrée de maison, pourquoi pas avec une lanterne et une sonnette, symbole du « moi j’habite ici ».

Cela semble être la maison de retraite rêvée, bien loin de ce que l’on voit dans la majorité des établissements…

C’est évident, il reste encore beaucoup de travail dans ce domaine. Cependant, lors des dernières Assises nationales des Ehpad, j’ai constaté que de plus en plus de professionnels allaient dans ce sens. Je pense que le Covid va aussi accélérer les choses. Et surtout, c’est concrètement faisable. Comparé au coût de fonctionnement de l’édifice, construire 5 m2 supplémentaire par chambre est tout à fait réalisable. C’est aussi une question de volonté politique. Ce qui a été le cas pour l’Ehpad de Scherwiller où le maire, main dans la main avec une gériatre et notre agence, a imaginé un Ehpad avec deux fois moins de chambres que dans les autres établissements, un Ehpad où l’on apprécie de vivre ses dernières années plutôt que seul chez soi. Ce qui n’est pas un sentiment courant…

L’aménagement participe-t-il vraiment à l’accompagnement, au maintien à l’autonomie?

J’en suis convaincue! L’architecture, du bâtiment aux revêtements, contribue à rendre la vie plus confortable, plus douce. Elle permet notamment de créer un rapport à la nature qui participe largement aux soins. Nous avons construit dans les Vosges, à Vagney, un espace de vie protégé pour les malades d’Alzheimer. Reprenant l’idée des grandes fermes vosgiennes, nous nous sommes interdit toute matière plastique et avons travaillé avec du sapin des Vosges, de la faïence décorative faisant référence à la culture locale, des tapisseries et des teintes très douces ainsi que du linoléum. Nous avons misé sur des éclairages naturels avec des jeux de lumières au fil de la journée. Nous avons parié sur les odeurs, celles des essences de bois, celle du lin du linoléum. En quittant l’ancienne unité Alzheimer pour ce nouvel espace de vie, les soignants nous ont dit avoir ressenti un vrai apaisement chez les pensionnaires. Nous refusons de tomber dans des dispositifs assez infantilisants, comme des couleurs vives rappelant les centres périscolaires et censées dynamiser les résidents. Ces derniers sont âgés, souvent malades, ils ne sont pas retombés en enfance. L’objectif est qu’ils se sentent chez eux, en tout cas de s’en approcher le plus possible, sans se sentir isolés.

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