L’acoustique, une priorité des bureaux post-Covid

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Le mobiliers acoustiques, à l’instar de ces plafonniers proposés par BuzziSpace, sont de plus en plus prisés pour l’aménagement des espaces. Ils offrent l’avantage de combiner des fonctions esthétiques et de traitement du son. © Steve Tsai / BuzziSpace

L’engouement pour les espaces collaboratifs fait du traitement acoustique un critère toujours plus essentiel au bon fonctionnement des espaces de bureau. Les solutions esthétiques et sur mesure ont le vent en poupe sur ce marché en pleine évolution.

Avec la luminosité, la température et la qualité de l’air intérieur, l’acoustique fait partie des éléments essentiels participant à un environnement de travail agréable. Dans les bureaux, un bon confort acoustique permet d’accroître la qualité de vie au travail. À l’inverse, les bruits réduisent la productivité des collaborateurs. Un aspect qui est aujourd’hui mieux pris en compte par les groupes lors de l’aménagement de leurs bureaux. « Les entreprises sont de plus en plus sensibles à la qualité sonore de l’environnement de travail », confirme Pascal Ozouf, expert acousticien chez Placo, une marque de Saint-Gobain. Dans les bureaux, le confort acoustique conjugue isolation et correction acoustique. L’isolation acoustique a pour but d’atténuer les bruits provenant d’autres pièces et de l’extérieur du bâtiment grâce à des matériaux capables de piéger les vibrations sonores. Celle-ci se mesure en décibel (dB). De son côté, la correction acoustique consiste à maîtriser la réverbération des sons en absorbant une partie des réflexions grâce à des matériaux absorbants. Le coefficient d’absorption acoustique alpha w (αw) permet de définir l’efficacité d’absorption du son des matériaux. Il est compris entre 0 et 1. Le matériau sera d’autant plus absorbant que son αw est proche de 1. Dans le tertiaire, le traitement acoustique s’effectue principalement au niveau des plafonds, des parois et du sol. La moquette en dalle est très prisée dans les bureaux, mais les sols en PVC représentent également une bonne alternative. À titre d’exemple, un revêtement de sol textile assure un αw allant de 0,25 à 0,5. « Les sols participent à l’absorption acoustique en atténuant notamment les bruits de choc liés à la marche, mais sont beaucoup moins efficaces pour réduire le niveau sonore et la propagation de la voix », souligne Sylvain Coudret, responsable des marchés Bureau et Education et concept developer pour Ecophon France, une marque de Saint-Gobain.

À base de fibres d’épicéa liées au ciment blanc, les panneaux Silvatone de Placo allient esthétisme et absorption acoustique. © Placo /Thomas holm frandsen

BIEN TRAITER LES ESPACES DÉCLOISONNÉS

Dans les bureaux, le traitement des bruits liés à la parole représente un enjeu de taille, notamment dans les surfaces décloisonnées comme les open spaces. « Dans les espaces ouverts, il est important de mettre en place des matériaux qui vont absorber rapidement les ondes sonores », explique Sylvain Coudret. Si aucun traitement n’est apporté, la parole va se propager à travers l’espace, le son va rebondir sur les murs et les plafonds et créer des échos. Les salariés devront élever la voix et l’environnement de travail ne sera pas sain. « Nous préconisons notamment la mise en place de plafond à forte épaisseur pour réduire la propagation de l’énergie sonore et des panneaux muraux qui permettent d’absorber les ondes sonores horizontales, rédui[1]sant ainsi les échos flottants », conseille Sylvain Coudret. Avant d’ajouter : «Il est aussi intéressant d’installer du mobilier acoustique comme des écrans acoustiques ». Les plafonds absorbants et panneaux muraux sont pour la plupart composés de laine minérale (laine de roche ou de verre). «Nous voyons également de plus en plus apparaître d’autres types de matériaux comme la fibre de bois », informe Lorenzo Mannara, directeur ventes et marketing de Knauf Ceiling Solutions. Certains panneaux sont égale[1]ment à base de bois microperforé. Le son pénètre dans les perforations où il reste piégé. « Dans un open space, des matériaux avec un αw compris entre 0,7 et 0,8 sont largement suffisants, car les bruits sont également absorbés par les fenêtres, le mobilier, etc. », estime Lorenzo Mannara. Un avis partagé par Pascal Ouzouf : « Utiliser des matériaux avec des αw compris entre 0,75 et 0,8 est suffisant si on ajoute du mobilier et des cloisons pour créer des obstacles à la diffusion du bruit ».

Recouverts de textile, les panneaux acoustiques suspendus Solo Textile d’Ecophon sont disponibles en sept coloris différents. © Rickard Johnsson – Studio-e

UN ENJEU DE CONFIDENTIALITÉ

Les espaces fermés, comme les salles de réunion ou les bureaux de direction, nécessitent, eux, un traitement acoustique particulier. Il est essentiel que les collaborateurs s’entendent distinctement mais il faut aussi veiller à ce que les sons ne se diffusent pas dans les autres pièces. Cela permet de ne pas gêner les autres salariés, mais également d’assurer un certain niveau de confidentialité. « Dans ce cas, il est nécessaire d’installer des plafonds avec une bonne combinaison d’isolation et d’absorption acoustiques ainsi que des panneaux muraux sur au moins un mur et de préférence sur deux murs adjacents », détaille Sylvain Coudret. Avec le développement de la visioconférence, la question de la réverbération du bruit peut également se poser. « Il faut limiter au maximum l’écho en apportant de l’absorption pour éviter que cela résonne. Il peut être intéressant, par exemple, d’installer des panneaux muraux absorbants en face de l’écran diffusant la visioconférence », propose Marc Navatier, responsable support technique chez Rockfon.

Les îlots acoustiques flottants Topiq Sonic Element de Knauf AMF permettent de réduire les bruits tout en conservant l’aspect esthétique des plafonds en béton apparent. © Jan Haeselich_PK1-Kopf-Großrau

NOUVEAUX ESPACES DE TRAVAIL

Depuis plusieurs années, le nomadisme se développe dans les entreprises. Plusieurs d’entre elles ont déjà adopté une organisation en flex-office, avec des espaces dédiés à l’exécution de différentes tâches. Et le coronavirus devrait accélérer la mise en œuvre de nouveaux modes de travail hybrides, combinant présentiel et distanciel. « Avec la crise sanitaire, les entreprises ont des surfaces surdimensionnées par rapport à leurs besoins, elles ont donc tendance à les réaménager », constate Charles Bourdeux. Avant de préciser : « les collaborateurs vont de plus en plus venir au bureau pour effectuer des tâches collaboratives et moins du travail individuel, qui peut être effectué à domicile. Dans ce contexte, les espaces collaboratifs devraient fortement se développer dans les années à venir. » Il peut s’agir, par exemple, de salles de brainstorming, de bulles de communication ou encore de coin lounge avec canapé et table basse pouvant faire office de salle de pause mais également de réunion informelle.

Les espaces de travail tendent à devenir multiples et leurs usages polyvalents. Ce qui implique un traitement acoustique adapté à chaque typologie d’utilisation. « Aujourd’hui, il est important de proposer une offre de solutions acoustiques très large », note Lorenzo Mannara. « Dans les espaces collaboratifs, nous allons chercher à avoir le même confort acoustique que dans un open space, mais dans un espace plus réduit et évolutif. Nous pouvons donc mettre en place des solutions mobiles comme des îlots suspendus, des cloisons mobiles, des écrans acoustiques, des panneaux muraux, etc. », illustre de son côté Pascal Ozouf.

Ce plafond monolithique Mono Acoustic de Rockfon combine des valeurs élevées d’absorption acoustique, de réflexion et de diffusion de la lumière. © Rockfon

DES SOLUTIONS ESTHÉTIQUES

Cette évolution de l’organisation de travail s’accompagne d’un engouement pour les produits esthétiques, sortant du cadre traditionnel. « Les architectes sont aujourd’hui à la recherche de solutions différentes des dalles de plafond acoustique 600 x 600 classiques », observe Sylvain Coudret. Des propos corroborés par Lorenzo Mannara : « La notion d’esthétisme dans les bureaux est un élément de plus en plus important. La dalle de carré blanche reste majoritaire, mais les architectes essayent d’en sortir et nous demandent de plus en plus des solutions esthétiques et sur mesure, adaptées à l’usage et l’ambiance du lieu de travail ». Panneaux en bois, en toile tendue, monolithiques, métalliques… Les fournisseurs proposent aujourd’hui un large choix de produits afin de répondre au besoin d’esthétisme et de sur mesure de certaines entreprises. Parmi les produits phares, les îlots et baffles acoustiques suspendus ont actuellement le vent en poupe. Ils apportent une bonne absorption acoustique tout en offrant de nombreuses possibilités de design, notamment dans les bâtiments où l’installation d’un plafond mur à mur n’est pas possible ou souhaitée. « Ces solutions acoustiques plaisent beaucoup dans les bureaux, car elles sont compatibles avec la tendance qui vise à laisser les plafonds bruts avec béton et éléments techniques apparents », confirme Alison Voisinet, responsable marketing et communication de rockfon. « Ils sont aussi très en vogue dans les bâtiments équipés de dalles en béton au plafond qui chauffent ou refroidissent les pièces. Il est également intéressant de les installer au-dessus des bureaux afin qu’ils captent rapidement l’onde sonore au plus près de sa source », complète Sylvain Coudret. La couleur a également son importance et certains fournisseurs déclinent leurs produits sous différents coloris. « Nous observons un engouement pour les produits colorés qui permettent d’apporter une ambiance et une identité architecturale », confirme Marc Navatier. Si ces produits esthétiques se développent dans les bureaux, ils sont encore minoritaires. « La dalle acoustique blanche reste majoritaire dans les projets de bureau pour une question de coût. Les autres solutions, comme les îlots suspendus, sont beaucoup plus coûteuses et cela constitue un frein », confie Pascal Ozouf. Par ailleurs, Alison Voisinet note que « pour un promoteur immobilier, le fait de mettre en place un plafond modulaire acoustique classique offre une plus grande flexibilité d’aménagement, notamment lors d’une construction « en blanc » ». Pour autant, les solutions esthétiques devraient encore gagner du terrain dans les années à venir. « Je pense que cela va évoluer avec la crise sanitaire, les surfaces de bureau seront probablement plus réduites mais également plus qualitatives », estime Pascal Ozouf.

Audrey Fréel

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