L’acousticien, un rôle primordial

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Novotel de la Porte l'Orléans, à Paris. © Lily Latifi

L’environnement sonore participe directement au confort et à la bonne utilisation d’un lieu. Dépendant de l’organisation des locaux et de la pertinence des solutions apportées, il doit cependant être réfléchi en amont des aménagements avec l’aide de professionnels.

Si elle a longtemps été laissée de côté, la problématique de l’acoustique s’impose progressivement aux maîtres d’œuvre et maîtres d’ouvrage. Une prise de conscience due à l’évolution des réglementations, aux nombreuses études qui pointent du doigt les dangers du bruit ainsi qu’aux attentes des usagers qui en souffrent. Si les enjeux de l’environnement sonore sont aujourd’hui mieux reconnus, ils restent encore mal pris en compte. La faute notamment à un manque de réflexion en amont. Or une bonne acoustique devrait toujours être pensée avant le début d’un projet de construction avec des professionnels dont c’est le métier. Aujourd’hui, les acousticiens sont pourtant encore trop peu sollicités par les maîtres d’œuvre

Denis Bozzetto, président de Cinov Giac

Denis Bozzetto, directeur général d’Acouphen (société d’ingénierie acoustique et vibrations du bâtiment, des transports et de l’environnement) et président du Cinov Giac (syndicat regroupant des ingénieurs-conseils et des bureaux d’études indépendants, spécialisés en acoustique dans les secteurs du bâtiment, de l’environnement, de l’industrie, de la formation et de la recherche), donne quatre conseils clés à respecter pour assurer un environnement sonore propice au travail et au bien-être des collaborateurs.

01 Quel usage ? La discussion avec le maître d’ouvrage et les utilisateurs est le point le plus important afin de trouver, par espace, le parfait équilibre entre trop et pas assez de bruit. « Il faut savoir précisément quelles seront les activités pratiquées et les attentes afin de créer une identité sonore qui corresponde au lieu. Par exemple, dans les bureaux, l’idéal sera de coupler le travail de l’acousticien avec celui d’un ergonome. »

02 Organiser les espaces Deuxième impératif, avant de chercher des solutions de correction ou d’amélioration acoustique : travailler sur l’organisation des locaux autant que possible. « Il ne faut pas concentrer trop de personnes dans un même espace et prévoir, en fonction, des aménagements complémentaires sans oublier de se poser très tôt la question d’un éventuel cloisonnement. »

03 Des solutions complémentaires Pour améliorer l’absorption, limiter le phénomène d’écho ou au contraire permettre une bonne diffusion de la voix et/ou réduire le rayon de compréhension de la parole, les acousticiens conseillent un traitement complémentaire selon le principe ABC. Ce dernier se décline en trois temps. D’abord absorber, via les plafonds absorbants, des panneaux muraux ou les sols. Ensuite bloquer avec des cloisonnettes ou des écrans. Enfin couvrir, avec des masquages sonores. Pour cette solution, un concept se développe peu à peu : l’introduction d’un son naturel comme le vent ou celui d’une fontaine d’eau. La diffusion de sons nonsignifiants crée un fond sonore permettant de masquer l’intelligibilité des conversations, une conversation étant moins perturbante quand elle ne peut pas être comprise. Ainsi, en termes de produits, l’ensemble des solutions déployées doit être cohérent. « Il est primordial de faire des choix pertinents, sans négliger les contraintes, afin d’éviter de mauvais investissements. Par ailleurs, penser qu’un faux plafond seul, même performant, suffira à assurer une acoustique de qualité est une erreur courante et désastreuse. Le traitement doit être homogène et complet. » Il existe pour cela de nombreux produits. D’abord en termes de revêtements de sol, de mur et de plafond, à travers des matériaux fibreux et à structures ouvertes (faux plafonds perforés, panneaux ou îlots suspendus, PVC tendus, moquettes, cloisons, panneaux muraux, sous-couches acoustiques en mousse posées sous les revêtements de sol ou muraux…). La solution qui consiste à créer un masquage sonore permet également de sensibiliser les usagers sur l’impact de leurs comportements sur l’environnement sonore. Ensuite avec le mobilier, aujourd’hui souvent proposé en version acoustique avec des feutres ou des mousses (fauteuil, canapé, étagère, armoire…). Enfin, pour les bureaux, avec la mise en place de bulles ou de cabines acoustiques équipées de matériaux absorbants ou de produits permettant d’encoffrer les appareils techniques bruyants comme les imprimantes ou les photocopieuses ou en créant des lieux d’échanges et de détente insonorisés.

04 Des produits certifiés Les produits doivent être choisis parmi des références certifiées, c’est-à-dire dont les propriétés acoustiques ont été évaluées en laboratoire, suivant un cahier des charges bien établi, avec des conditions de mise en oeuvre précisées. « Un panneau absorbant collé directement contre le mur ou avec un espace vide entre les deux n’aura pas les mêmes propriétés acoustiques. Pour une solution performante, la mise en oeuvre est aussi importante que la qualité du produit. »

 

LES ACOUSTICIENS S’ENGAGENT
À travers le Cinov Giac, syndicat professionnel regroupant les ingénieurs-conseils
et bureaux d’études, les professionnels s’unissent pour convaincre les maîtres
d’ouvrage, les architectes et les bureaux d’études de l’importance de l’acoustique
pour leurs clients et de la pertinence des conseils formulés.
Mais au-delà, les membres souhaitent faire prendre conscience au grand public à
quel point le sujet est sérieux. « Les résultats du travail effectué par le ministère de
l’Environnement sur le coût social du bruit évalué à 57 milliards d’euros par an en
France ont surpris tout le monde par son importance. Spontanément, la plupart des
personnes l’évalue en millions d’euros et non en milliards, ce qui nous confirme la
sous-évaluation générale de ces phénomènes », indiquent Denis Bozzetto, président
de Cinov Giac, et Éric Gaucher, ancien président du syndicat. Le métier d’acousticien
reste en effet méconnu. De même que son champ d’interventions est trop souvent associé aux seules
salles de concert. « Le message que nous souhaitons désormais faire passer est que l’intervention d’un
acousticien est pertinente pour tout projet, même modeste, et qu’elle est impérative si l’on souhaite vraiment
profiter d’un environnement adapté du point de vue sonore aux activités pratiquées », ajoutent-ils.

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